‹ Vie du bienheureux Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 20 sur 56 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Persécutions suscitées à j^lphonse et à son institut.

Mais il restait à vaincre d'autres obstacles que la pauvreté et l'indigence, c'étaient les passions des hommes et la rage de l'enfer. Le démon , tremblant en présence d'une œuvre qui devait lui arracher tant de victoires , après n'avoir pu l'empêcher de naître , voulut au moins en arrêter les progrès. Il fut merveilleusement secondé par des gens aussi mal intentionnés que mal instruits , qui tentèrent , contre l'œuvre de Dieu , toutes sortes de moyens coupables : ils calomnièrent lâchement ou attaqué-

(1) Environ duuze francs de notre monnaie.

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rent avec violence , selon la silualion du moment et le besoin ou Tintérêt de leur haine. A llicello, ({uelques hommes passionnés qui jusque là avaient fatigué , par des procès iniques et des contestations de tout genre, la patience de monseigneur Lucci , leur vénérable évêque, se tournèrent contre le nouvel institut avec un acharnement incroyable ^ et en provoquèrent la destruction de tout leur pouvoir. Parmi eux se trouvaient des hommes en crédit et en autorité , dont Famour-propre compromis s'irritait toujours davantage. Ceux-ci vexaient de toutes les manières Alphonse et ses compagnons, Surfaisant sans cesse les plus injustes tracasseries; les soumettant à une surveillance des plus odieuses, ils les forcèrent même de subir dans leurs églises et jusque dans l'intérieur de leurs maisons, une juridiction dont ils étaient exempts: des personnes respectables eurent la faiblesse de donner la main à la persécution, dans la vue de soutenir une partie de leurs droits. On ne peut s'empêcher de dire que dans l'ordre sacerdotal il ne se soit trouvé des individus qui s'étaient laissés aller à des préventions aussi défavorables qu'injustes ; l'enfer s'est toujours servi avec une sorte de prédilection de ceux qui , sous l'apparence du bien , pouvaient traverser des desseins qui venaient du Ciel ; les rivalités et les jalousies surtout ont toujours été un des plus grands moyens qu'il ait mis enjeu contre les hommes animés de l'esprit de Dieu qui venaient le combattre.

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Cependant l'orage qui s'était formé contre les missionnaires du très-saint Rédempteur devenait toujours plus violent : on demandait au gouvernement une mesure de rigueur qui supprimât la nouvelle congrégation , sous prétexte qu'elle n'avait pas une existence légale aux yeux de l'Etat : on la représentait comme dangereuse par son esprit d'ambition et d'envahissement, « D(']h , disait-on, ce ne )) sont plus de pauvres missionnaires occupés à prê- » cher dans les campagnes : ils cherchent bien plus 5) à former des élablissemens magnifiques et à s'a- )) grandir insolemment au mépris de toutes les vertus 31 chrétiennes. >) A entendre ces accusations calomnieuses , c'était un corps d'ambitieux et d'intrigans qu'il importait d'arrêter à sa naissance, puisqu'on le pouvait, si l'on ne voulait que dans peu de temps ce ne fût impossible, par la puissance qu'il se serait acquise auxdépensdelafortunepubliqueet des droits de tousles citoyens; bien plus, outre qu'on disait que les missionnaires en voulaient aux richesses dont ils jouissaient déjà avec un faste révoltant , on les dénonçait encore comme menaçant l'autorité par leurs principes , autant que par leurs trames secrètes ; la sûreté des trônes, la vie des rois , l'indépendance des nations, tout le biendel'Etatsetrouvaientégalement compromis par l'existence de cette congrégation qui, si on la laissait se développer, ne manquerait pas d'avoirl'accroissement le plus rapide comme le plus funeste ; et à l'appui de tout ce luxe de ca-

iomuies, on donnait je ne sais quelles preuves perfides, dont on se servait avec habileté ; c'était tout ce que la calomnie pouvait fournir de plus horrible à la méchanceté , pour représenter la congrégation comme une œuvre de ténèbres, une œuvre infernale, effrayante par tous les crimes qu'elle renfermait , et par tout le mal qu'elle ferait éclater sur les hommes le jour de l'explosion : c'était ce que l'on disait déjà, et ce que l'on a dit , dans des temps plus modernes , d'une société célèbre , dont celle du très-saint Rédempteur , au dire des ennemis du bien, n'était qu'une alliée, mais plus dangereuse encore. En effet, alors comme aujourd'hui, l'instinct du mal désignait , à quelques hommes pervers , les missionnaires comme animés du même esprit que les jésuites pour faire triompher la vérité et la vertu , et déjouer les pro els des méchans. Les missionnaires et les jésuites sont terribles contre l'enfer, et de tout temps ils ont mérité départager les honneurs de la même persécution.

Cependant la calomnie s'accréditait, l'opinion publique s'égarait toivjours davantage ; le gouvernement avait reçuf.ies plaintes , le procès était in- . tenté et la congrégation sur le point d'être renversée ; il ne paraissait même pas probable qu'elle pût résister aux coups qu'on lui portait avec autant de violence que d'habileté. Il fallait pourtant se défendre , répondre pour éclairer les juges et ramener l'opinion , ou bien se résoudre à succomber. Que

fit Alphonse ? Il mit toute sa confiance dans le Dieu j^rotecteur de l'innocence^ priant , pleurant et jeûnant pour obtenir son secours. Il écrivit une lettre circulaire à toutes les maisons de sa société , recommandant à chaque individu de s'unir encore plus intimement à Dieu par une exacte observance de la règle ; il enjoignait h tous d'ajouter aux pratiques ordinaires de la mortification, le jeûne du samedi en l'honneur de la sainte Vierge , protectrice spéciale de l'institut; une discipline particulière le lundi , et la récitation du psaume Qui habitat tous les jours. De plus , il les exhortait à la patience et à la résignation dans la cruelle épreuve où ils se trouvaient , et voulait que le pardon fût déjà prononcé dans leurs cœurs envers tous leurs ennemis , au moment même où ceux-ci étaient le plus acharnés. « Imitez , leur disait il , l'exemple de notre di- » vin Rédempteur attaché h la croix : il ne réclama )i pas la vengeance de son Père contre ses persécu- » teurs et ses bourreaux ; mais il le pria de pardon- >) ner à ceux qui le faisaient mourir. » Dans la même lettre , Alphonse s'adressant à ceux qui , plus pusillanimes, désespéraient du salut de leur congrégation dans cette affreuse tempête, s'efforça dé relever leur courage , et leur prédit en propres termes : c( Que s'ils jetaient en Dieu l'ancre de leur » espérance , au lieu de périr dans le naufrage , ils » verraient l'institut sortir du danger avec de nou- » velles forces et une nouvelle gloire. »

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Mais le serviteur de Dieu ne devait pas se contenter d'employer les moyens surnaturels ; le silence , dans une semblable occasion , eût été une violation de ses devoirs de supérieur, et un coupable abandon de l'œuvre de Dieu et de l'honneur de son ministère ; il défendit donc la cause de sa congrégation devant les juges , et sa réputation devant le public : ce fut avec un calme et une modération chrétienne donton trouverait peu d'exemples. Sans invectiver contre ses adversaires , sans se plaindre même de leurs calomnies, sans relever aucunement la brutalité de leur attaque , l'indécence de leurs clameurs et l'abomination de leurs manèges , il se borna h produire les raisons qui devaient le justifier : elles étaient fortes et évidentes; elles firent impression : l'innocence d'Alphonse et des siens fut reconnue d'une manière éclatante ; et le procès jugé en faveur de la congrégation. Ainsi , ce fut un triomphe complet pour la vertu , là où elle devait trouver son ignominie , et l'œuvre de Dieu fut raffermie par les coups mêmes qui devaient la renverser. Alphonse usa desavictoireavecunemodération digne dftfia modestie et de sa charité. La prospérité, non plus que l'adversité, ne put altérer l'égalité de son ame ; il ne s'occupa de l'avantage qu'il venait de remporter que pour en rendre au Ciel , avec ses compagnons , de ferventes actions de grâces , et ensuite il sembla oubHer qu'il avait été persécuté, tant il traita avec bonté ses adversaires les plus ter-

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ribles et les plus acharnés. Celle magnanimilé si édifiante allira à la congrégalion l'eslime et l'allachement de tous les gens de bien du royaume, qui ne purent s'empêcher de reconnaître que l'esprit de Dieu animait et le fondateur et les disciples.

Ce ne fut pas là pourtant la seule épreuve que Dieu ait ménagée à son serviteur par rapport à sa congrégation. Il avait fondé une maison à Villa : le bien qui s'y opérait, et surtout le courage avec lequel les missionnaires attaquaient les scandales , soulevèrent contre eux une classe d'hommes pervers qui mirent tout en œuvre pour forcer les hommes de Dieu k abandonner ce pays. Ici ce fut un ecclésiastique scandaleux qui , le premier , donna le signal de la persécution. Animé de je ne sais quelle rage contre les missionnaires dont la vie sainte et pure était à ses yeux comme une censure publique de ses vices, il s'efforça de les rendre odieux et méprisables parmi tous les habitans , excitant tour-àlour contre eux la cupidité des uns et l'orgueil des autres, ce Voilà des gens , disail-il , qui viennent ici » s'emparer de tout , enlever les biens des prêtres » du pays, et dévorerles patrimoines des fasg^les; » puis c'étaient ^es termes du dernier mépris ; il n'épargnait rien pour avilir Alphonse et ses enfans , et depuis le nom d'étrangers jusqu'à ceux qu'on donnerait aux plus vils misérables, il leur prodiguait toutes les injures. Cet homme ne parlait pas en vain: la malignité , l'avarice , la j alousie , le libertinage ,

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loules les passions basses elcriminclles répondaient comme autant d'auxiliaires de sa haine diabolique. Déjà les esprits en étaient venus h un point d'irritation difficile à apaiser ; bien des gens, quoique ce ne fût pas le plus grand nombre , avaient été entraînés jusqu'à partager les ressenlimens des hommes les plus pervers. On avait su leur donner une opinion affreuse des missionnaires : c'étaient à leurs yeux autant d'abominables hypocrites dont la conduite était loin de s'accorder avec leurs prédications , des gens qui faisaient un infâme trafic de la piété etdfe la sainteté. La calomnie ne s'arrêta point encore là : on précisa les accusations , on alla jusqu'à dire que les missionnaires vivaient criminellement avec une femme de mauvaise vie que l'on désignait^ et celte malheureuse, gagnée par argent , eut la scélératesse de déposer juridiquement à l'appui de cette horrible accusation, déclarant effrontément que tous les missionnair(||(tétaient coupables, sans excepter Alphonse lui-même ; mais l'homme de Dieu ne s'émut pas beaucoup de toutes ces calomnies : calme et satisfait intérieurement dans cette affreuse situation , il se recommanda à Dieu , rejetant en lui tout le soin de son honneur , et il exhorta ses élèves à employer la pénitence et la prière pour détourner la tempête. Il alla pourtant réclamer la protection du seigneur du lieu ; mais celuici le reçut très-mal , et se refusa à tout ce qu'il put lui dire : cet homme s'était laissé prévenir par le

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prêtre ennemi , et au lieu de comprimer le mouvc mcnl scandaleux des gens mal intentionnés, il le seconda de toute son influence. Enfin , on voulut porter l'affaire devant les tribunaux de Naples; mais les magistrats , indignés de l'outrage que l'on faisait h la sainteté bien connue d'Alphonse et de ses compagnons, refusèrent avec mépris de se saisir de cette affaire , suscitée pour déshonorer ce qu'il y avait de plus honorable, et flétrir la vertu même. Frémissant de n'avoir pu réussir à Naples , les médians employèrent la violence. Ils vinrent un matin surprendre le frère laïque qui allait ouvrir l'église, lui en enlevèrent les clefs, et se retirèrent après l'avoir accablé de coups. Mais comme la grande majorité des habitans conservait toute sa confiance pour les missionnaires et s'affligeait des horreurs qu'on leur faisait , on craignit que cette partie saine de la population ne voulût à toute force venir encore dans l'église,^ quelques hommes se postèrent sur le toit avec des armes à feu pour en empêcher l'approche. On bloqua aussi la maison de la mission , afin qu'il n'y eût plus aucune communication avec les saints prêtres qui l'habitaient. C'étaient tous les jours des menaces furibondes contre eux et contre toutes les personnes qui s'intéressaient à leur cause ; il n' était guérepossible de prévoir quelles seraient les bornes que les méchans mettraient h leurs excès , et la position des Pères du très-saint Rédempteur à Villa devenait tous les jours plus cri-

tique et plus déplorable. Dans cet état de choses , k Naples et ailleurs, on conseilla généralement à Alphonse d'abandonner cette maison de Villa : il suivit ce conseil. Ce fui un véritable sujet de deuil et de larmes pour l'évêque et pour la plus grande partie du peuple, qui ne pouvait se consoler de voir partir ainsi des hommes qu''on avait tant maltraités et qui méritaient si peu de l'être. Cependant un si grand attentat ne demeura pas impuni : tous ceux qui s'étaient le plus fait remarquer par leur animosité contre les serviteurs de Dieu périrent , peu de temps après, d'une manière tragique, qui fut un sujet d'effroi pour toute la contrée. La vengeance divine éclata , surtout contre les deux plus grands coupables : l'indigne prêtre , premier auteur de tout le désordre, mourut subitement et sous l'anaihéme de son évêque , qui avait été forcé de le frapper d'interdit à cause de ses scandales toujours plus révoltans ; et l'infâme créature dont la langue avait osé noircir d'une abominable calomnie la vie la plus sainte , eut celte même langue horriblement rongée par les vers , et mourut ainsi en proie à des douleurs intolérables, après avoir rendu hommage à l'innocence , et confessé hautement que tout ce qu'elle avait débité contre Alphonse et ses compagnons n'était que la fausse et détestable invention d'une malice infernale.

Après une semblable épreuve , parlerons-nous encore de tout ce qu'eut à souffrir le saint fondateur

pour opérer et soutenir le bien? En plusieurs occasions , l'espril particulier lui suscita les plus fâcheux désagrémens. A peine avait-il fondé sa maison de Ciorani , que plusieurs curés se formalisèrent du concours qui se rendait de leurs paroisses à l'église de la mission ; ils crurent leurs droits lésés, et mirent tout en œuvre pour détruire un établissement qui leur portait ombrage. Les missionnaires devinrent aussitôt odieux au clergé de la contrée : on le» représentait comme des espions de l'archevêque et des censeurs de la conduite des prêtres. Des réguliers ne surent pas demeurer étrangers à ces tracasseries : occupant les premiers le pays , ils croyaient avoir acquis, par la possession, un droit exclusif aux aumônes des fidèles ; dans la crainte que les nouveaux venus n'en fissent tarir la source au préjudice des anciens couvens, ils eurent le malheur de se prêter, avec assez d^activilé, à tout ce que l'on faisait contre la nouvelle fondation. Déjà Tarchevêque de Salcrne , obsédé de mille intrigues et étourdi de tant de cris , balançait si , pour calmer les esprits, il ne devait pas renvoyer les missionnaires de Ciorani, où d'ailleurs ceux-ci trouvaient encore d'autressujets de mécontentement; maisDieu ayant voulu que, dans- la suite, les prêtres et les religieux revinssent de leurs préventions , le prélat rendit définitivement une ordonnance en forme pour reconnaître et confirmer la fondation de Goraui.

Quelque temps après ^ comme celle même maison prospérait utilement pour les âmes sous la pTOteclion de l'archâvêque, un excès de zèle, de la pari d^un de ses membres, faillit en compromettre l'existence. Ayant fort à cœur d'aclicier et d'agrandir l'édifice qui n'était pas suffisant , le Père Sarnelli proposa imprudemment au prélat d'imposer , à cet effet , une pelile aumône annuelle aux curés du diocèse : ce n'était guère au fond qu'une souscription qu'il demandait , supposant que ces messieurs se plairaient à contribuer pour une œuvre dont ils retiraient de si grands avantages, et à laquelle ils étaient le plus intéressés ; mais il n'en fut pas ainsi ,^ à la première connaissance de ce projet , ce fut aussitôt un cri général d'opposition ; on voulut y voir un véritable impôt levé sur le revenu des pauvres , et on osa le repousser avec une extrême violence : de là , on en vint aux personnalités les plus odieuses contre Alphonse , et aux moyens de tous les genres pour renverser la maison de Ciorani. On essaya de faire entrer dans cette espèce de cabale le curé du lieu , qui était h même d'en seconder efficacement les efforts ; mais cet excellent pasteur appréciait avec plus de justice les services des missionnaires , et il se refusa avec fermeté à toutes les propositions de leurs ennemis. «Les hommes que vous attaquez, » dit-il , sont autant d'aides qui se dévouent pour » 1? bien de ma paroisse, et vous Youkz que je me

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?j prive, ainsi que mon peuple, d'un si grand se- T) cours ? » N'ayant pu réussir du côlé du curé on cnlreprit de ruiner la cause d'Alphonse auprès de l'archevêque : on prélendit que sous prétexte de zélé, lui et ses compagnons s'en allaient partout dépouillant les peuples , et qu'au lieu de gagner les âmes h Jésus-Christ , ils cherchaient bien plutôt à faire des acquisitions pour eux-mêmes ; qu'en conséquence^ il importait de ne pas les souffrir plus long-temps dans le diocèse. Une aussi plate calomnie ne pouvait guère s'accréditer, l'archevêque la méprisa. « Je connais Alphonse de Liguori , répon- )î dit le prélat , c'est un gentilhomme distingué : il » n'a pas quitté le monde par nécessité , mais par )i choix , et s'il va épuiser sa santé dans les mis- » sions, ce n'est pas pour un vil intérêt, mais pour M sauver les âmes et se sanctifier lui-même. »

Nous n'en finirions pas , si nous voulions retracer toutes les traverses que la congrégation du trèssaint Rédempteur eut à essuyer : elle fut plusieurs fois calomniée devant le gouvernement, et courut le risque d'être dissoute. Dans ces extrémités , Alphonse se voyait réduit à la nécessité de se défendre, et obligé d'aller solliciter la bienveillance des ministres ou autres puissans personnages : il en reçut souvent de grandes avanies. Une fois entre autres , il fut honteusement chassé de la maison d'un de ces seigneurs : il supportait tout avec joie pour l'amour de Jésus-Christ , et il était plein de recou-

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naissance envers Dieu si , en souffrant persécution pour la justice , il parvenait à soutenir son œuvre : il la soutint , malgré tous les efforts de Fenfer , qui , en lui suscitant des embarras , ne fit qu'offrir à son zèle une plus ample moisson de mérites.

Alphonse recueillit ce genre de mérite presque partout où il établit des maisons de son institut ; il n'est guère de ces pays qui n'aient vu s'élever de son vivant quelque orage contre les missionnaires. Ainsi la vie du saint fut une vie de combats, de souffrances et d'humiliations , et sa congrégation ri'apu s'établir qu'en surmontant toutes sortes d'obstacles , qu'en se faisant jour , pour ainsi dire , au travers des épines.

Il n'y a rien d'étonnant en cela : un des traits caractéristiques de l'œuvre d« Dieu est qu'elle soit contrediffi ; car le démon , qui est essentiellement ennemi du bien , doit s'y opposer de tout son pouvoir. Voyez Jésus-Christ, il est parmi les hommes un sujet de contradiction et même de scandale : il faut que les plus grands saints lui ressemblent en tout ; voyez l'Eglise, dés son établissement elle a été battue par la tempête, et toujours depuis elle a traversé les siècles au milieu des tribulations de tous les genres : ennemis au dedans, ennemis au dehors, toujours il lui a fallu combattre et vaincre. Les sociétés religieuses ne sont qu'une fraction, une image de la grande société spirituelle : il faut, autant que possible , qu'elles en portent les caractères et parlici-

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pent h. ses destinées. Ainsi pour les, saints suseilés de Dieu , comme pour Jésus-Christ leur modèle , pour les associations religieuses comme pour l'Eglise leur mère, et qui est bien plus encore l'œuvre de Dieu , il y a ici-bas les combats et les souffrances , et dans le Ciel une gloire immortelle.

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