DE LA PREMIÈRE ÉDITION
On a pu s'élorner avec raison que la Vie du bien» heureux Liguori n'ait point encore paru en France. Il semble qu'on avait droit depuis long-temps de posséder l'histoire édifiante d'un saint aussi célèbre dans toute l'Eglise catholique. Les désirs des fidèles, à cet égard , ne sauraient être mieux fondés. La vie qu'ils veulent connaître se recommande à leur attention et à leur piété , autant par les fails dont elle se compose et leur date encore récente , que par les écrits et la grande réputation de celui qui en est l'objet.
On ne lira jamais sans fruit l'histoire des saints. Même après bien des siècles, leurs exemples produisent encore de salutaires effets. Aussi l'Eglise, enrichie de leurs mérites j s'est toujours empressée de recvieillir leurs actions pour édifier les âmes , non moins que pour rendre gloire à la vertu , et surtout à l'Auteur de toute vertu. Glorieuse de ceux de ses enfans qu'elle a déjà donnés au Ciel, pleine d'une tendre sollicitude pour ceux qui sont encore sur la terre , elle propose les uns aux hommages et à l'imitation des autres. Mère ardente de charité pour tous.
Vllj PREFACE .
elle vendrait les voir tous associés au même bonheur. Elle triomphe avec les picmiers , elle combat avec les seconds; elle veut animer le courage de ceuxci par ras[)ect des [)almcs et des couronnes de ceuxlà ; elle veut leur assurer la victoire en leur montrant le chemin qui y conduisit leurs frères.
Cependant, considérés do loin, ces exemples des saints ont perdu une partie de leur force. Si leur antiquité ajoute à la religion avec laquelle on les vénère , si on les admire parce qu'ils sont grands et qu'ils sont beaux, on ne les imite pas assez. On les regarde trop souvent comme des vertus qui appartiennent à d'autres temps et à d'autres mœurs. Plus ils contrastent avec le relâchement général , plus on a l'air de croire qu'ils ne sauraient convenir aux circonstances où l'on se trouve , comme si l'Evangile avait changé, parce que nous avons dégénéré des vertus de nos pères. L'éloignement des temps produit de plus comme une illusion de perspective dans la manière d'envisager les actions el la personne des saints. On ne les voit point tels qu'ils furent, comme des hommes semblables à nous, et qui, par les efforts d'une volonté soutenue de la grâce, se sotit élevés à ce haut degré d'héroïsme qne nous admirons en eux. L'imaginalion les place en quelque sorte au-dessus de riiumanilé : environnés qu'ils sont de tous les genres de dons surnaturels et merveilleux, ils paraissent d'une autre espèce que nous, ils n'ont rien de nos vices , et nous les croyons inaccessibles à nos faiblesses ; nous regardons leurs œuvres comme le propre de leur nature, tandis que nous devrions reconnaître la grandeur de leurs sacrifices , et nous trou-
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ver encouragés. Au lieu de dire avec saint Augustin : Ce qu'ils ont fait nous pouvons le faire, nous disons ; Ils étaient des saints, et nous ne saurions atteindre si haut ! comme si les dons de Dieu avaient tari , et que sa grâce ne pût encore faire de nous des vases d'éleclion.
Il n'y aura pas lieu à des erreurs aussi funestes , si vous retracez la vie d'un saint personnage qui, à une époque peu éloignée de celle où vous vivez, lorsque déjà l'on semblait ne plus croire à la vertu , ait fait éclater, au sein de l'affreuse corruption de son siècle , une sainteté qui rappelle les plus beaux jours du christianisme. Sa conduite dépose de la sainteté toujours subsistante de l'Eglise elle-même, et elle nous apprend que la perfection évangélique ne doit point nous être étrangère. Nos contemporains ont vécu et conversé avec lui : à mesure qu'il est plus rapproché de nous , il n'en paraît que mieux homme comme nous ; et en admirant en sa personne les opérations de la grâce, nous trouvons qu'il n'y a pas de présomption à aspirer là même où il est parvenu. Soutenus de Dieu, nous sentons que nous pourrons parcourir la même voie. C'est là comme vm grand fait qui répond d'une manière péremptoire à tous les prétextes du temps , des mœurs et de la fragilité de notre nature.
Ce saint personnage suscité de Dieu pour confondre la lâcheté des chrétiens de nos jours , c'est surtout le bienheureux Alphonse-Marie de Liguori. Quarante et un ans seulement le séparent de nous : il touche à la génération présente; il lui. appartient presque. 11 vivait dans ce temps où l'impiété triomphante
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préparait tous les malheurs dont nous avons été les viclimcs, et lorsque le débordement des mœurs les pins licencieuses menaçait de tout envahir. Tandis qu'il combattait avec sa plume les ennemis de la vérité, ses vertus furent une éclatante protestation contre tous les scandales et toiis les vices. Sa longue et sainte vie remplit presque tout ce siècle d'erreurs et de crime, comme si la Providence avait voulu montrer sans cesse le bien à côté du mal, et condamner tous les genres de désordres par le spectacle de toutes les merveilles de la vertu dans un seul juste.
Il faut recueillir cet héritage d'édification et l'approprier à notre patrie : il sera utile à tous ceux qui veulent sincèrement s'avancer dans les voies du Seigneur. Le bienheureux Liguori a été conduit à la plus haute perfection par une foule de situations différentes qui , en donnant de Tintérêt au récit de ses vertus, offrent successivement des exemples admirables pour tous les états, pour tous les âges et pour toutes les circonstances de la vie. Agités ou tranquilles , dans le monde ou dans la solitude , élevés ou obscurs , simples particuliers ou bien chargés de veiller sur les autres, pleins de jeunesse et d'espérance, ou bien âgés et souffrans, couronnés de succès ou accablés d'opprobres, environnés d'obstacles ou d'encouragemens, tentés ou fortifiés, dans la paix ou dans la tribulation , toujours nous trouverons en lui un modèle capable de nous diriger, de nous consoler et de nous animer d'un saint courage pour remplir tous les devoirs de notre vocation, quelle qu'elle soit. Suivons ce guide fidèle, et nous irons à Dieu. Fort jeune encore , il nous présente l'image la plus touchante de