‹ Vie du bienheureux Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 21 sur 56 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Conduite du bienheureux Alphonse pour sa propre sanctification.

Dès le moment que de saints et irrévocables engagemens eurent lié Alphonse h son institut , ses progrés dans la perfection furent d'une rapidité qu'on pourrait comparer à une course , selon la pensée du Prophète. Ce grand amour qu'il avait manifesté pour la vertu de pauvreté dés son entrée dans la cléricature , s'accrut au point qu'il voulut retracer effectivement en lui les privations et la pauvreté de Jésus-Christ vivant sans avoir une pierre où reposer sa tête , et mourant sur une croix dépouillé même de ses habits. Tout supérieur qu'il était , sa chambre était toujours de préférence la plus étroite , la plus incommode , la plus mauvaise de toutes. Un misérable bouge , formé de quelques planches sous un escalier de bois , fut son logement dans les commencemens de la maison de

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Ciorani , qui n'était pas alors assez spacieuse. L'ameublement était d'une pauvreté analogue , deux ou trois mauvaises chaises , une paillasse sur deux planches , une petite table , une lampe d'argile, un crucifix de bois , quelques images communes de la sainte Vierge ou des saints appliquées au mur, puis çh. et là des papiers et des livres : voilà tout ce qu'on trouvait dans sa cellule. A la mission de Casai- Neuf il avait cédé à ses compagnons les meilleurs apparlemens au premier étage, et il avait choisi pour lui une petite chambre au rez de chaussée , qui était inhabitée depuis long-temps, et si humide que l'eau y découlait de toutes parts sur les murs couverts de pariétaire. Le duc du lieu étant venu lui faire une visite , fut fâché de le trouver si mal logé , et le pria d'accepter un appartement dans son palais ; mais le serviteur de Dieu persista à refuser cette offre , prétendant qu'il était assez bien dans son réduit. Pour ses habits , non-seulement ils étaient vieux et usés, mais souvent d'autres Pères de la communauté les avaient déjà abandonnés, el c'était heureux quand une multitudede pièces en couvraient les trous ; son manteau était grossier et tout décoloré , ses souliers rapiécés et tenant par un bouton de cuir , et son chapeau parfaitement assorti à ce misérable accoutrement.

Un our qu'il avait donné à un frère laïque sa soutane à raccommoder , celui-ci ne put en venir à bout , tant elle était usée ; il la porta à un tailleur qui, désespérant à scn tour de réussir, finit par

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la mettre en pièces , et en substitua une autre assea vieille , mais moins mauvaise : «Et qu'est devenue •n celle que je vous avais donnée ? dit Alphonse » au frère. — Le tailleur Va. déchirée. — Je vous » comprends. » Il fallait user de stratagème pour remplacer ses vieux habits : on lui cachait une partie de la vérité ; mais dès qu'il s'en apercevait , il revenait souvent , sous quelque prétexte de commodité , à ceux qu'il avait quittés. C'est dans ce pauvre costume qu'il allait dans toutes les villes du royaume , et qu'on le voyait dans les rues, même de Naples, faire des visites aux personnes de la plus haute distinction , tels que princes , évéques , cardinaux. Un jour qu'il était convoqué , comme aîné de la famille des Liguori , pour l'agrégation d'un gentilhomme au siège de la Porte-Neuve , ses haillons le firent méconnaître par le portier qui le refusa, et il fallut qu'une personne de sa connaissance intervînt pour le faire entrer : il fut reçu avec honneur , tout déguenillé qu'il était , il prit place au milieu de cette noble assemblée , et vota avec les autres pour la réception du prétendant. L'évêque de Noie dit un jour au Père André Villani , qui était venu lui faire visite : « Quant à vous encore , vous w êtes passable 5 mais pour ce Père Alphonse , il est )) chargé d'un las de guenilles où l'on ne voit que » pièces sur pièces. •>-> L'archevêque de Salerne qui le rencontra en voyage , ne put s'empêcher de lui témoigner son étonnement sur ce point, mais sans que cela diminuât en rien l'estime que lui inspiraient

raient ses vertus : « Ali ! mon Père , que vous êtes. » heureux, lui dit le même prélat, vous voilà déli^ )> vré de tout , vous êtes parvenu , et moi je crains - >j de m'égarer et de me perdre. »

11 vivait en tout comme le plus pauvre des hom-» mes^ se refusant les choses les plus communes^ même un morceau de papier quand il pouvait s'en passer : il n'y a pas jusqu'aux enveloppes des lellrea reçues qu'il ne conservât avec soin pour les faire servir à ses compositions et autres écritures. Ses ouvrages auraient pu lui rendre de grande? som^ mes par l'avidité avec laquelle on les recherchait : il n'en retira jamais rien : les frais d'impression unQ fois payés, il abandonnait toute prétention aux imprimeurs ; et ceux-ci y gagnaient considérablement, quoique obligés de vendre à un prix trés-raodiquQ pour se conformer aux vues de l'auteur, qui voulait que des écrits dont l'unique objet était la gloire dç Dieu et le salut des âmes, pussent se répandre avec la plus grande facilité. Ses revenus particuliers , comme la pension que lui avait laissée son père et autres droits patrimoniaux , rentraient tous au profit de la congrégation: il n'en avait pas même conservé Vadministra,tion : c'était le recteur de sa maison ou tout au,trç chargé di4 temporel de la compagnie qui en disposait , quoique les vœux simples ne le privassent pas de la propriété de ses biens ; il allait plus loin encore ; il n'aurait pas pris sur lui de ce servir des choses les plus nécessaires , il en demandait toujours la permission , n'y eût-il pour l^ Fk de Lisuori. F

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lui donner qu'un frère laïque, et n'eût il désiré qu'un verre d'eau , et encore il s'en tenait rigoureusement aux termes' de la permission sans rien employerjamais à un autre usage ; cependant il était lui-même recteur majeur : il en agissait ainsi autant pour sa propre perfection , que parce qu'il regardait l'esprit de pauvreté évangélique comme absolument essentiel pour l'augmentation et la conservation de son institut.

11 donnait également l'exemple de la plus sévère exactitude à observer les régies même les plus minutieuses. Il était toujours rendu avant les autres aux exercices de la communauté , et en récréation , dés le premier signal du silence, il quittait aussitôt son clavecin ou interrompait sa conversation , n'achevant pas même les paroles commencées. Enfin, on l'admirait comme un parfait modèle de l'observance régulière.

Nous avons déjà parlé des prodigieux excès de ses pénitences et de ses mortifications. Quand il fut devenu fondateur , ce fut quelque chose de plus rigoureux encore ; il ne se permettait que la quantité de nourriture absolument nécessaire pour le substanter , encore était-ce à genoux et dans la posture la plus humiliante qu'il la prenait ordinairement ; il ne manquait jamais d'y mêler de la poudre d'absynthe ou d'aloës , ou toute autre également amère et désagréable au goût ; le plus souvent la soupe et le pain lui suffisaient , et s'il ajou-

tait quelques fruits communs, ce n'était jamais le mercredi, le vendredinile samedi; les veillesdesfêtes de la sainte Vierge il se réduisait au pain et à l'eau,' et les autres jours même il prenait seulement un doigt devin à la fin du repas; son sommeil ne durait jamais plus de cinq heures par jour , et sonlit n'était qu'une méchante paillasse presque vide qui lui laissait sentir toute la dureté de la planche, et d'où pendait une grosse pierre attachée à ses pieds tandis qu'il était couché. On aurait dit que ce n'était qu'à regret qu'il accordait h son corps de quoi se soutenir, et qu'il ne consentait à l'empêcher de mourir qu'afin de pouvoir tous les jours l'immoler au Seigneur comme une victime continuelle et sans cesse renaissante; car cette vie, outre qu'elle ne seconservaitque pardes soulagemens qui étaient eux-mêmes de nouvelles pénitences, peut être regardée comme ime mort de tous les jours , et une mort au milieu des lourmens, si l'on considère à quelles affreuses austérités se livrait notre saint. Piien ne peut être comparé à l'incroyable acharnement avec lequel H faisait la guerre à sa propre chair par de cruelles Dûacérations. Dés le premier établissement de sa compagnie , il était tout enveloppé de eilices et surchargé de petites chaînes de fer où se trouvaient des pointes aiguës qui laissaient sur son linge des empreintes sanglantes. Outre cela , tous les jours il se flagellait jusqu'au sang: c'était souvent plusieurs Ipis le jour. Ses disciplines , armées de petites mo-

lelles de fer , avaient de quoi faire frémir au seul aspect par la pensée de l'affreux usage qu'il en faisait , tellement que , pour cacher celte excessive cruauté qu'il exerçait sur son corps , il était obligé de passer tous les jours sur les murailles de sa chambre un pinceau imbibé de lait de chaux , effaçant par là les nombreuses taches de sang qui avaient jailli sous les coups dont il se déchirait. Ce genre de mortification allaquelquefoisjusqu'àle mettre dans l'impossibilité de marcher. Un jour que le cardinal Orsini lui avait dit être venu exprès pour le consulter , il chercha k prévenir les premiers mouvemens de l'amour-propre par une si rude discipline , qu'on le trouva renversé sur le parquet et tout en sang ; un nerf de la jambe en avait été grièvement blessé , et sa démarche s'en ressentit tout le reste de sa vie. Dans le temps qu'il passa à Scala, il lui arrivait de se retirer, pour cet exercice de pénitence , dans la petite grotte dont nous avons parlé plus haut et qui était à portée de son logement. La tradition porte même que ce lieu sanctifié déjà par de si rigoureuses macérations , le fut aussi par la visite de la sainte Vierge, qui y apparut plusieurs fois à son austère et fervent serviteur (1).

Il n'était pas homme à croire avoir tout fait

(1) Dans un âge fort avancé le serviteur de Dieu donnait encore les plus vifs regrets au souvenir de cette grotte sainte , où il allait autrefois , armé de rigueur contre lui-même , s'enflamnier d'amour divin et de zèle pour le salut de son anie. Il ne manquait jamais de la visiter dans ses voyages à Scala , et on l'avait

<juan<l il s'était livré k ces pratiques volontaires de mortification ; mais il aimait à souffrir en toutes choses , et il évitait avec une véritable horreur tout ce qui pouvait ressembler à ce qu'on appelle les douceurs d'une vie commode. Dans toutes les saisons il supportait avec une égale volonté les incommodités de chaque température : en été , il se refusait le moindre rafraîchissement , même une goutte d'eau fraîche pour se désaltérer hors du repas , ou pour mouiller sa figure quand il n'y avait pas raison de propreté ; dans les plus grandes ri- ,^neurs de l'hiver il ne s'approchait jamais du feu , seulement comme le froid engourdissait tout-à-fait ses mains jusqu'à l'empêcher de s'en servir , il les réchauffait au besoin par le moyen d'un fer rougi , et cela uniquement afin de pouvoir continuer son travail. Il coupait lui-même sa barbe avec des ciseaux : depuis l'âge de trente - six ans jusqu'à sa mort , il a usé trois fois seulement d'un rasoir ^e fut d'abord à la mission de Sarno par obéissaTOe pour l'évêque , ensuite le jour de sa consécration ^piscopale, et en dernier lieu quand Ferdinand iv, ■roi des Deux-Siciles, l'admit à sa table.

Cependant, s'il traitait sa chair avec tant de rigueur , il n'était pas moins persuadé que les pénitences corporelles ne sont rien toutes seules, et que c'est l'ame surtout que Dieu regarde et en qui ré-

quelquefois entendu s'éctier avec transport ; O'ma grottsf ma chère igrotte , que ne puis-ja encore coûter tes pures délices !

side la verlu véritable. // châtiait son corps comme TApôtre et le réduisait en servitude ; mais c'était afin que Tesprit, libre de toute entrave terrestre , pût s'élever plus facilement vers Dieu , et lui offrir , dans un cosur contrit et humilié ^ des sacrifices qui ne fussent pas rejetés. La croix du Sauveur lui apprenait qu'il y a une grande vertu d'expiation et de mérite dans le sacrifice de la chair et du sang ; mais il savait aussi qu'aucune expiation ne sera jamais reçue , si le cœur n'y a sa part ; et que la chair et le sang ne sauraient plaire au Seigneur , si en même temps l'homme ne lui immole sa volonté propre , en la dépouillant de ce qu'elle a d'impur. Aussi notre saint travaillait - il avec le plus grand soin à la perfection de son ame. Peu content de retracer au dehors la vie souffrante et humiliée de Jésus - Christ , il s'efforçait encore de reproduire dans son cœur ces vertus intérieures dont ce divin Sauveur est venu donner les leçons, et offrir l'exera- ^nre aux hommes. Ayant toujours présent à l'esprit le conseil évangélique , d'être parfait comme le Père céleste est parfait , il désirait de s'approcher de la perfection divine par toute la ressemblance qui est permise à la faiblesse humaine ; il s'appliquait sans relâche k se purifier de tout ce qui était de la terre , de tout ce qui était trop humain , pour ne plus retenir que ce qui était du Ciel , que ce qui était de Dieu et à son image. Les opérations de la grâce étaient admirables dans celte ame ainsi

disposée ; c''élait une Tic toute surnaturelle qu'il ne cessa d'entretenir et de fortifier en lui par son assiduité dans la méditation des choses divines. C'est là , c'est dans celte méditation qu'il puisait ces saintes pensées , ces généreuses résolutions , ces sublimes sentimens dont il nourrissait sans cesse son cœur ; que de dons sacrés ne recevait - il pas dans ces fréquentes communications avec Dieu ! Eclairé des plus vives lumières , il sentait encore mieux toute la vanité de ce qui est terrestre, et tout le bonheur qu'il y a à s'attacher au Seigneur ; touché d'une douce onction , il se livrait avec délices aux gémissemcns ineffables par lesquels l'Esprit saint priait en lui ; alors des larmes coulaient de ses yeux , des flammes secrètes pénétraient son cœur ; et quoique sur la terre, il trouvait déjà , dans des extases sublimes , un avant - goûl du bonheur du Ciel : on peut dire qu'il persévérait sans interruption dans la prière par un recueillement intérieur qui tenait son ame dans un état habituel d'oraison ; son cœur était toujours comme fixé en Dieu , sans que ses occupations extérieures pussent jamais l'en détourner , lors même qu'elles exigeaient toute l'application de son esprit ; elles devenaient elles mêmes comme une véritable oraison par la sainteté de leur objet et le mérite de leur motif, aussibien que par le soin qu'il avait de les offrir toujours à Dieu , -en dirigeant vers lui une intention souvent renouvelée. 11 avait contracté l'habitude de se livrer

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à tout moment à des aspirations et oraisons jaculatoires trés-animées , pratique excellente et d'autant plus recommandable , qu'elle est à la portée de tout le monde , et que , sans rien dérober aux devoirs de la vie active et au milieu même des soins les plus dissipans, elle réveille la vigilance, nourrit la piété et maintient l'union avec Dieu. Le cœur de notre saint , si fécond en pieuses affections et en saintes pensées , lui fournissait dans chacune de <3es aspirations un sujet de sentimens intarissables : ses livres de piété sont remplis de ces sortes de prières où respire le plus tendre et le plus ardent amour de Dieu. « O aimable infini ! s'écriait-il , je vous » aime ; hélas ! mon Dieu , je dirai mieux , je ne » vous aime pas. — O mon Dieu ! vous seul! vous » seul ! c''est vous seul que je veuw aimer! — Je ne •)•> vous laisserai pas , ô mon Dieu ! nous iious ai- )) merons toujours dans cette vie et daJis V autre! » Ces paroles €t une foule d'autres semblables que nous trouvons presque à chaque ligne dans ses ouvrages , se trouvaient également dans son cœur , qui les mettait aussi souvent dans sa bouche que sous sa plume. D'ailleurs un seul mot suffisait pour réveiller en lui les plus vifs sentimens : 0 mon Dieu ! s'écriait-il , et aussitôt il tressaillait jusqu'au fond de son ame ; il disait avec une expression touchante : Mon Jésus ! et on voyait son visage s'enflammer et des larmes couler de ses yeux. Cependant il n'est pas nécessaire de dire que quelque.

avantage qu'il put retirer de ces élancemens de son cœur , il ne se bornait point là pour l'entretien de son ame clans la piété et la ferveur. Outre Toraison qu'il faisait tous les malins avec ses collègues , il savait encore se ménager plusieurs heures tous les jours pour vaquer en particulier à cet exercice ; il y consacrait même une partie de la nuit ; il passait enfin devant le Saint Sacrement tout le temps qu'il avait de libre , et alors même que ses occupations le retenaient ailleurs , il savait encore se dérober quelques momens qu'il venait donner à la contemplation de son Sauveur dans l'adorable Eucharistie. Pendant la prière il conservait toujours la même attitude avec une parfaite immobilité ; seulement de temps en temps il laissait échapper de manière à être entendu , mais sans qu'il s'en aperçût, d'affectueuses aspirations envers Dieu, ou bien quelquefois il lui arrivait d'être saisi d'un tremblement général dans tous ses membres ; tantôt son visage était tout de feu , tantôt son corps s'élevait de plusieurs pieds au-dessus de terre : il restait ainsi quelque temps suspendu en l'air et ravi en extase dans les transports de l'amour divin.

La passion et la mort de Notre-Seigneur étaient le sujet le plus cher de ses méditations ; il y compatissait avec une telle douleur aux angoisses de son bien-aimé Jésus, que, ne pouvant plus résister à l'excès de ses senlimens , il répandait quelquefois des 'torrens de larmes. Il connaissait tellement le prix

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de la prière , que jamais il n'a commencé aucune entreprise sans avoir auparavant demandé le secoura du Ciel , et toujours avec une parfaite soumission à la volonté de Dieu et en ne voulant jamais que ce qui pouvait être avantageux à sa gloire. Il gémissait de voir comment on néglige un moyen aussi nécessaire et aussi efficace pour opérer son salut éternel , et obtenir toutes les grâces dont on a besoin à cet effet. Il ne cessait de rappeler la nécessité de prier à tous ceux avec qui H avait des rapports de charité : il en parlait surtout fort souvent à ses élèves , et en vint enfin à composer sur ce sujet un petit traité fort utile ayant pour titre : Du grand moyen de la 'prière ; ouvrage qu'on ne saurait assez répandre et qui devrait surtout être lu et médité par tant de gens prétendus chrétiens qui^ sous les plus légers prétextes , se disjoensent avec une déplorable facilité d'un précepte de l'Evangile aussi formel que celui , non-seulement de prier, \ mais de prier sans cesse , en entendant cette obli- ' gation dans le sens et selon la mesure que l'Eglise y attache.

Ce que nous venons de dire pourra donner une •idée du recueillement ou delà ferveur avec lesquels il récitait son bréviaire et célébrait la sainte messe. En disant l'office , il prononçait lentement avec lin Ion pénétré, et paraissait s'identifier tout-à-fait avec le psalmiste ; il faisait des pauses fréquentes pour -ranimer sa dévotion ; aux versets qui le touchaient

le plus on le voyait lever les yeux au ciel , et , pour ainsi dire , savourer dans le silence les sentimens que lui inspirait le texte sacré. Sa piété , à l'égard du saint sacrifice , était digne de la grandeur d'une action la plus sublime et la plus sainte de notre religion. Il s'y préparait toujours pendant un temps assez considérable , et avec un soin et une ferveur bien propres à lui mériter toutes les grâces dont il était favorisé à Tautel : alors sa dévotion , sa modestie , l'excès de son amour qui se manifestait d'une manière très sensible , devenaient pour les assistans un tel sujet d'édification , qu'il arrivait qu'ils en versaient eux-mêmes des larmes d'attendrissement. On aurait pu lui appliquer ce qu'on rapporte de saint Pierre d'Alcantara : « Qu'il y » avait plus à profiter à sa messe qu'aux sermons » de tous les prédicateurs de sa province. » Il ne manqua jamais de s'acquitter avec une touchante piété de l'action de grâces : il y consacrait un temps fort long, pendant lequel son cœur s'épanchait dans les plus vifs sentimens d'amour, d'admiration et de reconnaissance pour l'inestimable bonheur d'avoir reçusonDieu. A ses exemples il voulut encore joindre ses leçons : dans son ardent désir de voir dans tous les prêtres une parfaite fidélité à s'acquitter dignement de l'importante obligation de la prière , il composa pour leur usage deux excellens traités intitulés : l'un De la récitation de Voffice divin , tX l'autre De la messe dite avec jjrecipitation. Il

exjilique dans ce dernier ouvrage les cérémonies de la messe : il y traite de la préparation et de Taction de grâces , et établit d'une manière très- forte la nécessité de ne rien négliger pour remplir , avec toute la perfection dont un homme peut être capable , un ministère si grand et si relevé, qu'il ne peut guère s'y glisser de faute qui ne soit très-grave. Avec un tel genre de vie , notre saint ne pouvait que marcher à grands pas dans la perfection. Déjà il était parvenu à un degré très-élevé : il pouvait s'élancer avec confiance jusqu'aux voies les plus sublimes de la vie spirituelle : il osa donc s'imposer les plus terribles obligations ; il fit vœu de ne rester jamais oisif; et ce vœu si difficile à observer, ■et qui n'oblige pas seulement comme les autres pour un temps particulier et pour certains actes dé- ;terminés, mais qui oblige continuellement et pour tous les actes de la vie , il le remplit avec une irréprochable fidélité et une sainte et admirable persévérance jusqu'à la mort. Il est vrai qu'il avait une telle habitude d'être occupé utilement, que jamais dans sa vie l'ennui ne l'avait forcé d'aller chercher une ressource dans le travail, bien différent de tant de gens à qui on pourrait à bon droit adresser ce reproche de l'Evangile : « Pourquoi restez-vous » ainsi oisifs toute la journée ?» A toutes les époques de sa vie , ses jours avaient été pleins , et , ce qui est plus heureux encore , pleins de bonnes œuw«s, si tant est qu'ils puissent être remplis par autr«

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•<iiiose que ce qui est utile devant Dieu. Cependant sa vie fut encore plus saintement occupée dès qu'il se fut engagé par le vœu dont nous venons de parler. L'exercice de la prière , le soin spirituel des âmes , l'élude des sciences ecclésiastiques , la composition des livres utiles , voilà k quoi il consacrait tous ses momeiïs ; car on peut dire que les délassemens qu'il était obligé de prendre , n'étaient pas ■même pour lui des distractions aux «ainls objets qui l'occupaient sans cesse ; à la promenade , en ■récréation , ou dans les rues de la ville avec quel- Kju'un de ses compagnons , il gardait le silence , ou bien c'était une pieuse conversation sur quelque sujet édifiant ; jamais il n'accordait rien à la curiosité; tout ce qui n'était pas essentiellement de Dieu, ou ne conduisait pas à lui , était sévèrement interdit ; durant la récréation, il jouait quelquefois du •clavecin, comme nous avons déjà dit ; il le faisait pour ses novices, s'accompagnant de cet instrument ■pour chanter quelque cantique qu'il avait lui-mê* ■me composé en l'honneur de Jésus ou de Marie, C'était , de sa part, une pieuse ruse pour ramener des pensées édifiantes dans des momens où les jeunes gens surtout sont si portés à se dissiper ; même savoir-faire dans les rapports de pure politesse qu'il était obligé d'avoir avec le prochain. Il possédait merveilleusement l'art d'abréger les visites qu'il recevait ; il congédiait adroitement son monde avec une douce gaité et une simplicité si aimable , que

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l'on se relirait encore aussi satisfait qu'édifié de tout ce qu'on avait vu et entendu , et en se promettant bien de retourner , ne fût-ce que pour recevoir une seconde fois cet édifiant congé. Ainsi dans notre saint , paroles, actions , repos, plaisirs mêmes, si on pouvait donner ce nom aux délassemens indispensables d'une yie si mortifiée , tout tournait admirablement à la gloire de Dieu , et tous les momens du jour ajoutaient quelques nouvelles fleurs ^ la magnifique couronne que lui promettaient ses vertus. Heureux donc ce grand serviteur de Dieu d'avoir ainsi soutenu jusques à la fin l'héroïsme de ces efforts continuels l et heureux aussi ceux qui , appelés à la perfection par leur état ou par une inspiration particulière , sauront trouver dans leur cœur asseï de courage pour imiter avec une fidélité constante ce touchant modèle de sainteté ! <^ue si nous ne pouvons tous nous élever si haut , au moins animonsnous d'un saint zèle pour faire à Dieu les sacrifices que demande la grâce qui est en nous , et que nous ne saurions négliger sans un grand préjudice pour notre ame.

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