VIE DU BIENHIXF.EUT
repi'ésenler par les maisons des rédemplorisles de leurs diocèses respectifs , les conslilulions approur vées par Benoît XIV , et qu'ils en maintiennent l'exacte et entière observation par une sévère surveillance.
Cette mesure satisfit Alphonse ; il y vit un moyen de conservation pour son institut , et il remercia le Seigneur d'avoir inspiré une telle sollicitude à son Pontife : mais il en fut autrement. A la nouvelle des ordres du Pape , douze jeunes clercs des plus distingués et qui faisaient l'espérance de toute la congrégation , passèrent , au su d'Alphonse et malgré lui, de la maison d'Ilicello, où ils se trouvaient, dans celle de Frosinone dans les états pontificaux; le recteur de la communauté et leur directeur particulier les accompagnèrent. Cette démarche contrista beaucoup notre saint vieillard , qui en se voyant ainsi abandonné , ne se consolait qu'en adorant en toute soumission les desseins de Dieu.
Craignant un entraînement général , et voulant regagner ceux qui , par leur départ , avaient cherché à se soustraire à son autorité , il crut que dans la situation critique de la congrégation il ne pouvait mieux faire que d'en remettre la cause entre les mains du cardinal Bandili lui-même. Il lui écrivit pour le conjurer «de prendre une entière connaisî) sance de toutes choses , et de tout arranger selon M que Dieu le lui inspirerait , sans avoir aucun » égard à tout ce qui avait été préalablement dit^
» écrit OU décidé; que si Son Eminence jugeait à » propos de lui ôlcr sa charge de recleur majeur , » elle le fît sans hésiter; qu'il n'avait d'autre dé- )) sir que de voir sa pauvre congrégation se rele- » ver. 11 demandait au cardinal d'écrire ensuite » au Pape ce qui lui aurait paru de mieux à faire » pour ressusciter ce cadavre. Que pour lui, non- >i seulement il était disposé à obéir, mais il avait » encore ordonné à tous d'en faire autant, et qu'en » attendant il se recommandait à la sainte Vierge, » pour qu'elle assistât Son Eminence dans celle » bonne œuvre, w Le cardinal accepta cette espèce de médiation ; mais ses soins furent inutiles , et le mal allait toujours croissant. Alphonse était accablé ; il y avait à Rome un cri général contre lui : l'indigne membre de la maison de Frosinone , et que nous trouvons désigné sous le seul nom de procureur , s'était fort accrédité ; il représentait l'assemblée de la congrégation comme une espèce cle brigandage d'Ephése, dont toutes les opérations étaient radicalement nulles. De là les consulteurs et le recteur majeur qu'on y avait élus étaient comme des in trus dans leurs places , et il demandait en conséquence que les maisons des étals pontificaux fussent soustraites à celle autorité illégitime. Il obtint que l'on écrivît , au nom du Pape , k l'archevécrue de Bénévent et à l'évêque de Véroli d'empêcher dans Cfô maisons l'exécution d'un ordre quelconque qui TModfait des supérieurs de Naples. Et comme tous
les sujets des élats pontificaux ne participaient pas h. son esprit de rébellion envers Alphonse, il fit défendre à tous , de la part du Saint Père , de passer dans le royaume de Naples. Alphonse eut quelque vent de ce qui se passait ; il demanda h être informé de ' la vérité , et on lui répondit qu'on n'était pas obligé de le faire , parce qu'il n'était pas supérieur légitime. Il reçut en toute humilité cet outrage, et garda 1« silence. Cependant son affliction était extrême, au point que l'on craignit pour sa vie : h son âge il ne fallait pas des coups aussi sensibles pour précipiter sa mort. Sur ces entrefaites , le procureur avançant faussement à Rome que le règlement du roi était en vigueur dans les maisons du royaume de Naples, sollicitait l'entière séparation de celles des états romains et la nomination d'un supérieur, sous le nom de président , pour les gouverner. Avant d'en venir à cette extrémité , la sacrée congrégation des évéques et réguliers fit demander à Alphonse toutes les pièces relatives h l'affaire de Majone , et surtout les actes de celte falale assemblée où il avait eu tant à souffrir, et dont on lui faisait un crime. 11 se trouva dans un étrange embarras. La cour de Naples , brouillée alors avec le Pape , avait défendu de soumettre par écrit aucune affaire à Rome sans y avoir été autorisé parla chambre royale. Lui désobéir, c'était s'exposer à la suppression des maisons du royaume ; et cependant c'était ce que Ton demandait. Le saint prit le parti de faire savoir « qu'il en-
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» verrait à Rome deux des siens pour dissiper les » nuages qui obscurcissaient la vérité , suppliant la » sacrée congrégation de suspendre toute décision » jusqu'après les avoir entendus. » Cette lettre est touchante par la manière dont il parle de sonàgc, de ses souffrances et des chagrins que lui donnent ceux qui eussent dû faire la consolation de ses dernières années. «J'espère, dit-il^ que mon âge de » quatre-vij)gt-cinq ans et Taccumulation de tous » les maux qui m'accablent m'obtiendront de votre » bienveillance quelque compassion. J'étais loin » de m'altendre à en être réduit par les miens au » point où je me trouve. Je bénis et remercie le Sei- » gneur de ce que sa grâce ne m'abandonne point » comme je le mériterais. Je me recommande à » Vos Eminences dans les angoisses qui me pres- » sent , les conjurant de daigner conserver l'œu- » vre du Seigneur. »
Considérant néanmoins que le délai qu'ail prenait 'pouvait être interprété en mauvaise part, il se justifie sur ce point dans une lettre au cardinal Caracciolo , préfet de la congrégation des évéques et réguliers. Celte lettre respire, avec un désintéressement absolu , un vif désir de sauver son institution ; il y réclame la protection du cardinal dans les cruels embarras où on l'a mis. Monseigneur Bergamo, évêque de Gaëte, touché de cette situation du serviteur de Dieu, s'intéresse en sa faveur auprès du cardinal Caracciolo. Noire saint se flattait que ce
moyen allait tout accorder, mais sa conduite parut équivoque. Loin de croire à son innocence, on sujv posa à Rome qu'il ne cherchait qu'il éluder les déterminations pontificales. Le procureur profila de l'impression qu'il remarqua dans l'esprit du Pape ; il multiplia ses suppliques pour obtenir la nomination d'un président des maisons des Etals romains. 11 avait noirci notre saint auprès du Souverain Pontife et des cardinaux ; personne n'était là pour défendre le serviteur de Dieu : le calomniateur se donnait tous les honneurs du zèle et de la régularité ; on lui accorda tout ce qu'il voulait , et Pie VI décide , L" que les maisons du trés-saint Rédempteur, dans le royaume de Naples , ne font plus partie de la congrégation , et qu'elles sont en conséquence privées de toutes les grâces et privilèges dont elles jouissaient en cette qualité ; 2.* qu'Alphonse est privé de toute autorité , comme recteur majeur, et exclu de la congrégation ; 3.* que le pèreD. François de Paola est nommé président pour gouverner les maisons qui sont dans les Etals pontificaux. Qui jamais aurait cru que noire bienheureux , cet homïBe si éminent en sainteté , si parfait en obéissance , si plein de vénération pour toutes les volontés des Souverains Pontifes, qui leur avait donné de si grands et de si généreux exemples de soumission , serait accusé de désobéissance envers le Saint Siège et déposé pour ce motif.'' Cependant il faut convenir que par son refus d'envoyer à Rome les pièces de-
mandées il justifiait la mesure prise contre lui ; cl tels étaient les desseins de Dieu, qu^il voulait éprouver et perfectionner toujours davantage une vertu déjà si bien éprouvée et si parfaite. Il lui envoya une épreuve bien plus sensible que toutes les souffrances physiques, en lui faisant supporter , sur la fin de ses jours , l'humiliation la plus cruelle , Tingratitude la plus odieuse de la part de quelques-uns de ses enfans , et une crainte désespérante de se voir rejeté lui et son œuvre. Ce fut le 22 septembre 1780 que fut rendu le fatal décret. Trois jours après , monseigneur Carafa , au nom du Pape , écrivit en ces termes au cardinal Bandili :
« Notre Saint Père le Pape voulant pourvoir î» d'un légitime supérieur les maisons du très-saint 3) Rédempteur qui sont dans votre diocèse et dans » le diocèse de Véroli , dans l'audience accordée à » monseigneur le secrétaire de la sacrée congréga- )> tion des évéques et réguliers , le 22 du courant , w a daigné nommer , en qualité de président des î> susdites maisons du très -saint Rédempteur, le » Père D. François de Paola , supérieur actuel de » Frosinone , diocèse de Véroli et du même insli- » tut. Sa Sainteté lui confère tous les pouvoirs et fa- » cultes nécessaires pour que , selon la teneur des » règles et constitutions du très-saint Rédempteur, » approuvées le 25 février 1759 par le bref adpas- » toralis dignitatis fastigium du Pape Benoît XIV, » de sainte mémoire, ledit Père François de Paola
j) puisse gouverner et les maisons et les individus à » la place de celui qui , étant recteur majeur de la » susdite congrégation, et ayant , avec ses adhé- » rens , adopté un règlement essentiellement diffé- )) rent de l'institut professé auparavant, a cessé d'én tre membre de la congrégation et de jouir des » prérogatives et grâces concédées par le Saint Sié-
» ge » Il fut adressé une lettre semblable à l'é-
véque de Véroli , et dans toutes les maisons des Etats romains le Père François de Paola fut reconnu pour unique supérieur , à l'exclusion d'Alphonse réputé hors de la congrégation.
Ce triomphe ne parut pas suffisant à l'odieux persécuteur. Ses lettres sans nombre publièrent dans tout le royaume de Naples l'ignominie du saint vieiflard; l'impression que ses manœuvres firent à Rome fut telle , que la sacrée pénitencerie refusa même d'admettre les suppliques qui lui viendraient des missionnaires du très -saint Rédempteur hors des Etals romains, et que les autres congrégations de cardinaux suivirent cet exemple dans leurs attributions respectives.
Notre saint ne croyait pas les choses aussi avancées , quand il envoya à Rome deux de ses Pères pour défendre sa cause. Ceux-ci en arrivant trouvèrent que tout venait d'être décidé depuis deux jours. Le procureur joua devant eux une douleur hypocrite de l'humiliation du vénérable fondateur,^ mais il ne put soutenir long-temps ce personnage j]
sa malice finit par le trahir loul-h-fait : il s'exprima sur le compte du saint dans les termes outrageans de la haine qui lui avait inspiré tant de calomnies. Quant aux secrétaire et sous secrétaire de la congrégation des évoques et réguliers, ils déclarèrent aux envoyés d'Alphonse , « qu'il avait été séparé de la )) congrégation du trés-saint Rédempteur , et que » les cardinaux se trouvant absens , il n'y avait au- » cun moyen de revenir sur ce qui avait été décré- » té.» Les deux missionnaires s'en retournèrent sans avoir rien fait pour l'objet de leur mission, et après s'être convaincus de toute la grandeur du mal , et surtout des fâcheuses impressions que la calomnie avait laissées dans l'esprit des personnes les plus recommandables de Rome. Ils arrivèrent le soir à Saint-Michel des Païens. Afin de ménager le saint vieillard, ils attendirent le lendemain pour rendre compte de leur voyage. Il ne savait encore rien de la décision prise contre lui. On lui dit tout, au moment où il se préparait pour entendre la messe et faire la communion. Il fut d'abord comme interdit; mais bientôt, avec une entière soumission d'esprit pour les ordres du Souverain Pontife , il s'écria, en s'inclinant profondément : a Je ne veux que Dieu » seul. Cest assez que la grâce de mon Dieu ne » me manque pas. Quoi que le Saint Père ordon- )> ne , que Dieu soit béni! » Ce fut là tout ce qu'on lui entendit dire ; puis il continua tranquillement sa prière , assista h la messe sans laisser apercevoir la
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moindre agitation , et acheva de se consoler dans la sainte communion. Cependant, après son action de grâce , comme il était sorti en voiture , selon son usage , il eut h soutenir une cruelle et violente tentation: à mesure qu'il était préoccupé de l'événement dont il était l'objet^ le démon lui représenta la destruclion de sa congrégation comme l'ouvrage de ses péchés , et lui - même comme l'auteur de tout le mal ; il lui semblait que Dieu l'avait abandonné , et qu'il était désormais sans espoir de salut. Dans cet élat, il s'humilie, se confond et fait tous ses efforts pour ouvrir son cœur à la confiance. Mais il ne peut se calmer : son humilité lui paraît une illusion, et son espérance une véritable présomption. Il ne voit pour lui d'autre perspective qu'un affreux désespoir. En proie à d'inexprimables angoisses , le malheureux vieillard se hâte de retourner à la maison ; et il n'est pas plus tôt arrivé dans le vestibule que, se trouvant comme hors de lui par l'excès de la violence qu'il éprouvait , il éclate en gémissemens , et se met à crier avec un accent déchirant : « O aidez-moi , ai- » dezmoiy le démon veut me désespérer, mais je ne » veux pas offenser Dieu. » Aussitôt les Pères Villani et Mazzini arrivent tandis que le saint crie encore ; bientôt toute la communauté a accouru , et chacun est louché d'une vive compassion en entendant ce grand serviteur de Dieu répéter sans cesse : « Mes péchés sont cause que Dieu abandonne no- V ire pauore congrégation , aidez-moi; car je ne
» veux pas offenser Dieu , et le démon voudrait :» me désespérer. » Les discours des Pérès Villani et Maz7.ini parvinrent h calmer son esprit ; mais pour son corps il resta dans le plus grand accablement par l'impression violente de cet assaut du démon ; ainsi revenu à lui-même , le pauvre vieillard élait plein de reconnaissance envers Notre-Seigneur et la sainte Vierge qui l'avaient soutenu dans cette tentation. « O ma Mère , disait-il , je vous remercie , c'est vous 5) qui m'avez aidé , aidez-moi toujours , ô ma tendre )) mère ; et vous , mon Jésus , vous êtes mon espé- « rance , avec vous je ne serai jamais confondu. » Vers la fin du jour il se trouva parfaitement calme et serein. « Le démon , dit-il aux missionnaires qui » l'environnaient, le démon m'a bien tenté au- » jourd'hui ; mais la sainte Vierge est venue à mon î) secours , et Dieu m'a fait la grâce de ne laisser » échapper aucun acte de désespoir. » Cependant il ne fut pas toujours dans la stiile d'une imperturbable tranquillité , et il avouait au Père Villani « que le démon ne le quittait pas ; mais comme je » ne veux pas , disait-il , déplaire à Dieu , Notre- )) Seigneur et la sainte Vierge viennent à mon se- » cours. »
Malgré l'agitation involontaire de son ame dans une si cruelle épreuve , noire saint donna toujours l'exemple d'une parfaite soumission à la volonté de Dieu et aux ordres de son Pontife. Un jour, comrae on parlait devant lui de l'injustice que l'on
éprouvait par les malheureux succès de la calomnie , il imposa silence , en disant : « C'est le Pape » qui a décidé , bénissons Dieu : la volonté du » Pape c'est la volonté de Dieu. » Le samedi qui suivit la fâcheuse nouvelle , il voulut , tout infirme ' qu'il était , faire dans l'église l'exercice public en l'honneur de la sainte Vierge : il célébra la gloire de Marie avec une touchante et douce piété. Puis il dit au peuple : u Priez Notre-Seigneur et la sainte n Vierge pour notre pauvre congrégation , elle est » en butte à de grandes tribulations î demandez » pour elle la grâce d'accomplir en tout la volonté » de Dieu et de ne jamais lui déplaire. »
Monseigneur Bergamo , évéque de Gaëte , ayant eu connaissance de l'affliction du serviteur de Dieu, vint de Nàples lui faire une visite. Notre saint lui parla de la tentation qu'il avait éprouvée ; « mais , M dit-il, je ne me suis point désespéré, la sainte » Vierge m'u soutenu. » Plein de compassion pour la douleur de ce pauvre vieillard, l'évêque de Gaëte , qui avait pour lui une tendresse filiale , imagina de recourir en sa faveur h la protection du cardinal-archevêque de Bénévent ; il alla lui-même à Bénévent, accompagné d'un Père de la congrégation ; le cardinal parut compatir aux peines d'Alphonse , mais il ne crut pas à propos de faire alors aucune démarche à Rome : il pensait qu'elle serait plutôt nuisible qu'utile dans un moment où les irapressions défavorables conservaient encore toute t
leur force dans, la plupart des esprits, tant elles avaient été grandes et vives.
Cependant la résignation la plus entière ne fui pas le seul mérite de notre saint , par rapport à la décision si rigoureuse du Souverain Pontife ; il entendait l'obéissance d'une manière encore plus parfaite. Il en vint , avec une touchante générosité , à faire acte de soumission à ce même président que la calomnie avait fait si indignement substituer à son autorité de recteur majeur ; il le reconnut pour son supérieur, et il était résolu d'aller finir ses jours dans la maison de Bénévent, en qualité de sujet de celui dont il avait été le chef , et comme simple membre de la congrégation dont il était le fondateur. Ses infirmités et ses chagrins l'avaient mis dans une impossibilité absolue de faire le moindre voyage : néanmoins les représentations du P. Villani lui-mèn^toe purent d'abord le détourner de son dessein ;^^avail beau lui dire que la règle n'ayant pas été abandonnée , la congrégation subsistait toujours dans les maisons du royaume de Naples , il répondait sans cesse que « le Pape ne reconnaisn sait 2^"^ ^^* maisons co?nme faisant partie de » V institut. » Mais comme on lui fit remarquer que sa démarche pourrait avoir des résultats fâcheux de la part du roi , et exciter bien des troubles , il se contenta d'écrire au président nommé d'autorité pontificale , pour lui protester de son entière soumission et de sa disposition à se rendre ,
sur son ordre , dans telle maison des Etats romains qu'il lui plairait de désigner. Il craignait de n'avoir encore assez fait , et il ne fut vraiment tranquille qu'après que celui-ci lui eut déclaré qu'il pouvait rester à Nocéra et qu'il le reconnaissait pour membre de la congrégation. Alphonse professa toujours depuis pour le président de Paola un véritable respect et une entière soumission.
La mesure du Pape excita un trouble extraordinaire dans les maisons du royaume de Naples. Déjà , comme on l'a vu , quelques membres de ces maisons avaient passé à Bénévent , mais lorsque le grand coup eut été frappé , ce fut en masse que Ton sortit. On venait demander conseil à Alphonse , «qui répondait tout simplement : « Obéissez au Pape.n Ainsi il était abandonné des siens et ses élablissemensscdépeuplaient d'une manière désolante. Quelques individus , prétextant la dissoluti A,de la société , rentrèrent dans le siècle. Des morts subites firent justice de celte infidélité (1).
Lamentable sujet d'affliction pour Alphonse ! le saint vieillard avait toujours eu une tendresse paternelle pour tous les membres de sa congrégation et une obéissance filiale pour le chef de l'Eglise , et il se voyait frappé à la fois dans ses affections et de
(d'j Pour Majone il n'osa plus retourner dans la congrégation ; il se mit, comme chargé d'affaires, au service d'un seigneur de la contrée : il était odieux et avili aux yeux de tout le monde ; les remords agitèrent le reste de sa vie ; il mourut cependant avec un repeutii* qui aura pu lui obtenir miséricorde.
père el de fils. Quelques-uns de ses enfans couraient à leur perle éternelle , et il était lui el sa congrégation sous la disgrâce du Souverain Ponlife. Cela seul l'affeclait véritablement ; car ce n'était rien pour lui de se voir déchu de son autorité , il lui suffisait que sa congrégation fut réhabilitée et qu'il rentrât lui-même en grâce auprès du Saint Père. Il sollicitait pour cet objet jusqu'au crédit du président de Paola. « Le Pape , lui écrivait-il , est irrité » contre nous : s'il savait que nous avons été en » danger de tout perdre , il ne nous condamnerait » pas ; j'espère que quand il en sera temps vous » lui ferez savoir toutes choses ; je ne me suis ja- >i mais écarté de la reconnaissance que je lui dois, » et j'espère vivre et mourir dans la fidélité el l'o- » béissance envers sa personne et envers l'Eglise. » Inconsolable du coup qui avait frappé sa congrégation , notre saint recourut une seconde fois k la protection du cardinal Banditi. Il rédigea un mémoire où il retraçait tout le bien que les siens opéraient dans le royaume de Naples et relevait tout ce qu'il y avait de malheureux et de peu mérité dans l'épreuve qu'il leur fallait subir. Le cardinal se chargea deprésenterceraémoire en son propre nom; mais ce fut inutilement. Privédetoulespoirde réussir par ce moyen, Alphonse aurait voulu pouvoir aller parler lui même au Pape , mais ses forces ne le lui permettaient pas , el , d'un autre côté , sa position vis-à-vis du gouvernement rojal augmentait encore
les difficultés. Déjà une espèce de réquisitoire était lancé contre lui , à Peffet de faire déclarer , par le pouvoir civil , la suppression de son institut , accusé d'exister toujours sous le régime de la bulle de Benoît XIV. C'était pour le vénérable fondateur une cruelle perplexité. Il n'écrivitpas directement au Pape , mais il s'adressa à tous ses amis , se recommandant sans cesse à leurs bons offices , soit auprès de la cour de Naples , soit auprès de celle de Rome.
Il aurait au moins désiré de n'être pas privé des grâces pontificales dans l'exercice des missions , et il s' affligeait singulièrement de voir que les peuples avaient à souffrir de ce que les missionnaires en étaient réduits aux seuls pouvoirs des évéques. Plusieurs théologiens de Naples, quelques prélats, nombre de membres de sa congrégation jugeaient que le décret du Pape.ne frappait pas réellement les maisons du royaume de Naples , vu que la règle de Benoît XiV y était toujours en vigueur ; mais le saint vieillard ne voulut point admettre cette interprétation. « Obéissons tout simplement au Pape , i) dit-il , sans interpréter sa volonté à notre manièy) re. » Le secrétaire de la congrégation des rites consulté sur ce point , fit une réponse équivoque dont on voulait tirer avantage. Alphonse s'y opposa. « Les paroles de monseigneur Carafa nous se- » raient-elles favorables , dit-il , nous ne pouvons î) rien en conclure ; car c'est en son nom et non pas » en celui du chef de l'Eglise qu'il a parlé. )j
Tandis
ALPHOSSE-MARIE DE LIGUOni. 4€9
Tandis que le serviteur de Dieu donnnil l'excmple d'une si grande obéissance , les affaires de sa congrégalion étaient dans un élal toujours plus triste. En vain des évêques s'étaient intéressés en sa faveur à Rome, ils n'avaient pu rien obtenir, et il s'élevait , aux yeux de la masse du clergé napolitain , des nuages sous lesquels les maisons du Irèssaiat Rédempteur ne paraissaient que sous les apparences les plus fâcheuses. On ne voyait plus dans les membres qui les composaient que des schismatiques rebelles au Souverain Pontife et violateurs de leurs vœux. Quelques prélats refusaient de les emjiloyer dans leurs diocèses ; et l'opinion en était venue au point que , dans une assemblée de missionnaires et de théologiens h Naples , on avait comme décidé qu'on ne pouvait permettre à un jeune homme de s'engager dans la congrégation du très-saint Rédempteur , à moins qu'il n'entrât dans les maisons des Etats pontificaux. Rebutés et baffoués en mille occasions , les Pères de celle congrégation ne trouvaient partout qu'une existence déplorable ; plusieurs d'entre eux eurent la pensée de réclamer la protection du roi contre les mauvais Iraitemens dont ils étaient l'objet dans ses propres Etats ; mais lors même qu'elle était abîmée dans l'humiliation , l'ame généreuse d'Alphonse était inaccessible à tous les sentimens purement personnels ; prévoyant les conséquences funestes d'une plainte faite au roi au moment d'une grande irrita-
rie de Liguori. S
lion de la cour de Naples contre Rome » il défendit expressément de faire une démarche qui pouvait causer au Saint Père quelque nouveau désagrément.
Il arriva cependant qu'il fut consolé par une lueur d'espoir ; les services que sa congrégation avait rendus dans le royaume de Naples disposèrent le roi à une juste bienveillance. Alphonse en profila , et parvint , par la protection de quelques seigneurs puissans , à ce qu'il fût légalement déclaré qu'il était permis aux missionnaires du très- saint Rédempteur de s'obliger par serment à la pauvreté, à la vie commune et à la stabilité dans l'institut. Le saint vieillard se flattait que cela lui donnerait plus de facilité pour entrer en grâce auprès du Pape , et il en éprouvait une véritable joie. En effet , il fit valoir à Rome le nouvel état des choses par rapport au gouvernement royal , et les cardinaux n'y furent pas indifférons ; mais le secrétaire de la congrégation des évêques et réguliers , obsédé sans cesse par l'implacable procureur , prévint le Pape , et la réponse de Sa Sainteté ne laissa plus aucune espérance. Si on put alors remarquer que ce mécompte affligea sensiblement Alphonse , on ne fut pas moins édifié de sa touchante soumission aux ordres du Souverain Pontife. |
La réunion des maisons des deux Etals était sincèrement désirée de chaque côté : le président de PRola $'était rendu h Bénévent. Alphonse y envoya
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quelques Pères du royaume de Naplcs pour s'aboucher avec lui. On conviulde toutes choses; le président se prêta avec sincérité à tout ce qui pouvait faire réussir cette affaire. On se mit ensuite en devoir d'obtenir Tapprobalion du Pape. Le cardinal Bandili et l'évéque de Gaële, monseigneur Bergarao , se chargèrent de parler eux-mêmes à Sa Sainteté en faveur d'Alphonse ; ils lui dirent tout ce qui pouvait justifier le serviteur de Dieu; Pie VI estimait la vertu du saint vieillard , mais il était impossible de le faire revenir sur l'affaire en question : c( Je sais, dit-il à monseigneur Bergamo, qu'il » est un saint , mais il ne l'a pas été dans cette cir- » constance ; » cependant il ajouta « qu'il lui don- )) nait de tout son cœur sa bénédiction , ainsi qu'à M tous les membres de sa congrégation. »
Le Pape ne refusa pas entièrement l'union que Ton sollicitait , il dit qu'il f;iilait qu'Alphonse fit présenter et soutenir sa supplique en cour romaine, dans les formes ordinaires. Deux Pères furent envoyés à Rome , mais le procureur se donna tant de mouvement pour traverser leurs efforts , qu'ils devinrent inutiles. 11 fut répondu, d'après l'audience du Saint Père , « que Von s'en tiendrait à ce qui » avait été précédemment décidé , et que la supin plique ne pouvait être admise. » En apprenant ce résultat , Alphonse s'écria , par un mouvement de résignation : (( Depuis six mois je ne demandais » à Dieu que l'accomplissement de sa sainte volon-
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)) té ; Seigneur , je veux ce que vous voulez vous- )) même. » Le saint voyait toujours une volonté divine dans la volonté du Pape , et sa soumission fut alors si remarquable , que plus lard Pie VI luimême faisant allusion aux circonslances que nous retraçons , a déclaré en propres termes , dans un décret solennel: «Nous conservons le souvenir de » la pieuse et singulière obéissance du serviteur do 5) Dieu envers le Saint Siège aposlolique: ses paro- » les, ses actions et ses écrits en ont été de fiéquens » témoignages (1). »
Le mauvais succès de la supplique ne ruina pas tout-h-fait le projet de l'union. Les deux fractions delà société dii très-saint Rédempteur s'étaient rapproc-hées : on s'était entendu de part et d'autre : le Pape , malgré la sévérité et la fermeté de ses résolutions, paraissait moins irrité ; on pouvait attendre un temps meilleur. Déjà même , depuis l'entrevue avec le président de Paola àBénévent , l'union existait presque de fait; et .si le droit ne permettait pas à tous de reconnaître dans Alj^lionse leur supérieur, tous honoraient en lui la personne du fondateur de leur institut. Il correspondait par lettres avec les membres des Etats pontificaux : sa correspondance avec eux renferme tous les témoignages d'un vif et
(t) Menioriâ tenemus piclalem singulaiem , et observantiam ser>i Dei erga hanc apostolicaiii sedem , voce sœpè , rébus geslis, et scriptis ab ipso testataïu. {Dêcrot jtnur l'introduclion du procèi de la hiaiijication ,)
louchant intérêt pour tout ce qui les regardait ; sa bonté , nous dirons même sa tendresse paternelle , s'y montrent à découvert ; mais on n'y trouve plus celle autorité qu'il prenait autrefois; ce n'est plus le langage d'un supérieur , il ne commande pas , il prie ; ce caractère de son style se fait surtout remarquer dans ses lettres à de Paola : il descend envers celui-ci aux formes les plus obséquieuses. C'est quclcjuefois le ton respectueux d'un inférieur qui supplie , rarement est-ce un égal qui parle à un égal: jamais il ne s'élève au-dessus du ton d'un père qui donne avec douceur des conseils h son fils. Cette grande déférence venait chez lui autant de Thumililé de son cœur que delà contrainte de sa position. C'était à la fois crainte et respect ^ vertu et nécessité.
Il se réjouissait dans le Seigneur du bien qui s'opérait par le ministère des missionnaires du saint Rédempteur qui étaient dans l'Etat ecclésiastique ; mais son cœur ne se consolait pas de voir ceux du royaume de Naples privés des grâces du Saint Siège : c'était pour lui une douleur qui le préoccupait si fort , qu'ayant été atteint d'une fièvre ardente , suite de ses cruelles infirmités, il parlait sans cesse de cela dans son délire : il s'en plaignait un jour avec vivacité ; mais par une admirable habitude d'obéissance et de résignation, on l'entendit s'écrier ensuite : u Le Pape le veut , Dieu le veut , moi aus- » si ; » et comme on lui dit que le Papo et le roi
l'avaient reconnu pour fondaleur , « ce n'est pas de » moi (jii'il doit être question , répliqua-t-il aiissi- » loi , je consens ci n'clre compté pour rien , l'inlé- » rêl seul de la congrés^ation doit nous êlrc cher. » Il était fermement persiiadé que Dieu avait voulu la fondation de son institut spécialement pour le royaume de Nnples , et il insistait pour (jue ses élèves tinssent à s'y conserver , sans se laisser décourager par les difficultés de leur position. La plupart des évoques napolitains partageaient cette opinion, et s'affligeaient , autant pour l'œuvre en elle-même que pour le bien de leurs diocèses, de Pespèce d'interdit qui avait été jeté sur une partie de la congrégation par la soustraction des grâces du Saint Siège. Presque tous les prélats écrivirent à Rome pour faire révoquer celle mesure d'une rigueur extrême, et consoler ainsi les dernières années du saint fondaleur, dont les mérites leur avaient toujours inspiré tant de vénération el d'allacliement. Dans celle circonstance les archevêques de Capoue , d'Amalphi , de Matera , de Conza el de Salerne, ainsi (jue les évê(]ues de Nocéra , de Nôle , de Lacedogna , de Saint-Ange , de Nusco , signalèrent auprès du Pape leur zèle pour le bien et lein's sentimens pour Alphonse. Plusieurs prêtres revêtus de dignités ecclésiasli(pics , des chapitres en corps adressèrent à Rome leurs soll citations pour le même objel. Nous possédons la copie de presque toutes les lettres qui fureut écrites alors pour la cause de noire saint , tl
ce n'est pas sans quelque peine que nous résistons à la salisfaction de mellre sous les yeux du lecteur ces témoig;nages si honorables pour sa mémoire. Tous, en voulant le justifier , fontl'éloge de ses sentimens, de sa piélé , de son zèle et des services qu'il a rendus à l'Eglise : tous retracent avec un pieux intérêt les tribulations qu'il éprouve, et cherchent h toucher le cœur du Souverain Pontife , pour qu'il daigne accorder à un vieillard vénérable et malheureux, les consolations que ses souffrances demandent et que ses vertus mérilent.
Ces démarches provoquèrent un rapport du prononce h la sacrée congrégation des évèques et réguliers ; l'innocence de notre saint fut mise dans tout son jour , et le Pape rendit aux missionnaires des maisons du royaume de Naples les grâces qu'il leur avait retirées. Cependant ceux-ci sont considérés , dans le rescrit pontifical , seulement comme élèves ou compagnons d'Alphonse; on évite de leur donner, non plus qu'à lui, aucun titre qui puisse les faire regarder comme membres de la congrégation du très-saint Rédempteur , tandis qu'on a soin de spécifier que cette qualité appartient aux missionnaires des Etals de l'Eglise. Ainsi la séparation et l'exclusion prononcée en premier lieu contre les maisons du royaume de Naples se trouve maintenue par cet acte si long temps désiré. La grâce qu'on \ient d'obtenir n'est pas entière , mais ce n'est pas moins y danâ l'élat des choses , une grande consola-
lion poTir Alphonse. A celle même époque il eul ô essuyer du gouvernemcnl des traverses qui rompromirenl singuliéremeni Texislence de sa société , et il s\'leva parmi ses élèves quehjue chose de plus affligeant encore pour notre saint vieillard. Les maisons des Etals romains furent autorisées h se constituer, en remplacement du gouvernement provisoire d'un président , sous Tautorité fixe et définitive d'un recteur majeur. Lechapilregénérals'assembla elle péredePaola fut élu en celtequalité. Les sujets de la Sicile se séparèrent également et se donnèrent de leur côlé un recteur majeur; Alphonse , ainsi méconnu par les siens , eut la douleur de voir sa congrégation déchirée en trois parties indépendantes , sans qu'il eût aucun espoir d'une réunion opérée de son vivant. Pour toute consolation on lui dorma un coadjuleur avec future succession dans la personne du Père Villani , et ce ne fui que quatre ans après sa mort qu'arriva ce qu'il avait prédil luimcme, en parlant de sa congrégation, qu'il n'y aurait plus qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur. Cela eul lieu d'après l'ordre même de Pie VI , heureusement réconcilié avec le roi de Naples, qui, par un édil du 29 octobre 1790, reçut la bulle d'approbation de Benoît XIV. Jusqu'alors l'étal d'exclusion des maisons gouvernées par Alphonse fut maintenu , et les maisons des Etats romains furent seules avouées par l'Eglise.
On a vu avec quel acharnement l'homme que
ALPHONSE-MAr.rE DE LIGOOHI. 417
nous avons désigné sous le nom de procureur, d'après les mémoires sur lesquels nous écrivons , avait sans cesse poursuivi le projel d'humilier et de contrisler noire saint , en ruinant son œuvre et en attaquant sa personne ; après tout le mal qu'il avait fait, il s'agita encore de toutes les manières pour empêcher l'effet du rescril qui rendait aux missionnaires du royaume les grâces et privilèges du Saint Siège ; et il fit tout ensuite pour que ceux-ci ne fussent pas réintégrés dans la congrégation : il ne cessa de parler d'Alphonse avec un grand mépris ; il lui contesta jusqu'à sa qualité de fondateur, il aurait voulu lui ravir la gloire de tout le bien qu'il avait fait , et s'il lui accordait qu'il avait fondé la congrégation , c'était pour dire qu'il l'avait détruite ; il se donnait lui-même comme le véritable fondateur, puisque , à son dire , il l'avait relevée et soutenue lorsqu'elle n'existait déjà plus. Cet homme, qui avait si longtemps joué un rôle si funeste et si perfide, fut enfin connu à Piome : on perdit en lui toute confiance, mais il n'en fut pas moins toujours l'ennemi et le persécuteur du bien ; il ne pouvait supporter les égards du président de Paola envers Alphonse, et il ajoutait continuellement à ses ini- 'Il
quités. Notre saint avait prédit qu'il aurait un jour ù subir un grand châtiment de Dieu. Ces paroles lurent comme une malédiction involontaire que le Ciel avait mise dans la bouche d'un père infortuné eonlre un enfant criminel ; elles n'eurent qu'un trop
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déplorable accomplissement. Ce misérable tombe malade , il ne veut point de médecin ; on lui parle de lui apporter le saint viatique, il répond (jue ce n'est pas encore nécessaire, et bientôt on a à peine le temps de lui administrer l'cxiréme-onction; il meurt dans toutes les agitations du désespoir, frappant violemment de sa main contre le lit, et sans proférer aucune parole qui puisse rassurer sur son compte les personnes qtii Tenvironnent. Il parut au jugement de Dieu Je jour même où l'on célébrait les fastes solennels de cette congrégation du très-sainl Rédempteur, (ju'il avait si cruellement déchirée. Ainsi le juste juge rend à chacun selon ses œuvres.
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