CHAPITRE V
Dévotions particulières du bienheureux Alphonse.
L'esprit de foi qui animait le bienheureux Alphonse se faisait surtout remarquer dans les pieuses pratiques qu'il avait embrassées et dans les saintes dévotions que son cœur lui avait inspirées
On a vu quelle était dans sa jeunesse sa piété envers le très-saint Sacrement de l'autel ; alors même qu'il vivait dans le monde , ses délices étaient de se
trouver auprès de ce Dieu plein d'amour, qui de son colé fait aussi ses délices d'être avec les cnfana des hommes. Les heures s'écoulaient rapidement pour notre saint dans ces tendres communications avec Notre -Seigneur dans TEucharislie. Devenu prêtre, il se rendait très-souvent le jour et la nuit au pied des saints autels , interrompant plusieurs fois ou ses occupations ou son sommeil pour cette sainte pratique. Il en fut de même durant son épiscopat; on le voyait avec grande édification rester tous les jours , pendant un temps fort considérable , prosterné dans sa cathédrale ou dans les autres églises de son diocèse. Après sa démission, il lui arrivait , malgré son grand âge et ses infirmités , de passer plus de huit heures par jour dans le chœur de Téglise de Saint Michel. Il était tantôt à genoux, tantôt assis ; mais toujours avec une telle ferveur , qu'on le voyait quelquefois s'agiler avec violence et vouloir comme s'élancer vers l'objet de son amour. On était attendri en voyant la ferveur avec laquelle *il priait. Il était sous l'empire d'un sentiment irrésistible qui élevait, ravissait son cœur hors de la portée des choses terrestres ; il était tout absorbé en Dieu. Le Dieu de l'Eucharistie semblait quelquefois n'être plus pour lui un Dieu caché , on aurait dit le voile mystérieux tombé devant lui , et Notre- Seigneur se montrant face à face. «Ze voilà ^ s'é- » criait-il dans des transports ineffables , le voilà , n venez voir comme il est beau / aimez-le donc do
» tout votre cœur. « Il l'ut un lemps où il fallait Tarracher presque par force à son adoration pour le faire sortir eu voilure ; la promenade avait toujours pour but l'église où le Saint Sacrement était exposé. Vers la fin de sa vie, lorsqu'il ne pouvait plus quitter sa chambre , il s'en affligeait unicjuement parce qu'il ne pouvait aller satisfaire sa dévotion dans les différentes églises. Il s'en dédommageait dans son oratoire où se trouvait le très-saiul Sacrement. Il faisait allumer les cierges de Taulcl , et il récitait pendant longtemps, avec le fière laïcjue et son domeslique , les prières de rexposilion solennelle et beaucoup d'autres encore.
Il s'efforçait d'augmenter sans cesse parmi les fidèles le nombre des pieux adorateurs de la divine Eucharistie , établissant partout où il donnait mission, et dans les autres pays où il en avait le moyen, l'usage des visites journalières du Saint Sacrement le soir et en commun : il rendait toujours en chaire de solennels hommages à Noire-Seigneur sur nos autels. On savait si bien quel était son zélé à cet égard, que le vicaire général capitulaire de Sainte-Agathe ' Youlut le prévenir dès qu'il apprit sa nomination à cet évêché ; il prescrivit la visite journalière dans toutes les paroisses. Alphonse confirma cette ordonnance, et il y eut dés lors des évê(jues cjui voulurent retracer dans leurs diocèses l'édifiant exemple qu'ils avaient admiré dans celui de Sainte-Agathe. Ce fut pour propager toujours davantage celte dé-
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volion au Saint Sacrement que notre saint composa son livre si pieux des Visites : nous en parlerons particulièrement dans la suite ; ici arrêtons - nous seulesnent à reconnaître les sentimens qui le lui ont inspiré. Voici comment il parle lui-même dans l'introduction : cdl est certain que parmi toutes lespra- » tiques de piété il n'en est point, après la sainte » communion , de plus agréable à Dieu et de plus » avantageuse pour nous , que de rendre de fré- » quentes visites à noire Seigneur Jésus-Christ ré-
» sidant sur les saints autels Sachez que vous
n obtiendrez peut-être plus en un quart d'heure » d'oraison devant le Saint Sacrement que dans
» tous les exercices spirituels de la journée
» Pour moi, il faut que je manifeste ici une vérité » par reconnaissance pour le Sauveur dansla sainte » Eucharistie; c'est que c'est par celte dévotion à » visiter le Saint Sacrement que , malgré beaucoup n de froideur et d'imperfections, je ne me trouve n plus aujourd'hui dans le monde , où j'ai eu le » malheur de vivre jusqu'à l'âge de vingt six ans. )) Si notre saint était fervent en adorant Notre-Seigneur dans la divine Eucharistie , combien ne devait-il pas l'être davantage en le recevant dans la communion ! Nous avons parlé de la piété qu'il portait à la sainte table avant qu'il fût élevé au sacerdoce ; depuis , étant simple prêtre et étant évêque , il n'a jamais manqué , même dans ses voyages , de célébrer tous les jours la sainte messe, si ce n'est du-
alphônse-mAbie de LiGuoRr. 463
rant ses dernières années lorsqu'il n'avait pas la force de se tenir debout. Nous avons dit qu'il communiait tous les jours à celte époque : il lui en eût tellement coûté d'être empêché de monter à l'autel ou de communier, que dans le temps de ses missions il revenait toujours pour la semaine sainte dans une de ses maisons , afin d'être à même de célébrer les saints mystères en particulier ; et qu'il lui est arrivé que le vendredi-saint , ne pouvant pas même faire la communion , il en avait éprouvé dés la veille une fièvre ardente qui nécessita une forte saignée , et ne se calma que le samedi-saint après qu'il eut communié. Le lecteur se souvient de ta fidélité de notre bienheureux à observer et à faire observer les rubriques de la messe. Dans sa vieillesse c'était avec une très -grande difficulté qu'il faisait les génuflexions : néanmoins il portait, ou plutôt il laissait tomber son genou jusqu'à terre en commençant la messe , et il fallait ensuite qu'on l'aidât pour se relever ; mais on avait remarqué qu'après la consécration il n'en était plus ainsi. La présence de Notre- Seigneur lui communiquait même au physique quelque chose de surnaturel : un feu divin éclairait son visage ; il ne paraissait plus dans son état ordinaire, et il a été vu ne plus toucher des pieds à terre et s'élever à une certaine hauteur, à la grande admiration d'une nombreuse assistance.
Alphonse nourrissait une dévotion particulière pour la passion de notre divin Rédempteur. Un
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crucifix qu'il avait toujours dans sa chambre, et sur lecjuel ses regards se reposaient souvent avec amour, ramenait toujours ses pensées vers ce sujet presque continuel de ses méditations. Il redoublait d'austérilé fous les vendredis, et surtout durant la semaine sainte : pendant les trois derniers jours de cette semaine , il était comme abîmé dans la contemplation des souffrances de Nolre-Scigneur pour le salut des hommes. Il avait singulièrement à cœur l'exercice du chemin de la croix : il avait oblenu la permission de placer les lableaux indulgenciés des stations dans les dortoirs de toutes ses maisons, et il était assez ordinaire que tous les jours il les parcourût avec les prières usitées. Lorsqu'il ne lui fut plus possible de marcher, il se fit traîner dans son fauteuil , et ce mouvement étant sur la fin devenu trop fatigant pour lui , il n'y renonça qu'en y suppléant par le moyen d'un crucifix béni à cet efi'el par le Père gardien des mineurs conventuels; il gagnait dans sa chambre les indulgences attachées à l'exercice du chemin de la croix en récitant les prières prescrites pour cela devant ce crucifix qu'il tenait dans ses mains.
Notre bienheureux n'avait pas moins de dévolion pour la croix elle-même : il en faisait célébrer la fêle avec solennité dans son diocèse. Deux grandes croix avaient été placées par son ordre l'une à l'escalier, l'autre h la salle h manger du palais épiscopal , il les baisait toujours avant et après son rc-
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pas, quand il sortait de révédié ou qu'il y rentrait. Lors de sa démission il fit prcs.nl de l'une de ces croix aux religieuses de SaintcAgallie, et l'autre fut donnée au chapitre d'Arienzo , qui la conserve encore dans la sacristie.
Outre le crucifix qui devait se trouver dans toutes les cellules des diverses maisons, il avait encore prescrit qu'il y aurait à cô'rô de chaque lit une petite croix que ses élèves tiendraient dans leurs mains pendant le sommeil. Il leur inculquait de ne jamais laisser passer un seul jour sans penser à la passion de noire Seigneur Jésus-Christ , et il leur faisait faire tous les jours l'oraison en commun sur ce sujet depuis la scptuagésime jusqu'à Pâques.
Il tâchait d'inspirer cette dévotion aux peuples : il voulait qu'une foule d'objets qu'ils ont souvent devant les yeux leur rappelassent les souffrances et la mort d'un Dieu sauveur. «Est-ce des épines que )) vous voyez ? pensez que Notre-Seigneur en fut » déchiré. Est-ce une arme tranchante .f* pensez à » la lance qui a percé son cœur. Le bois vous rap- » pelle la croix sur laquelle il est mort; le fer, les » instrumens de ses bourreaux ; les pointes aiguës, » les doux qui l'ont attaché sur l'autel de son sa- » crifice ; que de choses vous disent ce qu'il en fut M de votre Dieu aux jours de sa passion ! Sachez » entendre ce langage , il est salutaire, et ne voyez » pas passer avec indifférence l'agneau que l'on » conduit à la boucherie; mais, comme saint Fran-
» cois , pensez alors que ce fut ainsi que TAgneau » de Dieu fut conduit h la mort. » Il ramenait toujours dans chaque sermon quelque chose de la passion ; outre qu'il prêchait fort souvent sur ce sujet , il faisait ou faisait faire tous les vendredis de mars y dans les églises de son institut , comme il l'ordonna aussi dans son diocèse , un exercice sur les mystères douloureux de Notre-Seigneur. On remarquait que quand il parlait là-dessus, ce n'était jamais sans une très-grande émotion de sa part , et sans qu'il arrachât des larmes aux auditeurs.
Il avait obligé tous les prédicateurs du diocèse de Sainte-Agathe de fixer toujours certains jours dans leurs stations pour prêcher sur la passion ; il pensait qu'on ne devait jamais donner même les exercices spirituels sans traiter ce sujet. On se souyient de ce qui se pratiquait à cet égard dans les missions qu'il dirigeait , et de la cérémonie solennelle de la plantation des cinq croix sur le calvaire, cérémonie à laquelle il prenait lui-même une part si édifiante en portant sur ses épaules le bois sacré. Etant à Sainte- Agathe il fit faire un grand tableau de Jésus crucifié ; le corps de Notre-Seigneur était représenté tout déchiré de coups et couvert de plaies d'après l'apparition qu'en avait eue sainte Thérèse. On tira plusieurs copies de ce tableau. Elles étaient destinées pour les missions. On sait que c'est un usage reçu en Italie comme en Bretagne de mettre sous les yeux du peuple , en pareille occasion , la
ALPHONSE-MARIE DE LIGCUl.;. ^"'>/
représentation des sujets les plus frappans que l'on traite en chaire : les copies du tableau exécuté par ordre d'Alphonse devaient êlre exposées pendant tout le temps que l'on parlerait des souffrances de Jésus-Christ, Elles produisirent de si grands effets dans les divers pays , que monseigneur Bergamo , évêque de Gaëte , prélat ami du saint , le même dont nous avons parlé ci-dessus et qui est mort en odeur de sainteté , Toulut en avoir par devers lui une copie dans la vue de s'en servir pour le l)ien de ses ouailles. En envoyant dans les diverses maisons le tableau dont nous parlons , Alphonse écrivait à ses élèves : « Il est bon qu'à l'occasion des » sermons sur le jugement ou sur l'enfer on pré- :» sente au peiiple l'image d'une ame damnée , ou » toute autre semblable qui inspire de l'effroi^ mais » il ne faut pas trop compter là-dessus; les conver- » sions opérées par la crainte ne sont pas durables. y> La crainte se dissipe , et le pécheur retourne à » son vomissement. J'ai fait peindre celte image » de Jésus crucifié, afin que vous le montriez au » peuple avant que de le faire méditer sur la pas- )) sion ; il ne peut manquer de s'attendrir à ce spec- •n tacle ; les larmes qu'il excite partent du cœur , » c'est l'amour qui en ouvre la source ; et les con- )) versions opérées par l'amour envers Jésus-Christ » sont constantes et durables. L'amour est bien » plus fort que la crainte , tellement que celui qui » s'attache sincèrement à Dieu n'a plus de crainte. )>
Enfin , la dévolion de noire saint pour les souffrances de Noire-Seigneur lui avait inspiré de composer sur ce sujet jusqu'à trois ouvrages différens: les Réflexions sur la passion de Jésus - Christ , — • V Amour des âmes — et les Traits de feu. H n'y a qu'à lire ces livres pour avoir une idée de ce qu'il ressentait de tendre et de généreux pour son Dieu en les écrivant. C'est un cœur brûlant d'amour et rempli de reconnaissance qui a pu seul conduire sa plume et répandre tant et de si beaux senlimens sur toutes les pages.
La pieuse fidélité de notre bienheureux à honorer la passion de noire Seigneur Jésus Christ devait lui inspirer une tendre dévotion pour son sacré cœur , pour ce cœur adorable , dont l'amour immense envers les hommes dévoua le Fils de Dieu à tant de souffrances et à une mort si cruelle. Dés qu'Alphonse apprit que le pape Clément XIII avait approuvé la fêle du cœur de Jésus , il se hâla d'obtenir la permission de la faire célébrer dans son diocèse. Il composa et fit imprimer des prières pour préparer les fidèles à cette fête : il prêchait tous les jours de l'octave. Monseigneur Gianini , évêque de Lelteré , ayant entendu un sermon du bienheureux sur le sacré cœur, en fut si toucVié, que par un mouvement presque indélibéré , il tomba à genou? en présence de tout le peuple attendri autant qu'édifié.
Le bienheureux Alphonseavait une dévotion toute
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parliculiére pour le myslére de rincarnalion ; elle se manifestait par un redoublement d'austérités et de prières dans le saint temps de l'avent. Celait alors le grand et presque l'unique sujet de ses médilaliuns , el il voulait que dans sa sociélé on ne s'occupât guère que de cel adorable mystère dans les oraisons qui se faisaient en commun. La nuit de Noël était pour lui une nuit de douces larmes , de saints transports , d'admirables extases. Alors sa piété, surtout dans la célébration de la messe, communiquait un involontaire attendrissement à tous les assistans. Notre saint a composé une neuvaine de Noël pour lionorer la nativité de Noire-Seigneur. Nous avons dit au commencement de cet ouvrage que la pieuse mère de notre saint lui avait inspiré dès le berceau une tendre dévotion envers la Reine du Ciel ; ces soins fructifièrent admirablement, et Alphonse devint toujours un plus grand serviteur de Marie. Il était encore dans le monde, et jamais il ne laissait passer un seul jour sans aller adresser ses prières à la sainte Vierge dans une église ou au moins au pied d'un autel qui lui fussent dédiés. Déjà même il jeûnait en son honneur tous les samedis au pain el à l'eau; ce fut là une pratique constante de toute sa vie , excepté pendant ses dernières années , lorsque son directeur l'obligea de prendre au moins un potage à son repas. Alors encore il refusa le samedi le chocolat que les médecins lui avaient prescrit , à cause de son extrême
faiblesse. Ce jour-là les macéralions de loul genre étaient et plus rigoureuses et plus fréquentes. Même pratique à toutes les veilles des principales fêles de la sainte Vierge. C'était de plus par une neuvaine qu'il s'y préparait toujours. Il portait un chapelet suspendu à sa ceinture , même quand il fut évêque ; il était d'une grande exactitude à réciter tous les jours la première partie du rosaire avec cinq psaumes en l'honneur du nom de Marie. Il était dans l'usage d'interrompre sa conversation pour réciter la salutation angélique toutes les fois que l'horloge sonnait , eût-il été dans la compagnie la plus distinguée ; il prétendait qu'un Ave Maria valait plus que le monde entier : il n'omettait jamais non plus de dire V Angélus trois fois le jour , se mettant à genoux dés le premier son de la cloche , et cela étant évêque et quelque part qu'il fût , même au milieu des rues. Quand il fut devenu sourd , il exigeait qu'on l'avertît du son de la cloche ; s'il était à table, il cessait aussitôt de manger et tombait à genoux , à moins que ses infirmités ne l'en empêchassent , comme cela arriva dans les deux dernières années de sa vie. Rien de plus édifiant que la ferveur avec laquelle il s'acquittait de ces petites pratiques, que l'habitude rend quelquefois comme machinales ; il lui est arrivé d'entrer en extase en récitant V Angélus. Sa confiance filiale envers la sainte Vierge le portait à recourir sans cesse à sa protection maternelle. Il ne sortait jamais de la maison et n'y
rentrait jamais sans aller lui faire une visite. Il n'entreprenait pas la plus petite affaire sans implorer son secours. Il l'appelait avec amour sa mère , sa protectrice , son espérance après Dieu.
Son directeur lui dit un jour que quelquefois la sainte Vierge daignait apparaître à ses serviteurs , et qu'il espérait qu'elle lui accorderait la même faveur , au moins à l'heure de la mort. « Ecoulez , )) répondit Alphonse , quand j^étais jeune, je m'en- » tretenais souvent avec la bonne Mère , elle me » donnait des conseils sur tout ce qui intéressait » ma congrégation. — Et que vous disait elle? ré- )) pliqua le directeur. — Oh ! repartit le saint , elle » me disait de si belles choses ! elle me disait de si )) belles choses ! » Il ne fut pas possible d'obtenir une autre réponse. Mais il est encore très-précieux pour nous qu'on ait recueilli ces paroles que nous venons de citer, et qui nous révèlent quelque chose des grâces qu'il a reçues de la sainte Vierge ; grâces qui furent, sans doute, la récompense , non pas seulement de sa dévotion envers la Reine du Ciel , mais encore de sa grande pureté de corps et d'esprit , base nécessaire de toute dévotion solide.
Le rapport sous lequel le bienheureux Alphonse aimait le plus à honorer la sainte Vierge , c'était celui de ses souffrances à cause de la passion de son divin Fils ; il invoquait souvent dans ses sermons la Mère des douleurs ; il invitait les pécheurs à solliciter par son intercession le pardon de leurs cri-
mes. « Au pied de la croix , disail-il , comme dans » un douloureux enfanlemcnt , elle nous a adoptés » pour ses enfans dans la personne de saint Jean. » Par le glaive qui a percé son cœur elle est dcve- )i nue pour nous une mère de miséricorde, qu'elle )> soit donc noire refuge dans les pressans dangers n de pauvres pécheurs comme nous. » A cet effet, il faisait placer, dans les missions, une statue de Notre-Dame des douleurs i\ coté de la chaire. La foule allait sans cesse y prier, excitée par les paroles et l'exemple du pieux missionnaire. Il donnait toujours un sermon sur le patronage de la sainte Vierge : avant lui ce sermon n'avait pas lieu dans les missions , aujourd'hui c'est un usage reçu en Italie comme en France, on lui en doit l'institution. Nous ne saurions dire tout l'effet qu'il produisait en prêchant sur la sainte Vierge. Il parlait avec une si grande confiance et une si touchante dévotion de sa bonne Mère , que souvent des pécheurs jusque là endurcis et presque désespérés , vaincus en quelque sorte par l'espoir de la protection miséricordieuse de Marie , se sentaient comme renaître à des senlimcns inconnus , et étonnés de se trouver ainsi changés , pleins de courage et de résolution , ils demandaient avec empressement d'être reçus h pénitence.
Avant qu'il fût évêque , il prêchait tous les samedis sur les grandeurs de Marie dans les églises de sa congrégation ; il en fit autant dans sa calhé-
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drale ou dans les autres églises du lieu de sa résidence, quand il fui dans son diocèse. Il continua de même dans Téglise de Saint-Michel tant qu'il put se soutenir. Il avait réglé que ce serait là la pratique générale de toutes les maisons de Tinslilut. Il croyait que ses élèves devaient cet hommage à la Reine du Ciel , parce qu'elle était la prolectrice spéciale de sa congrégation , et qu'il voyait dans cette pratique un excellent moyen d'inspirer au peuple une dévotion si sainte et si salutaire : « Des no- » valeurs, disailil, se sont élevés, qui prétendent » que le culle de la très-sainte Vierge est injurieux )) à Dieu ; ils lui refusent tout pouvoir, ils rejètent M sou intercession. C'est à nous qu'il appartient de » venger noire mère de cet outrage , en montrant )) combien elle est agréable et puissante devant )> Dieu. )> C'est d'après celle pensée qu'il exaltait et glorifiait continuellement dans ses instructions du samedi , le pouvoir et l'intercession de la sainte Vierge, recommandant envers elle une grande dévotion , et s'atlachant h établir avec saint Bernard , par l'aulorilé des autres Pères de l'Eglise, qu'un serviteur de Marie ne peut pas périr. «Les grâces que )) lui obtient une protection puissante et la fidélité » q»ii lui est nécessaire pour conserver celle protec- )) lion , sont , disait-il , d« sûrs garans de son salut » éternel. Marie, s'écriait-il encore souvent vers la » fin de sa vie , cl avec un accent tout joyeux , Ma- » rie est la tendre mère du genre humain : elle est
)) le refuge des pécheurs ! » Il donnait une image de la sainte Vierge à tous ceux qui venaient le voir, et son ame se répandant dans les plus doux senlimens, sa bouche trouvait des paroles les plus affectueuses pour exciter les autres à lui vouer un tendre amour et une sainte confiance, a Allez à elle, disait- » il , dans tous vos besoins , et placez en elle toutes » vos espérances. » Ses ouvrages , ses sermons , nombre de prières qu'il a composées , les visites à la sainte Vierge qu'il a placées à la suite de chaque visite du Saint Sacrement, font foi de son extraordinaire dévotion à la Mère de Dieu. Son livre des Gloires de Marie surtout , est un beau témoignage de son zèle et de son dévouement pour sa glorieuse protectrice.
Il apprit qu'un ecclésiastique de la Fouille avait avancé des propositions erronées contraires à la sainte Vierge : ce fut pour lui un véritable sujet d'inquiétude , mais il ne se contenta pas de réparer le mal par de secrets gémissemens et par un redoublement de ferveur ; il écrivit avec force à l'archevêque de Naples , au grand aumônier et à un autre évêque qui était à Naples , pour les engager à s'élever contre l'erreur naissante et à en arrêter les progrès. Son cœur était tellement ému de douleur par l'outrage que venait de recevoir son auguste souveraine, qu'il fondait en larmes en écrivant ces lettres. Il disait a ceux qui étaient avec lui , que si elles ne suffisaient pas, il était résolu de faire les démarches les plus ex-
traordinairespour la défense d'une gloire qui lui était mille fois plus chère que la vie. Il aurait répandu son sang a\ec joie pour un semblable molif. Des hommes étrangers à la véritable dévotion rêvaient , en contradiction avec l'esprit de l'Eglise, une réforme insensée dans le culte de la sainte Vierge ; Alphonse indigné d'une prétention qu'il regardait comme une impiété manifeste^ publia une courte mais énergique réfutation des idées nouvelles que l'on s'efforçait d'introduire parmi les fidèles. La sainte Vierge, bien que simple créature , lui paraissait une créature si excellente et si parfaite, ses prérogatives lui paraissaient si grandes et si élevées , qu'il ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'en elle tout était divin , excepté elle-même ; en conséquence jamais il n'aurait pu souffrir que l'on cherchât à retrancher quelque chose des hommages que lui rendait l'Eglise. Ce zèle ardent lui avait mérité d'être comparé aux plus illustres et aux plus dévoués serviteurs de la sainte Vierge. On l'a surnommé quelquefois le Bernardin de Sienne de son siècle.
Alphonse avait beaucoup de dévotion pour les .saints apôtres : il avait établi dans sa congrégation l'usage de se choisir chaque mois un apôtre que l'on prenait pour protecteur dans l'exercice de la vertu que l'on avait particulièrement à pratiquer durant ce mois. Il persévéra lui-même dans celte pratique jusques à sa mort. Saint Joseph et sainte Thérèse eurent aussi une grande part à ses hommages et à
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sa confiance. Il composa une neuvaine en l'honneur de chacun de ces deux sainis , il les déclara patrons de son inslilut , et il en faisait toutes les annc'^es solenniser la fêle dans ses diverses maisons ; il les invoquait souvent lui-même, et jamais il ne commençait aucun écrit , aucune lettre missive , pas même une simple note , qu'il n'eût placé en tête , avec les lettres initiales des noms de Jésus et de Marie, celles des noms de saint Joseph cl de sainte Thérèse. C'est ce que nous retrouvons sur une lettre autographe du saint , que nous tenons de l'obligeance des Pérès du très-saint Rédempteur , ainsi que sur les nombreuses copies que nous avons sous les yeux.
Ce n'est pas un faible témoignage de la foi et de la piélé de noire saint que son respect et son obéissance pour le chef de l'Eglise. Quels exemples de soumission n'a-l-il pas donnés ? Le souverain Pontife parle , et il accepte l'épiscopat malgré son extrême répugnance; ce n'est pas encore la pensée du Pape qu'il se démette de son évêclié , et il rcsle sous le fardeau, bien qu'il soil accablé : il est frappé d'un coup terrible qui l'exclut de sa congrégation, et il se résigne , il ne lui échappe pas un mol de murmure contre la main souveraine qui est venue le frapper dans ce qu'il avait de plus cher. I! gémit , il est vrai, du malheur qu'il éprouve, il déplore l'erreur du Pontife Irompé par la calomnie; mais il proclame la sagesse et la pureté de ses vues, il lui demeure inviolableraenl attaché , et dans sa volonté il adore
la volonté divine. C'est ainsi qu'accoulumé à ne voir jamais dans la personne du Pape que le vicaire de Jésus-Chrisl , il lui obéissait en loules choses avec une exaclilude scrupuleuse, el quMl ne permellail pas même que Ton manifeslàl en sa présence aucune espèce de désapprobation de ses ordres. S'il lui arrivait d'être en doute sur son droit en quelque matière qu'il craignît être uniquement du ressort du Saint Siège , il s'en rapportait h. la décision de Rome. Il ne savait pas h qui du Pape ou de l'évêque appartenait la collation d'un bénéfice qui vint à vaquer dans son diocèse, et dans le doute il prit le parti de demander à Rome les bulles d'institution. Il se plaisait ci rendre en toute rencontre hommage et obéissance aux décisions du chef de l'Eglise. Telles étaient ses dispositions à cet égard , qu'il ne voulut jamais faire imprimer aucun ouvrage de théologie sans l'avoir auparavant soumis à son jugement irréfragable. Dans sa piété filiale pour le père commun des fidèles , il déplorait comme un malheur toutes les attaques dirigées contre la chaire du prince des apôtres. Il jugeait, avec raison , que contester à cette chaire sainte quelques-uns de ses droits et de ses prérogatives, et surtout sa prééminence souveraine sur toutes les églises particulières et l'autorité divine des ji;gemens qui en émanent , c'était tendre , peut-être sans le vouloir, vers le mêine but que poursuivent avec des intentions coupables tous les ennemis de Dieu. Porter atteinte au
Saint Siège apostolique , c'était , à son avis , frapper au cœur la religion de Jésus-Christ , et vouloir ébranler celte inébranlable colonne de la vérité que Dieu lui-même a élevée au milieu du monde pour faire luire la lumière aux yeux de tous les hommes , et qui soutient à elle seule l'Eglise universelle, dont elle est le centre nécessaire et le fondement divin.. Il s'élevait avec force contre toute restriction imposée à la puissance apostolique du Pontife romain, en qui elle réside essentiellement dans toute sa plénitude. Il disait , en parlant du pouvoir suprême du Pape , dans une lettre au professeur en droit canon du licée archiépiscopal de Naples : « Je suis prêt à » défendre ce pouvoir au péril de ma vie ; car sans
» lui l'autorité de l'Eglise serait anéantie En
n supprimant ce juge suprême de toutes les coptro- » verses , la foi est perdue ; l'absence de ce juge est » la cause de la grande confusion et diversité de w sentimens que l'on trouve parmi les hérétiques , » parce qu'à défaut du juge établi de Dieu, chacun r> se constitue arbitre de sa propre autorité. » Il s'efforça d'opposer une digue au torrent des doctrines anticatholiques qui commençaient alors à se répandre même en Italie. Quoique avancé en âge , et , comme on sait , accablé d'infirmités , il entreprit de venger le Saint Siège des attaques de Febronius , qui venait de publier son livre contre l'autorité du Pape. La réponse d'Alphonse est une réfutation directe des opinions du novateur. Nous parle-
rons plus tard de cet ouvrage de noire saint, ainsi que de plusieurs autres qu'il a composés pour la défense de l'autorité du chef de l'Eglise. Nous dirons seulement ici que ces écrits lui attirèrent quelquefois des injures de la part de ses adversaires ; il les supporta avec patience , et n'en demeura pas moins ferme dans ses principes. Il les défendait par esprit de religion , et il était inaccessible à toutes les atteintes de l'esprit de parti. Cependant, s'il était sans ressentiment contre des hommes passionnés qui l'outrageaient , il s'attachait aussi avec un religieux intérêt à tous les savans qui partageaient ses opinions, et entretenait avec eux un commerce utile à une cause sainte. Tel était son attachement pour cette cause de la vérité , que se trouvant dans un état violent de souffrance et en grand danger de la vie , il tressaillit de joie et parut reprendre ses forces un jour qu'on lui parla du zélé de ses élèves pour la doctrine catholique de la suprématie du Pape.
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