PRÉFACE. XV
nom du bienlieureux Alphonse pendant un long et honorable exil dans le royaume des Deux-Siciles. De retour en France, après la restauration, il occupa ses loisirs à traduire une vie abrégée du ?aint, laquelle avait paru à Rome à l'époque de la béatification. Le pieux traducteur mourut sans avoir mis la dernière main à son travail, qui depuis nous a été confié. Nous avons eu lieu de regretter qu'il ne lui eût pas été donné de l'achever. Il lui restait à compoposer le stj'le : nul mieux que lui ne pouvait l'approprier au génie de notre langue ; mais cela était impossible dans le premier jet d'une traduction dont l'original , écrit d'un bout à l'autre sur un ton incoml)atible avec le français, fourmillait d'ailleurs de locutions uniquement propres à Titalien. Nous tâchions de suppléer le respectable traducteur , lorsque nous avons été mis en possession d'une grande vie du bienlie ui-eux Liguori en 5 vol. in-4°. Ce sont comme des
baiid-Jouques, le comte de Sade, le marquis de Grimnîdi et le présîdetit de Jlazenod. Le ministre repoussa cette diputation lé^'itime pour admettre celle qu'il avait obtenue des baillâmes. Le président de Mazenod fut chargé par ses collègues de taire un mémoire pour prouver la solidité de leurs titres. Ce mémoire, assez volumineux, fut regardé comme un chefd'œuvre; il convainquit le ministre même, qui proposa de faire admettre les deux députations. Les députés légitimes refusèrent cet accommodement, et se retirèrent avec protestation. En récompense de son dévouement, le président de Mazenod fut, à son retour en Provence, décrété de prise de corps par les factieux ; il n'échappa que par miracle à la sanglante exécution des premières victimes de ja révolution à Aix. 11 sortit de France, et il recueillit paitout , durant sa longue émigration , les preuves les plus touchantes du respect et de l'intérêt des étrangers, admirateurs de sa belle conduite. Il habita long-temps Palerme. Le roi des Deux-Siciles l'avait distingué. A la mort de Louis XVll, il écrivit à Louis XVUI à Véroce; le roi lui lit répondre par le comte de Flaxelanden ,son capitaine des gardes , qu'il agréait d'autant plus ses sentimens , qu'il était le premier magistrat qui lui eût encore prêté hommage. Son exil s'est prolongé jusqu'en 1817. Il avait refusé des offres brillantes dans le temps de l'usurpation, et il ne serait pas rentré en France avant les Bourbons. Il est mort A Marseille le 10 octobre 1>>20 dans les sentimens les plus héroïques de religion. Il fut assisté dans ses derniers momens par son frère, aujourd'hui monseigneur l'évéque de Marseille, et par son fils , aujourd'hui monseigneur l'évoque d'icosie. qui lui adrainistm le sacrement de l'extrêMC-onction. Il repondit lui-même » toutes les prières avec une fermeté et une pieté admirables.
X\j PRÉFACE.
mcnioires de sa congrégation jusqu'à sa mort. Nous avons pu consulter en même lemps les actes de la béalification, 5 grands vol. in-folio, ainsi que plusieurs autres écrits sur le même sujet. Ces nombreux documens , tous d'une aulhenlicilé incontestable, nous ont fait coiuiaîfre combien était incomplète la petite vie italienne dont la traduction nous occtipait. On nous a invités d'y renoncer pour nous livrer à un ouvrage original ; nous avons suivi ce conseil, mais de manière cependant à avoir encore de grandes obligations au savant magistrat; sa traduction a été pour nous comme un travail préparatoire infiniment précieux , et qui a beaucoup adouci et abrégé la tâche que nous nous étions imposée , quoique les documens dont il était privé nous aient fourni la matière des détails les plus curieux et les plus importans du livre que nous publions, et qu'Usaient donné lieu à l'augmentation de plus de la moitié. Sans doute, s'il les eût possédés, et que la mort ne fût pas venue l'interrompre , nous aurions un ouvrage bien différent de celui que nous présentons aujourd'hui. Ce serait un monument digne du grand saint à la gloire duquel il l'aurait consacré avec une véritable dévoiion secondée d'un talent avantageusement éprouvé d'ailleurs. Mais si d'un côté nos regrets sont légitimes, d'un autre côté la piété qui nous lira est indulgente , et il nous suffit pour la satisfaire de lui montrer les titres de notre bienheureux à sa confiance. Nous avons voulu édifier, nous espérons que ce but sera atteint; c^est assez pour nous.
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