‹ Vie du bienheureux Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 50 sur 56 · CHAPITRE vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE vil

Bons surnaturels et réputation de sainteté du bienheureux Alphonse.

Traitant de la béatification des saints , le Pape Benoît XIV établit que Dieu opère des miracles pour manifester la sainteté d'un membre de l'Eglise. Le même auteur remarque que les saints personnages de l'Ancien Testament étaient , en quelque sorte , canonisés de Dieu par des miracles qui éclataient durant leur vie , tandis que sous la loi nouvelle , les miracles arrivent le plus souvent après la mort, parce qu'alors c'est l'Eglise qui est appelée à prononcer sur la sainteté , et qu'elle a comme besoin de ce témoignage divin pour éclairer son jugement sur celui qu'elle doit proposer à rimilalion et à la vénération de ses enfans en lui décernant un cïilte public. Le bienheureux Alphonse a reçu le double privilège de l'ancienne et de la nouvelle loi. Sa sainteté a éclaté miraculeusement avant et apré» sa mort. Bien que nous ayons déjà retracé quelques-

uns des dons surnaturels dont il a été favorisé pendant sa vie , nous n'avons pas entièrement rempli noire tâche à cet égard , et on nous permettra de citer encore quelques faits.

Nous ne pourrons les dire tous , à cause du trop grand nombre ; car il conste par le procès de la bèalificalion de plus de cent miracles que noire saint a obtenus de son vivant , sans parler de ceux qui ne sont pas spécifiés dans les actes de ce procès, mais qui, d'après les informations qui furent prises à celle époque , pourraient se compter par milliers.

Il a élé prouvé que toutes les fois qu'il sortait à pied ou en voiture , on mettait sur son passage des malades de tout âge , et surtout des cnfans infirmes. Il s'arrêtait un moment , les bénissait , et ils étaient guéris. On les lui amenait dans sa chambre quand il cessa de sortir , et il leur rendait la santé comme auparavant.

En 1734, il prêchait à Saragnan , dans le diocèse de Salerne , pour la neuvaine de Notre-Dame du Mont-Carmel. Il élait logé , avec deux de ses confrères , chez le médecin du lieu. Un jeudi au matin il survient douze membres de sa conjrréffation prêtres et éludians. Le médecin n'avait que six livres de viande pour nourrir ses hôles , ainsi que sa nombreuse famille : il demanda à Alphonse la permission de faire servir de la volaille ; le saint ne voulut pas y consenlir : « Allez , dit-il en souriant, » ne vous mettez pas en peine , Dieu pourvoira k

n tout , faites servir seulemenl le dîner ordinaire. >:> On s'en tint à ce qu'il voulut ; et en définitive , ce qui paraissait si peu de chose pour tant de gens , suffit pour les rassasier tous. Cependant il y avait à table quinze membres du très-saint Rédempteur et dix-huit personnes de la famille du médecin. Après le repas , notre saint , sans s'étonner de ce qui venait de se passer , dit avec une simplicité admirable : « Il ne faut jamais se méfier de la Providence , » mais il faut recourir à elle dans tous les besoins.»

Le feu avait pris , dans la nuit , non loin de la maison de Saint-Michel des Païens. Entendant les cris du peuple qui accourait pour éteindre l'incendie , Alphonse paraît à sa fenêtre et voit les flammes qui menacent les maisons voisines ; alors il donne une image de la sainte Vierge à son frère servant : ce Cours , lui dit-il , jeter celte image dans le » feu. » Le frère exécute cet ordre, et le feu s'éteint aussitôt.

En 1778, le Vésuve, dans une de ses éruptions , jetait des tourbillons de flammes épouvantables en vomissant des torrens de lave : on voyait ce spectacle de Saint -Michel des Païens. Tout le monde était dans l'effroi ; Alphonse s'approche de sa fenêtre , fait le signe de la croix , la flamme disparaît , et on n'aperçoit plus que la fumée qui sort du cratère du volcan.

A Raito , petit pays à trois milles de Salerne , une femme , nommée Emmanuel de César , avait

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à la bouche une tumeur qui sY'tait si considérablement augmentée , qu'elle ne pouvait pas avaler une seule goutte d'eau. La douleur ne lui permettait pas non plus de goûter un moment de sommeil tranquille. Cependant , tandis qu'elle était à moitié endormie, elle vit paraître Alphonse portant Fhabit de sa congrégation ; cette femme le connaissait et s'était même confessée à lui ; elle le reconnut parfaitement. Il tenait dans sa main un flacon d'une liqueur blanche, il le lui présenta, en disant : « Bu- )) vez de cette eau. » Elle en but ; aussitôt la tumeur disparut , et en effet à son réveil la malade se trouva entièrement guérie. On remarquera que ceci a eu lieu du vivant de notre bienheureux.

Un chanoine de la cathédrale de Sainte-Agathe avait un neveu qui , bien qu'âgé de quatre ans, ne pouvait proférer une seule parole. Il arriva que le saint évéque ayant été indisposé , le chanoine alla lui faire une visite , emmenant avec lui son neveu. Alphonse voulut bien donner quelques dragées à l'enfant; illui demanda comment il s'appelait: l'oncle répondit qu'il ne parlait pas encore et que l'on craignait bien qu'il ne fût muet. Aussitôt le prélat fait le signe de la croix sur le front de l'enfant, et lui fait baiser une image de la sainte Vierge. Alors celui-ci interrogé de nouveau , répond très- distinctement : Thomas! C'était son nom. A cette parole, le saint s'adressant à l'oncle : « Il n'est point muet , » dit-il , seulement il grasseyé un peu ; mais cela

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)) n'est rien, ne vous en inquiétez pas. » Depuis, le petit Thomas commença h parler librement , sans que rien dans sa voix ait jamais rappelé la première difficulté de son enfance.

Nous ne pouvons omettre de retracer encore quelque chose des extases du bienheureux Alphonse.

Tandis quMl était en mission dans la ville de Mugado , il lui arriva qu'en disant la messe il parut tout -à- coup comme transfiguré , et élevé de quelques pieds au-dessus de la terre. C'est un fait qui a eu plusieurs témoins.

Un Père de sa congrégation, entrant un jour dans sa chambre , le trouve en extase devant un crucifix et une image de la sainte Vierge. Il avait les bras en croix , son visage était enflammé et resplendissant , son corps ne touchait point k terre , il s'élevait d'environ trois pieds au-dessus du plancher. A ce spectacle, le Père qui était entré éprouve un saisissement religieux , il va se mettre à genoux dans un coin de la chambre , et reste là attentif à tout ce qui se passe. Quelque temps après , il voit Alphonse revenir k terre , puis se relever tout doucement et prendre la plume pour écrire ; mais voilà que le spectateur est aperçu par le saint , qui lui dit , avec la rougeur sur le front et dans une sorte de trouble de celte surprise : « Quoi donc, vous êtes » ici ? Je vous ordonne de ne rien dire à personne » de ce que vous avez vu. )>

Tandis qu'Alphonse était à Sainte-Agathe , il lui

arriva , un vendredi de mars , de commencer sa messeavec une dévotionexlraordinaire; mais quand il est sur le point de consacrer , il lève les yeux vers le crucifix et reste ainsi absorbé dans une contemplation extatique pendant un temps si considérable, qu'il faut qu'un chanoine qui était présent vienne le faire sortir de cet état pour continuer le sacrifice. Le saint exhale un soupir et fait la consécration ; mais la messe terminée, il s'enferme aussitôt dans sa chambre contre son usage, et il ne Teul voir personne pendant deux heures entières.

Notre saint avait reçu aussi le don de prophétie: deux prêtres de Cava vinrent lui faire une visite à Saint - Michel des Païens. L'un d'eux , qui était le plus jeune, lui dit qu'il se rendait à Naples pour quelques procès. « Pour des procès ! lui répondit » Alphonse ; ah ! vous y trouverez une autre af- )) faire bien plus importante : c'est celle de votre » ame , occupez-vous-en avec soin , car vous mour- » rez bientôt.» Puis s'adressant à l'autre prêtre : « Et vous , monsieur le curé , dit-il , où allez-vous ?» Et comme celui-ci lui fit remarquer qu'il n'était pas curé ; «Il est vrai que vous ne Télés pas encore, ré- » pliqua l'homme de Dieu , mais vous léserez bien- » tôt par ordre exprès de votre évêque. » Celte double prophétie se vérifia h la lettre. Le jeune prêtre ■ mourut un mois après , et l'autre fut contraint par son évêque d'accepter une des cures de la ville de Cava.

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Le chanoine Garzilli de Foggia demandait à être reçu dans la congrégation du très -saint Piédempteur. Le Père Cafora trouvait que cela ne pouvait se faire , vu que le postulant était âgé de cinquante ans. « Ah î dit notre saint , je veux le recevoir ; car » il vivra encore long-temps , et vous , vous mourj) rez bientôt.» En effet, Cafora n'avait que quarante ans quand il mourut, et le chanoine vit sa quatre-vingt-dix-septième année.

Un jour qu'il était en chaire à Arienzo , Alphonse s'interrompit tout-à-coup au milieu de son sermon , et dit au peuple : «Mes chers enfans, récitons un li Pater à l'occasion de l'heureux trépas de mon- » seigneur Albertini , évêque de Caserte. » On fut étonné de ce langage ; mais quelques jours après on apprit la mort du prélat, qui était survenue à l'heure précise où le saint prédicateur l'avait annoncée à son auditoire.

Après avoir donné la confirmation h un jeune malade à Airolles , dans une visite pastorale , le bienheureux Alphonse lui dit avec effusion de cœur : « Réjouis-toi, mon enfant, dans trois jours tu sen ras en paradis ; mais ne manque pas de prier pour )) moi. » Le jeune homme mourut trois jours après celte prédiction.

D. Michel Mellile de Monle-Sarchio sollicita un iour les prières d'Alphonse pour son ami le marquis de Marco qu'il savait être très-dangereusement malade à Naples : les médecins avaient déclaré qu'il

nY^vaitpîus d'espoir de rétablissement. « Cepen- )) dant , répondit le saint , l'état de D. Charles de » Marco s'est amélioré celte nuit ; il est bien à pré- )) sent : et c'est k l'intercession de monseigneur )> Lucci , évèque de Bovino qui lui était si attaché, ■» que le malade doit la grâce de sa guérison. » L'événement justifia ces paroles.

Les dons surnaturels et miraculeux dont le Ciel favorisait avec tant d'éclat le bienheureux Alphonse , lui attirèrent nécessairement une grande réputation de sainteté , et fixèrent en conséquence sur sa personne la vénération et la confiance non-seulement des peuples , mais encore des personnages les plus distingués et les plus recommandables. Benoît XIV, Clément XIII, Clément XIV et Pie VI lui donnèrent , en plusieurs jOCcas.ions, des témoignages de la plus haute estime. Ce dernier Pape, recevant un petit portrait du saint avec l'oraison funèbre prononcée à ses funérailles , posa respectueusement le portrait sur sa tête , en présence des person^ nés qui le lui avaient présenté. Charles lil , d'abord roi des Deux-Siciles et depuis roi d'Espagne, et Ferdinand IV, son successeur sur le trône des Deux-Siciles , se plurent également à manifester leur vénération pour le serviteur de Dieu. La plupart des grands du royaume partagèrent ce religieux sentiment de leurs souverains : cardinaux , évéques , princes , et tout ce que le rang ou le mérite élevait au-dessus de la foule , montraient assez combien on

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honorait les vertus qui brillaient en lui. Monseigneur Scofïi , archevêque d'Amalphi , le citait comme un grand saint du haut de la chaire de sa cathédrale. L'estime que le vénérable serviteur de Dieu monseigneur Lucci , évêque de Bovino, professait pour le saint fondateur, lui fit établir, dans son diocèse, une maison de \a congrégation du très-saint Rédempteur. Monseigneur Bergamo , évêque de Gaëte, voulut lui servir la messe en simple surplis : il se mettait h genoux devant lui , et demandait à lui baiser la main. Il n'y avait point d'évêque nouvellement institué dans le royaume de Naples , qui , avant d'aller prendre possession de son évêché , ne se fît comme un devoir d'aller se recommander h ses prières et prendre ses conseils. Sa simple signature était l'objet d'une espèce de culte : il était arrivé que ses élèves se présentant chez divers évêques avec des papiers signés de sa main , ces prélats posaient ces papiers sur le front, en témoignage de leur religieuse vénération pour celui dont les vertus honoraient si fort l'épiscopat. « Ah ! disait- » on partout aux habitans du diocèse de Sainle- )) Agathe , que vous êtes heureux , vous avez un )) grand saint pour évêque ! » Tous les sentimens étaient unanimes sur la sainteté du bienheureux Alphonse. Nous avons souvent parlé de l'empressement que l'on témoignait presque partout pour se procurer quelque objet qui lui eût appartenu; souvent on en venait h lui couper de ses habits > à la

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mission d'Amalphi il fallut lui faire une autre soulane , par suile de celle dévotion générale à le dépouiller ainsi pour avoir des reliques ; ses cheveux, le sang qu'on lui avail ôlé, les vieux restes de ses vélemens , tout cela était toujours fort recherché , el pieusement conserve.

Cette réputation de sainteté n'était pas circonscrite dans le royaume, ni même dans l'Italie. On a vu la lettre de l'abbé Nonnotle. Cet écrivain ne parlait pas sur ce ton seulement en écrivant au bienheureux , mais il professait les mêmes sentimens dans des lettres adressées à divers personnages de l'Italie, et s'honorait d'avoir lui-même donné une nouvelle traduction, en français, des f^isites au Saint Sacrement^ autant à cause des hautes et admirables vertus du saint auteur, que parce qu'il jugeait ce livre éminemment propre à exciter la piété des fidèles envers Notre - Seigneur et envers la sainte Vierge.

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