‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 141 sur 149 · A AIX · texte numérisé non relu

A AIX

lement jusqu'à deux heures du matin. S étant réveillé , et surpris de ne plus sentir aucun mal : « Je suis guéri , » dit-il au Supérieur qui n'avait point quitté la chambre. 11 se rendort ensuite d'un sommeil profond jusqu'à quatre heures : alors il se lève , s'habille , descend à l'église , célèbre la sainte messe , et reprend la suite de tous les exercices de la communauté. Il demeura ce jour-là même pendant près de huit heures à l'église , exposé au froid le plus rigoureux de la Provence (le thermomètre était alors à quatre degrés au-dessous du zéro) , il prit à ses repas les aliments ordinaires , prêcha le soir d'une voix haute et naturelle : plus de toux , plus de faiblesse ; déjà le malade avait repris ses couleurs , son embonpoint et l'intégrité de ses forces. Enfin, suivant les expressions du médecin consignées dans le procèsverbal de guérison , sans que Fart y ait en rien contribué, il passa sans intermédiaire et par une transition subite d'un état eœtrêmede maladie à un état de santé très -satisfaisant, et en quelque sorte de la mort à la vie. Le 18 au soir le mal que nous venons de décrire existait dans toute sa violence, et le 19 au matin il n'en resta que le souvenir (1;. rsous ajouterons à ce témoignage que

(l)Le procès-verbal est signé par M. d'Astros , docteur en médecine de la faculté de Montpellier , membre du jury

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le prêtre , objet de cette faveur miraculeuse , après s'être montré deux fois en chaire pendant l'octave de la fête , entonna lui-même le dernier jour au salut le TeDeum chanté en actions de grâces, et qu'il prêcha trois fois par semaine en suivant les lois du jeune et de l'abstinence pendant le carême , qui 'commença peu de jours après sa guérison. Le lundi de Pâques il ouvrit les exercices du jubilé dans l'église de Saint-Jean d'Aix , et parla trois fois par jour pendant un mois. Enfin plus de deux ans se sont écoulés depuis cette époque , et l'ecclésiastique dont nous parlons a été presque continuellement employé à des œuvres très-pénibles, passant plusieurs mois de suite d'une mission à l'autre , et s'employant dans les intervalles aux fonctions du ministère , surtout à la prédication. L'événement que nous venons de rapporter a fait la plus grande sensation dans la ville d'Aix ; les ennemis mêmes de la religion ont été contraints de garder le silence , ne pouvant nier ni l'état désespéré du malade, ni sa guérison parfaite , subite et constante. Le procèsverbal de ce fait , dressé par les ordres de monseigneur l'archevêque d'Aix, et renfermant

médical des Bouches-du-Rbône , médecin de l'hospice civil el militaire d'Aix et du peUt séminaire Saint-Louis. Ce. nrocùs-verbal est dalé d'Aix, 23 février 1826.

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les dépositions juridiques des témoins , a été envoyé à Rome revêtu de toutes les formalités requises, et pour perpétuer la mémoire de ce prodige , on a érigé dans l'église du petit séminaire une chapelle en l'honneur du Bienheureux. Elle devient déjà le but de pieux pèlerinages , et des faveurs de tout genre y ont été obtenues par l'intercession du serviteur de Dieu. La famille du miraculé a voulu par reconnaissance qu'un de ses neveux reçût au baptême le nom d'Alphonse pour être un témoin subsistant du prodige opéré en faveur de son oncle. Une Religieuse hospitalière de Saumur , sœur de Saint-Joseph , se trouvait depuis deux ans dans un état de maladie qui la rendait bizarre dans ses goûts naturels , et la portait à manger des légumes crus , tels que pommes de terre, poireaux, etc. , et à faire usage de vinaigre pour boisson ; elle fut enfin attaquée d'une inflammation d'entrailles qui la réduisit à la dernière extrémité. Après avoir éprouvé un mieux passager, elle retomba dans son premier état , qui devient de plus en plus inquiétant. Au mois de décembre 1825 une fièvre continue , accompagnée de redoublements , rendit sa maladie encore plus dangereuse ; depuis plus de six mois elle ne prenait pour toute nourriture que le suc de quelques fruits ; il

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fallait employer les plus grandes précautions pour qu'elle n'avalât rien du marc qu'elle pressait dans sa bouche , et s'il en passait la moindre partie , elle souffrait d'horribles douleurs d'entrailles , comme si on les eût déchirées. On ne pouvait donner à la malade ni vin, ni bouillon , ni sucre. Elle en vint h ne plus se soutenir que par une seule cuillerée de lait , qui composait tout son repas , et qui était mêlé à deux tiers d'eau. Tous les remèdes avaient été jusquelà inefficaces ; ils étaient devenus alors impossibles ; le marasme le plus complet fut la suite nécessaire de cette longue diète et de la continuité de la fièvre. Les médecins s'empressèrent de délivrer le certificat suivant :

« Nous soussignés , docteurs-médecins et chirurgiens en chef des hospices de cette ville , attestons que madame Saint-Joseph , religieuse de l'Hôtel-Dieu , valétudinaire depuis longtemps, dépérit chaque jour par sa demeure continuée au susdit Hôtel-Dieu ; qu'un air plus pur, plus sain , respiré à la campagne, est le seul moyen , s'il en existe , de lui faire recouvrer quelques forces.

Saumur, 3 mars 1826.

TocuEf , docteur-médecin ; Gaulât, docteur- chirurgien. »

Ils ajoutèrent de vive voix que si on ne se hâtait de prendre ce parti , la malade succomberait dans peu de jours. On conduisit en effet la sœur Saint-Joseph à la campagne ; mais on apprit bientôt que se trouvant à l'extrémité elle désirait avoir la consolation de mourir au milieu de ses sœurs : on la ramena donc le 6 mars à l'hôpital. Le lendemain 7 on commença pour elle une neuvaine au Bienheureux Rodriguez , et la Supérieure, sœur Sainte-Angèle, ordonna à la mourante de se traîner jusqu'au chœur pour y entendre la messe en lui faisant espérer saguérison par l'intercession d'Alphonse : Pleine d'une confiance surnaturelle , la malade fait effort et parvient jusqu'à l'église : sa vue excita la compassion de toutes les Religieuses , qui croyaient apercevoir en elle un mort sorti du tombeau ; telle fut la réflexion que leur inspira sa pâleur, son air exténué et sa faiblesse. On s'adresse au Bienheureux avec ferveur : le moment de la communion arrive ; la malade reçoit la divine Eucharistie. Après qu'elle eut fait une demi-heure d'action de grâces, la Supérieure s'approche : Comment vous trouvez-vous? ditelle. — Bien , répond la malade; la fièvre m'a quittée pendant la messe. — Hé bien , suivezmoi à la dépense ; nous verrons si vous pouvez manger ; c'est là la grande épreuve. » La sœur

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Saint-Joseph s'y rend sans peine , avale un œuf frais , qui passe parfaitement : elle essaie ses forces , va au jardin , monte plusieurs étages , et tout cela sans fatigue. A onze heures du matin , excitée elle-même par l'appétit , elle prend un potage et fait deux autres repas clans la journée; elle ne s'en trouve nullement incommodée. Le lendemain elle se lève avec la communauté , partage les aliments servis à ses sœurs, et se conforme dès lors à toutes les observances ; c'était en carême. Quatre jours après, son tour étant venu de servir au réfectoire elle remplit cet office avec autant de facilité que si elle n'avait jamais été malade. Enfin la semaine suivante elle lut tous les jours pendant le repas d'une voix pleine et sonore. La Supérieure attendit le dernier jour de la neuvaine pour montrer la sœur Saint-Joseph aux médecins , et leur faire part de ce qui était arrivé. Ceux-ci demeurèrent frappés d'étonnement , et , quoiqu'ils ne Ossent pas profession d'être trop crédules , l'un d'eux s'écria : Voilà qui nous fait voir à nous , pauvres mortels , qu'il y a quelque chose au-dessus de nous qui peut plus que nous ! » Le même docteur ajouta : « Pour un miracle il faut trois conditions, que la maladie soit bien avérée , la guérison subite , et la santé constante. » Ces messieurs n'élevèrent

aucun doute sur la question de la maladie ; ils convinrent également que la guérison était

évidente. »Pour la troisième condition, direntils , le temps prononcera ; » il a prononcé , puisque deux ans se sont écoulés depuis l'événement au moment où Ton écrit ce récit J et que la santé de la sœur Saint-Joseph a toujours été parfaite à dater du 7 mars I82G (1).

Le culte du bienheureux Alphonse a été établi solennellement dans la ville de Laval , et depuis que son image demeure exposée à la vénération des fidèles , on apporte de toutes paris des cierges qu'on fait brûler en son honneur : plusieurs miracles opérés par son intercession ont singulièrement contribué à répandre la dévotion au saint frère; nous citerons deux faits dont l'authenticité ne peut être contestée.

En 1826, on célébra pour la première fois dans l'édise des missionnaires de Laval la fête du Bienheureux, qui est fixée par le saint- siège au'trentième jour d'octobre; ce fut alors qu'on bénit et plaça honorablement , avec la permission de l'Ordinaire, un grand tableau représen-

( I) Le certificat de celte guérison, que nous avons eu entre les mains , est signé de la sœur Sainte-Angèle , Supérieure de l'hospice de Sauraur. et de la sœur Saint-Joseph. Ces deux Religieuses étaient alors à Paris.

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tant Alphonse à genoux devant la sainte Vierge. Le panégyrique l'ut prononcé par le piètre guéri miraculeusement à Ai\ quelques mois auparavant. Jean Hamé, tisserand, dont la surdité complète était avérée depuis quatorze ans , était présent à la cérémonie ; ne pouvant entendre le prédicateur, mais frappé de l'air de confiance avec lequel on se pressait en foule autour de la sainte image , il se sentit intérieurement porté à se recommander au nouveau Bienheureux. Il rentre chez lui après sa prière , et se remet à l'ouvrage ; ce n'était point une fête chômée dans le diocèse : à peine a-t-il mis en mouvement le battant de son métier qu'un bruit inusité frappe son oreille; plein de frayeur, il s'élance hors de sa chambre , appelle sa femme . et lui demande si une partie de la maison ne vient pas de s'écrouler. Celle-ci lui répond par signes , comme elle en avait l'habitude , qu'il n'est rien arrivé d'extraordinaire ; cl le tisserand remonte sur son métier : au premier mouvement qu'il fait , nouveau bruit ci nouvelle surprise. Enfin tout s'explique : sa femme parie; elle est entendue : el Hamé, reconnaissant qu'il a recouvra parfaitement l'ouïe , publie partout à la gloire d'Alphonse ce qui lui est armé. Cet homme qui s'était éloigné depuis plusieurs années des sacrements , s'en approche mainte-

nant avec la régularité la plus édifiante. Neuf témoins oculaires , sans compter le miraculé et sa femme , ont attesté par écrit le prodige (i). Dans la même ville , Perrine Roux , femme de Michel Tarrière , journalier , avait l'os du bras gauche carié par suite d'un dépôt qui s'était formé à l'articulation du coude ; plusieurs fragments considérables en avaient été extraits, et l'un d'eux était de la grosseur d'une phalange. Le bras demeurait sans mouvement depuis cinq années , au point qu'il fallait le fixer par une ligature pour l'empêcher de pendre. Cette femme demanda au Seigneur par l'intercession de son serviteur Alphonse , de pouvoir se servir du bras paralysé pour gagner sa \ie par son travail : après la prière les plaies de son bras se sont cicatrisées; la flexibilité et le ressort lui ont été rendus ; le bras gauche lui sert aujourd'hui pour les travaux les plus pénibles , et porte des fardeaux aussi facilement que le bras droit. 11 y avait bien des années que les médecins avaient déclaré le mal incurable. On

(I) Nous avons le certificat signé par le Supérieur des Missionnaires de Laval , on y lit les noms des témoins suivants : Augustin Lelair , tisserand , âgé de 46 ans; Marie Fournier, femme Lelair ; Pierre Courriot , tisserand , âgé de G8 ans; Louise Badat , femme Courriot; Michel Foulon, tisserand , Marie Sayé , femme Foulon ; François Livet , Jean Lebeau , Pierre Robert 1 tisserands.

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