LE SEIGNEUR LE CONSOLE
Dieu dédommageait le généreux Alphonse par !a douceur des consolations dont il l'enivrait pendant l'oraison. La tempête dont nous avons parlé fut suivie d'une paix profonde , d'une joie intérieure et d'un goût délicieux que le saint frère éprouvait dans la prière : souvent l'impression de ces faveurs célestes se communiquait à son corps , et suspendait toutes ses douleurs. Plusieurs fois aussi Dieu le soulagea miraculeusement sans le secours des médecins ; ce n'était pas une guérison parfaite, mais une sorte de relâche qui préparait le soldat de Jésus-Christ à de nouveaux combats. Quant à lui , il s'offrait continuellement à son divin Maître comme une victime pour être consumé lentement par le feu de la tribulation : il arriva que , renouvelant une fois cette offrande absolue de lui-même , tout à coup le Sauveur lui apparut avec sa sainte Mère , environnés l'un et l'autre d'une lumière si éblouissante que la lueur du flambeau alors allumé dans la chambre d'Alphonse fut complètement éclipsée. S'arrêtant auprès de son lit , car Alphonse était alors malade, ils s'entretinrent amoureusement avec lui ; et pendant que son âme était inondée des joies du ciel , son corps retrouva en un instant toutes ses forces. Un Père qui demeurait dans la chambre voisine , étonné d'entendre un
62 ON MfcT SA PATIENCE A L'ÉPREUVE.
bruit de voix dans celle d'Alphonse , voulut savoir quelles étaient les personnes qui lui parlaient ainsi au milieu de la nuit : il entr'ouvrit la porte , mais à l'instant la vision disparut , laissant toutefois le Saint si plein de ce qu'il \enait de voir et d'entendre qu'il ne put le contenir au-dedans de lui. Pendant plusieurs jours il parlait de Dieu comme un homme descendu du ciel ; et, forcé de communiquer à ceux qui l'approchaient les sentiments qui abondaient dans son cœur, il laissait échapper des paroles brûlantes , indices du feu divin dont il était embrasé.
Ce ne furent pas seulement la malice du démon et ses infirmités corporelles qui firent éclater la patience héroïque d'Alphonse ; Dieu permit que les hommes l'exerçassent plus d'une fois ; et lors même que le saint portier n'aurait eu d'autre occasion pour mériter que la fatigue et les déiails de son emploi , la manière dont il s'en acquittait et l'égalité d'âme qu'il y conservait toujours auraient été déjà la preuve d'une sainteté bien éminente. Obligé de parcourir la maison dans tous les sens pour avertir les religieux qu'on demandait à la porte , ou faire les commissions dont on l'avait chargé, et rappelé presque à chaque instant par le son de la cloche qui l'avertissait d'ouvrir , il lui fallait