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revenir trois et quatre fois sur ses pas avant d'avoir pu s'acquitter d'un premier message : loin de se montrer rebuté de ces courses continuelles , il se portait partout où son devoir le demandait , répondant dans les moments où l'affluence était la plus grande avec autant de calme et d'égalité que s'il n'avait eu affaire qu'à une seule personne ; et l'on ne remarqua jamais au milieu d'une telle diversité de soins et d'occupations la moindre émotion dans ses gestes , la moindre altération dans ses traits , la plus légère vivacité dans ses paroles. Les enfants de la ville, plus étourdis et plus inconsidérés peut-être à Majorque que partout ailleurs , se faisaient un plaisir malin cl'éprouver la patience du bon portier , sonnant à l'improviste à la porte , puis se cachant aussitôt qu'il venait ouvrir. Alphonse se hâtait d'arriver , et, ne trouvant personne, se retirait tranquillement: alors c'étaient des cris , des huées , des acclamations ironiques de la petite troupe impertinente , qui recommençait un instant après son jeu sans que jamais Alphonse manquât de se présenter au son de la cloche , et sans qu'il manifestât d'autre sentiment que celui d'une joie sincère, qu'il éprouvait en se voyant ainsi le jouet d'une jeunesse irréfléchie.
Il n'eut pas seulement à essuyer des raille-
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ries , mais des injures grossières de la part d'un charpentier qui travaillait dans la maison : cet ouvrier , voulant sortir à l'heure du repas , trouva la porte fermée , et , après avoir appelé en vain pendant quelque temps, ne voyant point venir Alphonse qui était retenu pour lors ailleurs , il se répandit contre lui en invectives avec tout l'emportement d'un homme sans éducation. Ce fut bien pis dès qu'il l'aperçut ; il ne mit aucune borne à son insolence , et lui prodigua les épithètes les plus outrageantes sans aucun respect pour le caractère, l'âge et la vertu du saint religieux. Celui-ci ne répondit à cet emporté qu'en tâchant de l'adoucir avec les paroles les plus honnêtes et les plus humbles, et lui ayant ouvert, il le salua de l'air le plus affectueux. Le charpentier , revenu de ses premiers transports et rentrant en lui-même, admira la modération du serviteur de Dieu ; et racontant sa faute avec confusion aux pères du collège, il leur disait : Ce n'est pas un homme , mais un ange que votre portier.
Alphonse eut aussi plus d'une fois à souffrir de la part de ses frères , qui n'approuvaient pas tous également l'obéissance aveugle avec laquelle il accomplissait les ordres des Supérieurs sans se permettre de les interpréter jamais , et s'en tenant au sens rigoureux des paroles. Un
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prêtre du collège étant malade recevait quelquefois des visites d'un séculier de ses amis : celui-ci ne venait pas seul , et ie silence de la maison fut plus d'une fois troublé par la bruyante conversation de ces étrangers. Le Recteur , mécontent , prescrivit à Alphonse , qui était alors portier , d'introduire l'ami du malade quand il viendrait seul , mais de lui refuser l'entrée sous un prétexte honnête s'il se présentait accompagné de plusieurs personnes. Alphonse obéit ponctuellement; mais son obéissance ne plut pas au Père , qui s'attendait à recevoir comme à l'ordinaire la visite de ses connaissances , et qui ne les voyait plus paraître. Ayant su comment la chose s'était passée , non-seulement il s'en plaignit au portier , mais encore il lui adressa des reproches très-mortifiants , comme si en cela il eût excédé les ordres qu'il avait reçus : Alphonse l'écouta avec beaucoup de douceur et de respect , et sans lui répondre il alla de ce pas prier Dieu pour celui qu'il appelait un de ses plus insignes bienfaiteurs ; c'était le nom qu'il donnait à tous ceux qui mettaient sa patience à l'épreuve. Il ne tarda pas à recevoir la récompense de sa charité ; car au commencement de la maladie du Père dont nous venons de parler , Alphonse, priant pour sa conservation, l'avait aperçu dans une
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vision étendu mort sur un lit , par où le Ciel lui donnait à connaître que la maladie était mortelle. Mais après l'acte héroïque du bon frère , qui s'était vengé si généreusement en priant pour celui qui l'avait offensé , le même religieux lui fut montré dans l'état où serait un homme qui sortirait vivant du tombeau après y avoir passé quatre jours ; et le Seigneur lui apprit que c'était à la vertu de ses prières que le malade devait la conservation de la vie qu'il aurait déjà perdue sans son intercession.
Dieu ne traita pas si favorablement un séculier qui venait exercer au collège la profession de barbier en rasant les religieux : c'était un jeune étourdi , assez mauvais sujet , comme l'événement le prouva , qui avait pris . on ne sait pourquoi , le bon frère en aversion , et se faisant un jeu barbare quand il l'avait entre les mains de le blesser au vi>age et à la tête avec son rasoir, comme si c'eût été par maladresse , en sorte qu'il le mettait souvent tout en sang. Alphonse ne se plaignait jamais , et s'offrait avec une résignation admirable à la main de son bourreau , dont l'insoience et la cruauté semblaient croître avec l'invincible patience de la victime. On s'aperçut quelquefois de cet odieux amusement . et le barbier essuya des reproches assez vifs de fa part de quelques religieux ;