‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 82 sur 149 · VÉNÉRATION · texte numérisé non relu

VÉNÉRATION

sur leurs intérêts spirituels, et tiraient un grand fruit de ses réponses. On peut nommer entre autres Marguerite Liquerque, Jeanne de Velaseo, duchesse de Féria , et Jeanne de Yillaraçut , qui, du vivant d'Alphonse, avait placé son portrait dans un oratoire au milieu des images des Saints qu'elle révérait dune manière toute particulière ; Pierre Serran , Raymond Verius , François Pacéco, habiles jurisconsultes, recouraient à lui non-seulement pour leur intérieur, mais encore dans toutes ies affaires difficiles. Les vice-rois de Majorque se recommandaient fréquemment à ses prières , et l'un d'eux , dans une visite qu'il fit au collège , l'avant entendu discourir , après plusieurs religieux de la maison, sur une matière spirituelle, dit agréablement au Recteur qu'il lui avait ménagé cette surprise pour la fin de la conférence , comme on réserve pour la fia d'un repas bien ordonné ce qu'il y a de plus exquis.

Telle était la vénération qu'inspirait la vertu du saint homme, et l'idée qu'on se formait de la sagesse surnaturelle dont il était doué. Sa réputation ne demeura pas renfermée dans l'île de Majorque; elle se répandit bientôt dans toute l'Espagne : don François Ribéra, cet illustre archevêque de Valence et patriarche d'Antioche , dont les vertus ont été approuvées par

qu'on a pour sa vertu. '141

un décret du saint Siège , écrivit souvent à Alphonse pour lui demander conseil , et il fît instance à diverses reprises auprès des Supérieurs pour qu'on le fit venir à Valence, désirant l'entretenir et recourir directement à lui dans ses doutes.

On voulut plusieurs fois retirer Alphonse de Majorque pour satisfaire un si grand prélat ; mais Dieu , qui l'avait donné à cette île ; permit qu'il y eût toujours des obstacles insurmontables à son départ, et qu'il y restât jusqu'à sa mort. Le successeur de don François, Isidore de Saint-Vincent , lui communiquait tous les secrets de son âme , et conservait ses lettres comme des reliques. Le cardinal Gaspard de Borgia, qui joignit à l'éclat de la pourpre romaine celui de son mérite personnel, entretenait une correspondance suivie avec le saint vieillard.

Mais les personnes qui avaient occasion de voir de près Alphonse , et celles surtout dont la profession se rapprochait davantage de la sienne, furent plus à portée d'admirer les grandes choses que Dieu avait faites en lui : le P. Vincent Mas, ce saint Chartreux dont nous avons déjà parlé dans le cours de cette histoire , après avoir eu avec le bon frère une très-longue conférence, publia hautement que ce qu'il en avait entendu dire n'était rien auprès de

\ ï'1 VÉNÉRATION QU'ON A POUR SA VERTX.

ce qu'il venaii d'apprendre dans cet entretien. Le P. Marc-Antoine Creus, qui exerça avec autant d'intégrité que de prudence la charge d'Inquisiteur, ne rencontrait jamais un religieux du collège sans demander des nouvelles du saint portier , et donnait publiquement des marques de la haute estime qu'il avait pour lui. Rachel Serran , de l'ordre des Frères Mineurs , homme d'un grand savoir et d'une éminente perfection, voulut juszer par luimême de ce que l'on racontait de la vertu d'Alphonse Rodriguez : s'étant rendu auprès de lui , il lui demanda d'abord quelle était sa patrie, a Le ciel, répondit Alphonse. — Quel âgeavez-vous? Je pourrais compter mes années, si je les avais employées toutes à servir Dieu ; mais comme je ne l'ai pas fait , j'en ignore le nombre. — Si on vous donnait le choix de rester plus longtemps sur la terre , ou bien de passer au ciel , que préfériez-vous? — La volonté de Dieu serait la mienne. — Mais si Dieu mettait lui-même la chose à votre disposition? — Je ne voudrais que le bon plaisir de mon souverain .Maître ; je le préfère à tout ce que je pourrais posséder dans le ciel , si j'y étais sans faire sa volonté.

Parmi les Supérieurs d'Alphonse qui rendirent un témoignage plus éclatant à sa vertu, on

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