‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 84 sur 149 · I 14 SA CHARITÉ · texte numérisé non relu

I 14 SA CHARITÉ

surtout lorsque les services qu'on lui rend sont relevés par des circonstances miraculeuses. Dieu ne permit pas que ce izenre de gloire manquât au bienheureux Alphonse ; et l'on ne sait ce que Ton doit le plus admirer ou de la tendre compassion qui! avait pour les maux et les nécessités de ses frères , ou de l'empire qu'il exerçait sur le cœur de Dieu pour obtenir en leur faveur une assistance surnaturelle : il faisait ses délices de visiter les malades dans les maisons particulières et dans les hôpitaux ; de recueillir des charités pour assister les indigents , et de leur rendre tous les bons offices qui dépendaient de lui. Il avait reçu des Supérieurs la permission de solliciter des secours pour les pauvres ; c'était avec un vif sentiment de joie qu'il demandait lui-même l'aumône afin de la faire ensuite , et la grande opinion qu'on avait de sa vertu engageait les personnes riches à lui donner avec abondance, bien assurées du bon emploi que ferait le saint homme de leurs pieuses largesses. On l'envoyait souvent accompagner les Pères auprès des malades du dehors qui désiraient avoir un confesseur du collège, et partout on regardait sa présence comme une grande faveur. II était aussi chargé de distribuer les aumônes qu'on avait coutume de faire à la porte , et il s'acquittait de cet

il s'emploie auprès des pestiférés. 145

emploi avec une affection qui tirait les larmes des yeux de ceux qui en étaient témoins.

Mais jamais son dévouement ne parut plus héroïque et l'exercice de sa charité plus méritoire que lorsqu'on vit arriver à Majorque une escadre espagnole sur laquelle s'était déclarée une maladie épidémique : les hôpitaux où l'on avait transporté les matelots et les soldats atteints de la contagion furent bientôt presque abandonnés , chacun craignant pour sa vie et fuyant avec soin l'approche des pestiférés. Alphonse , qui s'estimait heureux de se sacrifier dans une si belle occasion, s'offrit de bon cœur à servir de compagnon à tous les Pères du collège qui se rendraient auprès des malades pour leur administrer les sacrements : il s'y porta en effet aussi souvent qu'on le lui permit , rendant aux victimes de l'épidémie tous les services imaginables, et leur procurant dessecours de toute espèce qu'il obtenait pour eux des personnes pieuses. Cet exemple de charité fit bénir le nom d'Alphonse dans toute l'île de Majorque.

Le royaume lui fut bientôt après redevable de son salut dans une famine qui l'affligea en l'année 1613. La récolte venait de manquer complètement ; on avait à peine recueilli le grain employé aux semences ; encore était-il d'une si mauvaise qualité qu'on ne pouvait en

•1 i6 LE ROYAUME DE MAJORQUE EST REDEVABLE

faire du pain. La détresse était générale , et ce qui redoublait la désolation des habitants exposés déjà à mourir de faim , c'était la juste appréhension de l'avenir , puisque étant dans l'impossibilité de fournir aux semailles, il ne leur restait aucun espoir de récolte pour l'année suivante. On prescrivit des prières et différentes pratiques de dévotion pour implorer le secours d'en haut dans une nécessité si pressante ; mais on ne crut pas pouvoir employer de moyen plus sûr pour toucher le Seigneur que de recourir à la ferveur du saint portier. Le Becleur lui exposa en détail l'état déplorable où se trouvait Majorque , la disette affreuse qui régnait dans toutes les parties de l'île et lui peignit la situation de ses malheureux habitants , en proie à tontes les horreurs de la famine. 11 lui recommanda ensuite très-fortement de ne rien négliger pour obtenir du Ciel une assistance que l'on ne pouvait trouver ailleurs , lorsque tout paraissait désespéré. Le cœur du bon frère fut déchiré par ce qu'on lui apprenait de la misère publique ; jamais il ne recourut à Dieu avec un désir plus ardent d'être exaucé, et pendant plusieurs jours il renouvela ses instances auprès de la divine miséricorde. Enfin il sentit au fond de son âme une paix et un contentement qui furent comme le gage des secours qu'on ne tarda pas à recevoir.

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