Dans une lettre du 26 décembre
2. Cité par Mgr Baldus^ dans la lettre dont nous venons de parler et d'après une lettre du Vénérable, aujourd'hui perdue.
Épuisé par la fièvre, et déjà presque à l'extrémité, il apprend que quelques malades demandaient à recevoir l'Extrême-Onction : il voulut qu'on les apportât auprès de son lit et les administra lui-même. Ses désolations intérieures l'avaient aussi poursuivi jusque en ses derniers instants. La veille de sa mort, on l'entendit tout à coup s'écrier : « Oh! que les démons sont terribles I » Mais l'épreuve disparut bientôt, et c'est dans le plus grand calme et le sourire sur les lèvres que, le lendemain, il rendit sa belle âme à Dieu'. M. Paul Song était auprès de lui, venu de quarante lieues pour l'assister et consoler son agonie. On l'enterra tout auprès de M. Pesné, et non loin de l'endroit .oij, en iSSg, fut arrêté le bienheureux Jean-Gabriel Perboyre. La mort de M. Dumazel déconcertait tous les projets, toutes les espérances de M. Glet : il supporta ce coup, si douloureux pour lui, avec cette résignation que rien ne pouvait réussir à troubler. L'année suivante, alors que venait de s'élever dans la province du Hou-kouang la persécution dont il ne devait pas tarder à être lui-même la principale victime, il écrit à M. Lamiot, lequel ignorait encore que M. Dumazel eût cessé de vivre : « Notre
I. Dans la lettre de Mgr Baldus, nous trouvons encore les détails suivants sur M. Dumazel : « Mgr Rizzolati, plus tard vicaire apostolique du Hou-pé, frappé de la réputation de sainteté de M. Dumazel, se crut obligé de faire des informations juridiques sur sa vie apostolique; ces informations lui apprirent que M. Dumazel était un homme d'oraison, constamment en prière, et que Dieu même voulut autoriser sa prédication par un prodige. Un jour, pendant qu'à Fan-chien il expliquait aux chrétiens le chemin de la croix, une croix lumineuse apparut dans le ciel. Ce fait a été attesté par un missionnaire chinois, M. Stanislas Ngay, qui dans le temps en avait écrit à M. Lamiot et au vicaire apostolique du Chan-si. »
première croix est la mort de M. Dumazel, dans le Chang-tsin-hien, qui a été, dans ses derniers moments, assisté par M. Song. Je pense que le bon Dieu a voulu épargner à sa grande sensibilité le regret de voir la dévastation spirituelle et corporelle de nos chrétientés de Kou-tching. »
Le moment du dernier sacrifice et de l'épreuve suprême approchait : comme si la victime n'eût pas encore été assez purifiée dans le creuset de la souffrance. Dieu envoya à M. Clet des infirmités douloureuses qui achevèrent de ruiner cette santé, autrefois si robuste, dès longtemps affaiblie par les maladies, par l'âge, par l'excès du travail et de la fatigue; car ce supérieur, si attentif à ménager les forces de ses confrères, dépensait les siennes sans compter et oubliait, lorsqu'il était luimême en cause, la prudence dont il savait si bien s'inspirer pour conduire et pour modérer les autres. Il se ressentait toujours des suites de la grave maladie qui, au commencement de 1810, avait mis ses jours en danger; l'enflure persistante de ses jambes ne lui permettait plus ces courses incessantes, ces longs voyages que « ce terrible ennemi de Béelzébuth », selon l'heureuse expression de M. Richenet, entreprenait si intrépidement autrefois, se portant, avec une ardeur qui ne connaissait pas encore la fatigue, sur tous les points où il y avait quelque mal à réparer ou quelque bien à faire. Depuis plusieurs années déjà, il devait se reposer sur ses collaborateurs du soin de visiter et de secourir les chrétientés éloignées de sa résidence ^ Mais, en 18 18,
t. Il écritj le 28 décembre i8i5, à M. Paul Song : « Mon projet était d'aller moi-même, au printemps prochain, vous visiter et, après quel-
il se vit, pour de longs mois, réduit à une immobilité, à une inaction presque complètes. Il lui vint à la cheville du pied une plaie très douloureuse qui ne put être guérie qu'au bout d'un an et demi, à la veille de la persécution qui allait le conduire en prison et en faire un martyr *.
Le manque de soins, par suite du dénûment dans lequel il vivait, devait encore ajouter aux souffrances que ses infirmités lui faisaient endurer. Souvent, dans ses lettres, il revient sur son extrême pauvreté, non pour se plaindre assurément, mais pour se défendre d'envoyer à ses confrères des secours d'argent, ou pour solliciter de ses supérieurs quelque subside, qui lui permette de soulager les misères dont il est entouré. « Ici, nous sommes fort pauvres, écrit-il, le 26 juin 1809, à M. Song : nous avons reçu peu d'argent de Pékin ; nous avons une maison à bâtir ; nous avons à faire incessamment un envoi de deux hommes dans le lointain, à qui il faut donner à peu près cent taëls ^ ; la dépense de notre résidence est grande ; les pauvres sont sans
ques jours de repos revenir à notre résidence. Mais M. Dumazel prétend que je suis trop vieux et trop nécessaire ici pour entreprendre ce voyage ; il est d'avis de vous envoyer notre nouveau venu, M. Chen. »
1. Dans une lettre que le Vénérable écrivait, de sa prison de Outchang-fou, à M. Marchini, procureur de la Propagande à Macao, nous lisons : « Précédemment (le Vénérable raconte son arrestation au Honan) il m'est venu à la cheville du pied une plaie très douloureuse qui n'a pu être guérie qu'au bout d'un an et demi, à l'époque même du commencement de la persécution qui me vaut la prison et bientôt probablement la mort. »
2. Le taël n'a pas une valeur uniforme dans toutes les provinces de l'empire chinois ni même dans la même province. Il peut subir, plusieurs fois dans l'année, différentes variations de hausse ou de baisse.
nombre..., jugez par là de notre détresse, m — « Point de nouvelles de la Babylone ', écrit-il encore au même missionnaire, le 6 septembre 1812, je pense que, si vers la fin de la lune nous n'en recevons point, il faudra y envoyer pour leur donner des nôtres et savoir des leurs, et leur demander quelque subside d'argent; car la famine qui s'est fait sentir ici pendant cinq à six mois nous a fort appauvris. Je ne sais comment vont vos finances ; mais, que vous soyez riche ou pauvre, je vous le dis à regret, je n'ai rien à vous donner. » Et peu de temps après, s'adressant toujours à M. Song : « Vous ne me demandez point d'argent, lui dit-il, et vous faites bien ; car je n'en ai point à vous envoyer. Il ne me reste actuellement qu'environ dix-huit taëls, dont il faut distraire dix ou douze pour M. Ghen ; car les courriers qui viennent de l'emmener dans la plaine n'ont apporté aucun viatique avec eux : ainsi, à vue d'œil, dans quinze jours, il ne restera aucune sapèque^ à la maison. Je ne vois personne qui puisse nous prêter ou de qui je veuille emprunter. Les riches me déplaisent trop, pour que je veuille leur avoir obligation. » Il ne pouvait éprouver la même répugnance à recevoir les secours de ses confrères de Pékin ; aussi, ne fait-il aucune difficulté de les prier de lui venir en aide : « Je n'ai presque point de viatique à donner ou à prendre, écrivait-il, le 19 août 18 10, à M. Ghislain : nous recueillons peu de nos terres et, cette année surtout.
Sa valeur moyenne est de 7 fr. 80 centimes, comparé à notre monnaie.