Vice-roi, ou gouverneur de la province
2. Assesseur du tribunal criminel, établi dans toutes les capitales de province.
j'ai commise à votre égard, puisque c'est sans violence que j'ai avoué avoir eu des relations avec vous... Voilà toute mon histoire du Ho-nan. Ma faute, à ce que je crois, c'est que, dès ma capture, je devais me bornera dire ces trois mots, et rien de plus : Je suis Européen, je suis chrétien, je suis venu ici pour prêcher la religion chrétienne, sans jamais désigner ni chrétiens ni lieux de chrétiens. J'ai voulu répondre aux diverses interrogations des mandarins , et j'avais scrupule de mentir. Ce n'est qu'après coup que je me suis persuadé que, si Judith n'est point blâmée d'avoir trompé Holopherne, qui en voulait au peuple et à la religion des Juifs, pourquoi ne pourrions-nous pas tromper l'empereur de Chine, ennemi déclaré de notre sainte religion ? Je ne sais si j'erre dans cette décision. »
En lisant ces lignes, M. Lamiot fut sans doute de nouveau pénétré de cette émotion qui avait mouillé ses yeux de larmes, lorsqu'il ouvrit la lettre oii le Vénérable lui demandait si humblement pardon de l'avoir trahi par ses révélations imprudentes. Cette simplicité d'enfant, chez ce vieillard plus que septuagénaire, chez cet intrépide confesseur de la foi, ne semble-t-elle pas le grandir encore, à nos yeux? Ainsi donc, de son propre aveu, M. Clet, si^ tant est qu'il fût coupable, n'avait péché que par scrupule de vertu et par excès de franchise. Mais c'est assez pour qu'il s'empresse de prendre, en quelque sorte, ses sûretés contre l'admiration ! que pourraient provoquer un jour sa captivité et sa mort. On se rappelle ces admirables paroles qu'il adressait de sa prison à l'un de ses correspondants : « Gardezvous bien de me regarder comme martyr, mais comme
coupable de lèse-majesté divine et meurtrier de plusieurs âmes... Je vous prie de bien faire remarquer cet article à ceux qui apprendront ma mort par vous ou par d'autres, afin de les tirer de leur erreur à mon égard. » Voilà, croyons-nous, le dernier mot sur toute cette question. Nous savons maintenant pourquoi M. Glet se charge lui-même si sévèrement et avec tant d'insistance : c'est qu'à la vue de la couronne qu'il est près de saisir, son humilité s'intimide et s'alarme. Il fait volontiers, joyeusement le sacrifice de sa vie, mais il craint que sa mémoire ne soit trop honorée parmi les hommes ; et s'il accepte avec bonheur les souffrances du martyre, il demande à Dieu de lui en épargner la gloire.
Après la douleur dont nous venons de parler, la plus grande peine du Vénérable, dans sa dernière prison, fut celle que lui causa la défection de quelques chrétiens vaincus par la persécution. On le vit, un jour, pleurer en apprenant que plusieurs d'entre eux avaient apostasie ^. Ces malheureux ne recueillirent pas de leur faute tout le prix qu'ils attendaient : ils eurent d'abord à subir plusieurs mois d'une détention fort pénible, et, quand on les remit en liberté, leur misère était si grande que, sans les charitables secours qu'ils reçurent de M. Glet, ils n'auraient pu regagner leur pays qu'en de-
I. « Quadam vice mandarinus jussit eos (christianos) comedendo carnem abnegare fidem ; quidam christianorum illorum comederunt carnem, Quod sciens venerabilis sacerdos Lieou lacrymosa voce flevit amare. » — « Scivi hune venerabilem sacerdotem, quando advertisset quosdam ex christianis in eodem carcere detentis obediisse mandate prasfecti comedendo carnem pro indicio apostasiae, amarissime flevisse. » (Actes du Procès instruit au Ho-nan, session du 3o mars i86g.)
mandant l'aumône : « Pendant que nous sommes dans une prison où nous ne manquons de rien, dit le Vénérable 1, un plus grand nombre de prévaricateurs ont été retenus quatre ou cinq mois dans une prison, libre en apparence, mais bien plus incommode, et où l'on ne donne chaque jour qu'une tasse de riz si clair qu'on peut le boire sans user de bâtonnets; ce qui peut seulement empêcher de mourir de faim. Leur malice les a trompés : Scrutati sunt iniquitates ; defecerunt scrutantes scrutinio'^. Ils croyaient qu'aussitôt après leur apostasie on les renverrait chez eux, mais il leur a fallu subir cette longue et pénible incarcération où ils manquaient de tout, pendant que nous fournissions des habits, des couvertures et de l'argent à une douzaine de bons chrétiens qui sont dans une prison moins libre que la nôtre. Enfin, le r®"" janvier, bons et mauvais, nous avons été tous conduits au grand mandarin, quia présenté aux apostats, dans un lieu séparé de nous, de la viande de porc dont ils ont tous mangé, quoique ce fût un samedi, ce qui est un signe d'apostasie; après quoi on les a tous renvoyés chez eux. Ils auraient été réduits à mendier leur pain, si, par compassion pour eux, malgré leur prévarication, nous ne leur avions donné des sapèques pour leur voyage. »
Si attentif à pourvoir aux besoins des chrétiens enfermés dans les prisons voisines de la sienne, à faire même tenir des secours aux malheureux transfuges, dont l'apostasie lui avait percé le cœur, M. Glet