‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 121 sur 144 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Triste fin des persécuteurs duj.Vénérable ; hommages rendus à sa mémoire. — Introduction de sa cause ; exhumation de ses restes et leur translation à Paris. • — Ses vertus.

La main de Dieu ne tarda pas à s'appesantir sur les persécuteurs de M. Clet. Il n'avait pas encore été exécuté, déjà l'un d'eux finissait tragiquement sa vie. Ce mandarin du Ho-nan, auquel le Vénérable avait dit un jour: « Mon frère, tu me juges maintenant; dans peu de temps, mon Dieu te jugera toi-même », tomba bientôt après en disgrâce et, au commencement de 1820, subit l'horrible supplice réservé aux séditieux et aux criminels de lèse-majesté ^ : son corps fut scié en plusieurs morceaux, et les membres en furent jetés dans la rivière ^. M. Clet avait également prédit la fin prochaine de Kiaking: « A présent, avait-il dit à un catéchiste qui le visitait dans sa prison de Ou-tchang-fou, je suis jugé ; mais l'empereur qui m'a mis en jugement périra bientôt ; car la mesure de ses péchés est comble ^. » A six

1. Du Halde^ Description de l'Empire de la Chine, t. II, p. i36; Grosier, Description de la Chine, p. 477 et sq.

2. Dans sa lettre déjà citée, en date du 25 septembre 1837, le bienheureux J.-G. Pérboyre disait : « Au premier tribunal où il fut traduit, il (M. Clet) dit entre autres choses au mandarin : Mon frère, maintenant tu me juges, dans peu de temps mon Seigneur te jugera toimême... M. Clet n'avait pas encore consommé son martyre, que ce mandarin était mort misérablement. »

3. D'après le bienheureux J.-G. Pérboyre, le Vénérable aurait fait la même prédiction devant les tribunaux : « A un autre tribunal, dit le Bienheureux dans cette même lettre du 2 5 septembre 1837, il dit au mandarin : Maintenant, je suis jugé, mais avant trois ans votre empe-

mois de là, Kia-king était frappé par la foudre, et les circonstances particulièrement effrayantes qui entourèrent sa mort ne permettent guère de douter que le Ciel ne se fût enfin lassé des débordements de ce prince débauché, non moins que de la guerre presque incessante qu'il faisait à l'Église depuis près de quinze ans.

Ces événements, d'autres semblables par lesquels la justice divine acheva de venger dès ici-bas la mort du vénérable martyr, firent une vive impression sur les païens eux-mêmes, qui en gardèrent longtemps le souvenir et disaient que les violences exercées contre le christianisme et ses ministres avaient toujours porté malheur à ceux qui s'en étaient rendus coupables. En i835, le nouveau supérieur des missions des Lazaristes en Chine écrivait à ce sujet les lignes suivantes ^ : « Les païens les plus redoutables du pays, qui tenaient toujours en péril le missionnaire, sont tous morts dans ces dernières années ; ceux qui restent ne sont pas aussi hostiles à la religion, ils semblent au contraire voir dans la mort des autres quelque chose qui n'est point ordinaire : « Voyez, disent-ils, comment ont péri tous ceux « qui ont persécuté les gens de cette religion ! Depuis <c qu'on a fait mourir le vieux Liéou (c'est le nom « qu'ils donnent à notre vénérable confrère M. Clet), « nous n'avons jamais eu de bonnes récoltes, mais tou- « jours malheurs sur malheurs. » Ils se rappellent en-

)-eur rendra ses comptes aie Seigneur. Environ six mois après la mort de M. Clet, l'empereur Kia-king mourut en Tartarie, frappé par la foudre, ce que les Chinois n'osent pas dire tout haut. »

I. Lettre de M. Torrette à M. Etienne, procureur général de la Congrégation de Saint-Lazare, en date du 19 janvier i835, insérée dans les Annales de la Propagation de la Foi, t. IX, p. 81 et sq.

core la triste fin des trois dénonciateurs de M. Clet: l'un s'est mangé la langue avec rage dans sa dernière maladie, le second s'est dévoré les doigts avec fureur, et le troisième a été trouvé dans la campagne, le ventre partagé en deux. Ces faits font une vive impression sur les païens; ils obtiendront, je l'espère, de la tranquillité aux missionnaires et aux chrétiens, et peut-être donneront-ils naissance à des conversions : nous devons l'espérer de la miséricorde du Seigneur, qui ne manifeste sa puissance et sa justice que pour toucher les cœurs et les amener à lui. )>

Les chrétiens, les missionnaires surtout, n'attendirent pas ces enseignements de la justice divine, pour reconnaître la sainteté de celui qui avait si généreusement donné sa vie pour la Foi; et, dès le lendemain de sa mort, ils fondaient sur les mérites de son sacrifice les plus légitimes espérances pour l'avenir de la prédication de l'Évangile en Chine. Se faisant leur interprète, M. Lamiot, dans la lettre qu'il écrivait à son frère, le 19 février 1820, et où il lui apprenait que, la veille, le Vénérable avait été étranglé, disait; « Vous voyez que, si l'Église de Chine a, comme la primitive Église, des pertes à déplorer, elle a aussi ses confesseurs, ses patrons, ses protecteurs dans le Ciel; et si TertuUien trouvait dans le sang des martyrs la semence des chrétiens, nous avons lieu d'en espérer ici les mêmes résultats. » Mais la gloire de M. Clet franchit bientôt les mers et, lorsque la nouvelle de sa fin héroïque parvint en Europe, elle y provoqua les mêmes sentiments d'admiration pour ses vertus et de confiance en son intercession. En 182 1, le supérieur du collège Urbain ou de

la Propagande, ayant reçu de Macao une relation du martyre de M. Clet, en adressa une copie au supérieur des Lazaristes de Rome, avec la lettre suivante :

Rome, lo octobre 1821.

« J'ai Thonneur d'envoyer à votre Révérence une relation du martyre de François Clet, prêtre de votre respectable Congrégation. Elle a été faite en 1820 par un certain François Hou, catéchiste, et elle m'est parvenue de Macao avec les lettres adressées à notre collège chinois par M. Marchini, procureur général des missions de Chine. Pour ce qui me regarde, je suis plein de joie, ainsi que mes confrères, à cause de la gloire qui en revient à Dieu et de celle qui rejaillit sur votre communauté. J'aime à espérer que ce nouveau martyr de Jésus-Christ voudra bien intercéder auprès du Très-Haut pour obtenir une augmentation de ferveur à vos zélés confrères et à nos élèves dans l'œuvre des missions. Ici, grâce à Dieu, nous avons encore une quinzaine de Chinois et de Levantins, et nous allons envoyer en Chine, avec la permission de Dieu, au commencement de l'année prochaine, quatre des plus anciens, pour consoler cette chrétienté qui a tant besoin du secours spirituel des ministres sacrés. Je vous prie d'agréer mes félicitations ainsi que l'expression des sentiments de respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

a MaRIANO SaNTACERI, « supérieur. »

A peine le Vénérable eut-il rendu son âme à Dieu, que l'on s^empressa de recueillir avec soin ce qui lui avait appartenu, comme ses pauvres vêtements, dont

plusieurs étaient teints de son sang, et aussi ce qu'on put racheter des instruments de ses longues souffrances et de son dernier supplice, comme les chaînes qu'il avait portées devant les tribunaux, la corde qui avait servi à l'étrangler. De ces misérables objets, devenus si précieux par le contact d'un martyr, M. Lamiot et M. Chen firent quelques largesses aux chrétiens, tous désireux de posséder un souvenir du père qu'ils avaient tant aimé et qu'ils regardaient déjà comme leur protecteur auprès de Dieu, et réservèrent la meilleure part pour l'envoyer à leur maison-mère de Paris, à laquelle revenaient de droit ces reliques de l'un des plus glorieux enfants de saint Vincent de Paul'.

Quant au corps de M. Clet, les bourreaux l'enterrèrent d'abord, tout auprès du[^lieu où il avait consommé son martyre, dans le champ des suppliciés ; la précieuse dépouille n'y resta que peu de temps : les fidèles, s'étant entendus pour l'exhumer secrètement, la transportèrent, de nuit, au Hong-chan 2, dans le cimetière des chrétiens, non loin de la ville de Ou-tchang-fou. Placés dans un cercueil garni d'ouate, ces restes vénérés occupèrent alors une tombe sans maçonnerie, fermée par une pierre sépulcrale où l'on inscrivit le nom chinois de M. Clet avec la date de sa mort. C'est là qu'il reposa, sur le versant méridional de la Montagne-Rouge, jus-

1. On conserve à la maison-mère de la rue de Sèvres, à Paris : i° un habit et un pantalon chinois de M. Clet; 2° les morceaux de toile, teints de son sang, dont M. Lamiot parlait dans une lettre que nous avons citée dans une note du chapitre précédent; 3° un fragment de la corde avec laquelle il a été étranglé; 4° les planches du cercueil dans lequel il fut enterré à la Montagne-Rouge.

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