Voir ce décret aux Pièces justijîcaiives, n° i
de la manière la plus décisive et la plus péremptoire. « Vraiment, comme le bon Dieu a ses heures, écrivait plus tard à ce sujet Mgr Delaplace, vicaire apostolique du Tché-kiang ', comme il amène à point les témoignages les moins attendus et les plus concluants! En i858, Mgr Spelta- désespérait presque de rencontrer des personnes bien instruites de toutes les circonstances de la seconde inhumation de notre Vénérable. Ces personnes pourtant se sont présentées, et en nombre respectable, et avec des paroles très affirmatives, sans aucun désaccord. Elles ont raconté comment M. Clet avait d'abord été enterré dans le champ des criminels ; comnient les chrétiens se sont entendus pour l'exhumer de là et le transporter de nuit au Hong-chan ; comment ils l'ont installé dans le nouveau cercueil, etc., etc. » Parmi ces témoins, amenés si à propos par la Providence, on remarquait une chrétienne, dont le père et l'oncle avaient aidé à transférer le corps de M. Clet du cimetière des criminels à la sépulture chrétienne du Hong-chan ; elle put fournir sur cette translation les détails les plus circonstanciés et les plus certains; elle put aussi désigner à coup sûr la tombe qu'on recherchait et que, depuis son enfance, elle avait bien souvent visitée ^. « Mais de tous les témoignages, continue Mgr Delaplace, en voici un qui me frappe le plus, et celui-là, on ne l'avait pas cherché. C'est le témoignage
1. Le 20 décembre 1868, dans une lettre insérée au tome XXXIV des Annales de la Congrégation de la Mission, p. 804 et sq.
2. Évêque franciscain, vicaire apostolique du Hou-pé, qui avait procédé à la reconnaissance du corps du bienheureux Perboyre et commença celle du vénérable Clet.
3. Annales de là Congrégation de la Mission, t. XXXIV, p. 304.
du fossoyeur païen, vieux gardien de père en fils de la montagne Hong-chan. Le notaire apostolique dit à ce fossoyeur, en lui montrant la fosse, reconnue déjà pour être certainement la vraie sépulture de M. Glet : « Ouvre cette fosse. » Alors, notre homme, qui ne savait pas du tout de quoi il s'agissait, se mit à regarder le notaire d'un air stupéfait, et lui dit : «Quoil « vous voulez celui-là? — Oui, qu'est-ce qu'il a, celui-là ? « — Oh ! il est venu de nuit ; j'étais alors un gamin de « quinze à seize ans. Mon père m'envoya piocher ici... « — Et pourquoi l'a-t-on apporté de nuit? — Je ne sais « pas au juste; mais il paraît que- c'était un Fan-jen [un « criminel)^ et qu'il avait eu des affaires au tribunal. » Ce bienheureux criminel, ajoute le digne évêque qui, au moment où il écrivait ces lignes, s'apprêtait à ramener en Europe le corps de M. Glet, j'ai donc la joie de l'avoir entre les mains, et je le porte maintenant à notre chère maison-mère. »
Mais ce ne sont pas seulement les hommes qui, par leurs révélations, aidèrent à reconnaître la tombe du Vénérable ; on peut dire que les pierres elles-mêmes parlèrent et vinrent aussi apporter leur témoignage. Celle qu'on avait autrefois mise sur cette tombe avait presque entièrement disparu. Les rebelles, s'étant emparés, quelques années auparavant, de la ville de Outchang-fou, voulurent s'y fortifier, et, cherchant de tous côtés des matériaux pour en réparer les]murailles, mirent à contribution les sépultures du cimetière de la Montagne-Rouge. De la pierre tombale qui avait recouvert les cendres de M. Clet, ils n'avaient laissé qu'un fragment assez petit, mais où l'on voyait quelques lambeaux
d'inscription en langue chinoise et qui pouvait mettre sur la trace des parties qui manquaient. Le notaire apostolique, tenant absolument à les retrouver, promit une récompense aux chrétiens; ceux-ci explorèrent aussitôt les remparts de la ville : au bout de peu de temps, l'un d'eux revint triomphant avec une pierre dont la forme et l'inscription tronquée l'avaient frappé. On rapprocha cette pierre du fragment laissé par les rebelles : elle s'y adaptait parfaitement; et les deux moitiés d'inscription, l'une et l'autre en caractères rouges, formèrent, dès qu'elles furent réunies, un sens suivi et une phrase complète, dont les premiers mots étaient : François Lieou, de la Société de Saint-Vincent^.
Le doute n'était plus possible : on était bien en présence des restes du vénérable martyr, et l'on pouvait, en toute sûreté, procéder à leur exhumation. Le 17 mai 1859, toutes les formalités canoniques ayant été remplies, les précieux ossements quittaient le cimetière de la Montagne-Rouge. Mgr Danicourt, vicaire apostolique du Kiang-si, s'apprêtait à partir pour l'Europe avec le corps du bienheureux Perboyre ; il espérait recevoir, avant de s'embarquer, celui du vénérable Clet et pouvoir ramener ensemble à Paris ^ ces deux glorieux frères d'armes. Mais un nouveau soulèvement des rebelles mit bientôt à feu et à sang la province du Houpé; pour soustraire à leur sauvage fureur les reliques du Vénérable, on dut les transporter de chrétienté en
1. Acta exhumattonis exuviarum venerabilis martyris Clet, etc., registre manuscrit du secrétariat de la maison-mère de la Congrégation de la Mission, p. 52 et sq. — Cf. Annales de la Congrégation de la Mission, t. LV, p. 663.
2. Il y arriva le 6 janvier i86o et y mourut le 2 février suivant.
chrétienté, de cachette en cachette, et lorsque, au bout de deux ans, le calme fut revenu, les fidèles du pays, qui commençaient à regretter d'avoir laissé partir le bienheureux Perboyre, ne voulurent pas se dessaisir du seul trésor qui leur restât. Le lo décembre 1861, Mgr Spelta écrivait à Mgr Delaplace , qui réclamait toujours le corps de M. Clet: « Plusieurs missionnaires et un bon nombre de chrétiens désirent que le vénérable martyr Clet resté ici pour les protéger. Ils voudraient bâtir une église, où ils lui élèveraient un monument. Bref, ils s'opposent à son départ et veulent tout mettre en œuvre pour le retenir chez eux. » — « Cette ardeur des chrétiens du Hou-pé ne me surprend pas du tout, ajoute Mgr Delaplace* après avoir transcrit la lettre de Mgr Spelta. Ils aimaient, ils vénéraient tant M. Clet! » — (( Si vous saviez, dit-il encore 2, combien marque la figure de M. Clet au milieu de tous les missionnaires qui sont venus en Chine! Quel respectable souvenir il a laissé ! J'ai rencontré nombre de chrétiens, qui jadis ont été sous sa direction; jamais ils ne tarissent sur le vieux Père Liéou. » C'est seulement dans le courant de 1868 que Mgr Zanoli, successeur de Mgr Spelta, cédant enfin aux justes instances du supérieur général de Saint- Lazare, consentit à remettre à Mgr Delaplace les restes du Vénérable qui, depuis la fin des troubles dont nous venons de parler, avaient été déposés à Han-kéou, dans la chapelle du séminaire du vicariat apostolique. Ce n'est pas que les chrétiens de la province n'eussent tenté un dernier effort, afin de conserver celui dont la