‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 125 sur 144 · Lettre à M. Gabriel Perboyre, en date du 22 mai · texte numérisé non relu

Lettre à M. Gabriel Perboyre, en date du 22 mai

présence était, à leurs yeux, comme une sauvegarde pour leurs personnes et pour leur pays : « Ces pauvres chrétiens du Hou-pé, écrivait quelques semaines plus tard Mgr Delaplace, ah 1 ils ont le cœur gros ! Durant plus de trente ans, M. Clet avait été leur père. Ils l'aimaient, le vénéraient, le tenaient pour un saint, plein de l'esprit des prophètes et des thaumaturges. Ils espéraient le garder... Je les ai consolés, missionnaires et chrétiens, en leur promettant que je prierais Monsieur notre Très-Honoré Père de faire don au Hou-pé d'une relique insigne de chacun de nos martyrs, dès qu'ils seraient canonisés. » Ne pouvant plus faire revenir Mgr Zanoli sur la parole qu'il avait donnée à Mgr Delaplace, ces pieux fidèles s'étaient tournés, dans leur désespoir, vers ce dernier et lui avaient fait tenir une suplique que nous voulons citer ici comme un des plus beaux et des plus frappants témoignages de la vénération persévérante qui continuait à entourer, en Chine, le nom et la mémoire de M. Clet :

(c Au nom de tous les chrétiens du Hou-kouang, nous vous adressons la présente supplique pour obtenir de garder parmi nous le corps saint du vénérable Clet, pour la mémoire éternelle de son martyre et l'augmentation du respect religieux que nous professons pour lui... Il y a quelques dizaines d'années, la persécution sévissait dans la province du Hou-kouang. Les Pères Lieou (Clet) et Tong (Perboyre) ont été étranglés pour la Foi. Dès que leurs âmes admirables furent dans le Ciel, des miracles apparurent sur la terre. Aujourd'hui la tempête des persécutions étant calmée, et la sainte Église brillant dans la sérénité, nous déplo-

rons sans doute les calamités d'autrefois, mais nous nous réjouissons surtout de la félicité du temps présent. Tout à coup est arrivé l'ordre inattendu de transférer en Europe les deux corps saints. L'évêque Su (Mgr Spelta) eut occasion d'accompagner, avec le regret qui lui est dû, le corps vénérable du Père Tong. Il avait demandé avec instance qu'on laissât à la province du Houkouang les reliques du vénérable Père Lieou^ et il avait ordonné aux chrétiens de préparer une église où l'on vénérerait plus tard ces précieuses reliques . Tous, nous avions applaudi à cette proposition. Mais les rebelles nous ont dispersés et réduits à de tels malheurs, que l'église projetée n'a pas été bâtie. Nous voulions pourtant, nous voulons la bâtir; c'est certain. Maintenant, voyant Votre Grandeur venir une seconde fois au Houkouang pour enlever le corps saint qui nous restait, nous gémissons tous, et nous disons: « A coup sûr, c'est « parce que l'église n'a pas été bâtie, que les vénérables « reliques veulent s'en aller. » Nous vous supplions néanmoins de considérer que, si les vestiges des saints exemples ne restent pas dans leur lieu primitif, il est à craindre qu'ils ne soient effacés avec le temps. Voilà pourquoi nous vous adressons en commun cette humble supplique, vous conjurant d'avoir égard à l'affection de tout ce troupeau de fidèles et de lui laisser le corps de son ancien pasteur. Nous nous cotiserons tous, et vous nous aiderez aussi, pour lui élever une église, au lieu même de son martyre, et par là nous serons comblés de bienfaits spirituels, durant dix mille et cent mille

années

I. Annales de la Congrégation de la Mission, t. XXXIV, p. 3o6 et sq.

Le 20 décembre 1868, Mgr Delaplace, qui avait quitté la Chine, quelques semaines auparavant, avec son précieux dépôt, et venait d'entrer dans la mer Rouge, écrivait à M. Bore :

« Nous voici donc, depuis hier, dans la Mer Rouge. De Chang-hay à Hong-kong, vo3^age dur, mer affreuse, vent de tempête. Deux vapeurs descendaient avec nous. L'un a eu ses feux éteints, l'autre ses mâts cassés et ses voiles emportées ; chez nous, aucune avarie. Trois cent quarante milles en vingt-quatre heures! De Hong-kong à Saigon, mer bouleversée par un affreux typhon, déjà passé. La Junon^ frégate française, était au port, sans, embarcations, sans mâts, sans gouvernail, sans quille. Pour nous, vent arrière constamment; de Saigon à Aden, promenade sur l'eau; beau temps toujours ; belle brise encore ; traversée exceptionnelle, disent nos officiers. Pourrait-il en être autrement, quand on fait route avec le Père Glet, tant vénérable et tant vénéré ? Jadis nos chrétiens avaient une confiance illimitée en ses prières. Il paraît bien qu'il continue d'être un intercesseur efficace ^ »

I. Annales de la Congrégation de la Mission, t. XXXI V, p. 004. — Dans la même lettre, on lit plus loin les lignes suivantes : « Le trop peu de temps que j'ai passé à Ou-tchang-fou ne m'a pas permis d'installer les ossements, comme j'avais fait pour le vénérable Perboyre. J'ai dû prendre, tel quel, le reliquaire volumineux où Mgr Spelta avait renfermé les précieux restes de celui que missionnaires et chrétiens du Hou-pé considèrent déjà comme le patron futur de leur province, ainsi que vous le trouverez écrit dans l'inscription suivante : Hic jacent ossa Venerabilis servi Dei Francisci Clet, Congre gationis Missionis, Hiipensis Ecclesiœ Patroni benemerentis.

Qui in vinea Domini excolenda Pluribus exantlatis laboribus.

Dans les premiers mois de l'année 1869, la maisonmère de la Congrégation de la Mission entrait en possession des restes du vénérable Glet ; canoniquement reconnus, le 6 septembre 1878, par Mgr Richard, alors coadjuteur de l'archevêque de Paris, ils reposent aujourd'hui dans la chapelle de cette maison : une plaque de marbre scellée dans le mur de la troisième travée, du côté de l'évangile, indique la place du caveau qui les renferme ^ Juste en face, s'élève, depuis le mois de décembre 1889, l'autel qui recouvre les reliques du bienheureux Jean-Gabriel Perboyre, Il a plu à Dieu d'appeler d'abord le plus jeune aux honneurs du culte public. Puisse le même triomphe être bientôt décerné à son frère aîné, qui eut la gloire de lui frayer le chemin et, comme l'a proclamé le Souverain Pontife lui-même, de remporter le premier la palme du martyre ^ ! Le même jour, nous l'avons dit, ils ont reçu l'un et l'autre le titre de Vénérable et l'introduction de leurs causes a été simultanément décrétée par la Cour de Rome. Les informations canoniques, poursuivies durant plusieurs années en Chine, soit au Hou-pé, soit au Ho-nan, et

Tandem senio confectus

An. Do. MDCCCXX. XIV Cal. Martii Martyrio coronari

Meruit.

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