Voir Pièces justificatives, n
2. Au premier volume manuscrit du Procès informatif de la Sacrée Congrégation des Rites pour la béatification de saint Vincent de Paul, on lit, p. 817 et 818, la déposition du cent deuxième témoin, Pierre ChoUier, qui fixe au 18 octobre 1641 l'ouverture du séminaire d'Annecy et affirme que cet établissement fut « le premier séminaire érigé en
Europe pour les ordinands.» — Dans son Histoire du règne de Louis XIV, t. I, p. j3, M. Gaillardin semble ignorer la première érection du séminaire d'Annecy; il n'en attribue pas moins à saint Vincent la fondation du premier grand séminaire, celui des Bons-Enfants, commencé en février 1642, ayant précédé toute autre création de ce genre. — Cf. Abelly, Vie de saint Vincent de Paul, 1. I, c. xlvi.
3. Lettre à M. Codoing, 7 décembre 1641, Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 38 1 et sq.
4. Par acte notarié en date du 26 juin 1644, Jacques de Cordon, an-
des oppositions et des défiances dont il faudra triompher quand, plus tard, on mettra la dernière main à cette œuvre, s'étaient-elles manifestées dès son origine et en avaient-elles contrarié les débuts. On dirait que Juste Guérin se laissa gagner par le découragement et renonça à réaliser en son entier le plan qu'il esquissait dans son mandement du mois de juillet 1641. 11 fonda un collège Chapuisien et confia aux Barnabites plusieurs chaires de théologie ^, dont l'une était consacrée à la morale-, bien que cette science figurât parmi les objets de l'enseignement que, d'après ce mandement, les Lazaristes devaient donner, et qu'ils donnèrent, en effet 3, à leurs élèves, dans l'intérieur du séminaire. Il semble que la
cien chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de Genevois et Gompesières, « mû de bonne piété et dévotion, voyant les bénédictions que Dieu donne par sa miséricorde au séminaire établi au diocèse de Genève, étant à présent dans la ville d'Annecy, conduit par les sieurs prêtres de la Mission..., et les fruits que font dans les paroisses les prêtres qui ont été instruits audit séminaire », donne à la Congrégation 4 100 florins de Savoie^ loo pistoles d'Italie, 23 pistoles d'Espagne, 73 ducatons de Savoie, pour l'entretien d'un ou de plusieurs séminaristes. Voir Pièces justificatives, n* 5. — Abelly, Histoire de saint Vincent de Paul, 1. II, c. v, parle d'un autre bienfaiteur du même séminaire.
1. Deux, selon le chanoine Mercier, Souvenirs historiques d'Annecy, c. XIX, p. 357 ; trois, selon le chanoine Fleury, Histoire de l'Église de Genève, t. III, p. 214, savoir une chaire de théologie scholastique, une chaire de morale et une chaire d'Ecriture sainte.
2. « Les Barnabites enseignèrent très excellemment les lettres humaines, la rhétorique et la philosophie, et quelque temps aussi la théologie morale. » Charles- Auguste de Sales, Vie de saint François de Sales, 2» vol., p. 91.
3. Saint Vincent de Paul, écrivant à M. Codoing,le 3i décembre 1641, lui rappelle les règles établies, dans la Congrégation, pour l'enseiseignement de cette scÏQncQ. Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 387 et sq. — Cf. lettre du même au même, du 17 mars 1642, ibid., p. SgS et sq.
grande majorité des jeunes aspirants au sacerdoce se contenta,' dès lors, de suivre les cours du collège Ghapuisien et de se rendre au séminaire seulement pour les retraites préparatoires aux ordinations. En 1647, sous l'épiscopat du successeur de Juste Guérin, moins favorable que lui% il est vrai, aux missionnaires de Saint- Lazare, les séminaristes proprement dits, réunis à demeure dans leur maison, ne dépassaient pas le nombre de huit-. Ge n'est qu'au bout de vingt ans^ que prit fin cette
1. Voir Lettres de saint Vincent de Paul, t. IV, p. 26 et sq., lettre du 8 février i658. — Charles-Auguste de Sales avait cependant en haute estime les prêtres de Saint-Lazare, dont il disait, dans une lettre du i3 mai 1646, citée dans V Histoire de l'Église de Genève, t. II, p. 23o : « Ces bons prêtres nous sont parfaitement utiles pour les missions dans les villages, pour les ordinations, séminaires, exercices spirituels, instructions, catéchismes, sans que cela nous coûte rien.»
2. Lettres de saint Vincent de Paul, t. II, p. 25, lettre du 9 avril 1647.
3. M. l'abbé U&jn&rà, Saint Vincent de Paul, IV. I, c. v., t. II, p. 170, suppose même qu'avant cette date le séminaire d'Annecy avait cessé complètement d'exister : cette conjecture ne manque assurément pas de vraisemblance, mais ne nous paraît appuyée sur aucun fait ni sur aucun document absolument décisif. Elle se trouve déjà dans une note de l'édition de 1818, de la Vie de saint Vincent de Paul, par Collet, t. II, p. 71. M. Paillon, Vie de M. Olier, 4e édition, t. I, p. 390 et 426, l'a reprise à son compte, en l'exagérant encore; car il semble n'attribuer à cet « essai de séminaire » que l'existence la plus éphémère. Cependant nous pouvons suivre certainement sa trace, au moins jusqu'au 9 avril 1647, date d'une lettre de saint Vincent de Paul, que nous venons de citer et où il dit : « Il y en a huit (ecclésiastiques) à Annecy qui commencent bien aussi.» (Il vient de parler de ceux des Bons-Enfants et va parler de ceux du Mans et de Saint-Méen.) Dans l'intervalle de 1641 à 1647, nous pourrions citer une autre lettre de saint Vincent, du 9 février 1642, à M. Codoing, où nous lisons : « J'ai reçu hier la vôtre du lieu de la Mission, où vous avez emmené vos séminaristes ;» et rappeler la donation du commandeur de Compesières, que nous citons plus haut, p. 23, et d'où il résulte qu'à la date du 26 juin 1644, le séminaire d'Annecy existait et rendait de grands services. Il est vrai, comme le dit M. Paillon, qu'il n'en est question ni dans la Vie de J. Guérin, ni dans la Vie de M. d'Arenthon; il n'en est même pas fait mention dans l'ordonnance
période d'attente et comme de tâtonnements, et que l'édifice, jusque-là à peine sorti de terre, reçut le développement et la solidité qui devaient en assurer la durée.
Le siège d'Annecy était alors occupé par un prélat qui, à la vertu et au mérite de ses prédécesseurs, joignait
de Mgr d'Arenthon, du 19 juillet 1664, dont nous parlons ci-après, p. 3o, et où, rappelant les efforts tentés par ses prédécesseurs pour créer le séminaire dont il promulgue l'érection, il ne nomme pas Juste Guérin, mais seulement saint François de Sales. Mais, selon nous, ces réticences prouvent trop et, par suite, pas assez. En effet, à les prendre en toute rigueur, il faudrait en conclure qu'il n'y eut Jamais de grand séminaire à Annecy avant 1664; nous venons de voir les preuves évidentes du contraire. Ce qui nous paraît certain, c'est qu'avant cette date ce séminaire n'eut qu'une existence fragileet précaire; nous venons d'essayer d'en donner la raison :1e manque de ressources et l'opposition systématique d'une partie du clergé. Peut-être Mgr d'Arenthon ne voulut-il pas rattacher trop ouvertement à cette première période peu prospère celle qu'il inaugurait par son acte de 1664, de peur de réveiller certains antagonismes ou d'entretenir certaines appréhensions qui se seraient appuyées sur le peu de succès obtenu dans le passé pour douter qu'on pût être plus heureux dans l'avenir. Parmi ses prédécesseurs, il ne nomme, comme pour mettre l'œuvre sous son patronage, que le saint qui, à Annecy et dans le diocèse de Genève, ne pouvait pas ne pas réunir tous les suffrages catholiques. Mais on n'a pas seulement nié la persistance du séminaire d'Annecy durant sa première période; on a nié qu'il fût, à cette époque, un vrai grand séminaire, au sens que l'on attache aujourd'hui à ce mot. M. FaiUon {op. cit., p. 388 et 426) ne veut y voir qu'un de ces « séminaires, tels que le concile de Trente les avait conçus, c'est-à-dire où l'on réunissait dès leur bas âge les aspirants au sacerdoce». Il cite, à l'appui de sa thèse, un passage de l'ordonnance de Juste Guérin, lequel, reproduisant presque textuellement les paroles du concile, semble bien, en effet, ouvrir les portes de son séminaire projeté aux jeunes enfants n'ayant pas encore fait leurs humanités. Mais M. Faillon ajoute que saint Vincent de Paul ne dit rien, dans ses lettres, qui soit contraire à l'induction qu'il tire de ce passage. Or, il cite lui-même, à plusieurs reprises, une lettre que saint Vincent écrivait, le 9 février 1642, à M. Codoing. Dans cette lettre, le saint parle à son corres pondant de l'essai de grand séminaire (M. Faillon reconnaît qu'on peut l'appeler ainsi) qu'on va faire aux Bons-Enfants, et lui dit : « Vous avez commencé, Mgr d'Alet fait de même, Mgr de Saintes a ce même dessein et nous allons commencer en cette ville (à Paris) pour
une rare énergie. Jean d'Arenthon d'Alex appartenait à la plus haute noblesse de Savoie, et, par son père, était issu des anciens barons de Faucigny; du côté de sa mère, il était allié à la famille de saint François de Sales. Plus encore que sa noble origine, ses vertus et son savoir
en faire un essai de douze....» {Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 396.) Ainsi, ce que M. Codoing avait commencé à Annecy, c'était ce que saint Vincent allait essayer à Paris, c'est-à-dire, de l'aveu de M. Paillon, un grand séminaire. Un autre texte, non moins péremptoire, est celui que nous offre une autre lettre de saint Vincent à M. Codoing, celle-ci du i5 septembre 1641, et, par conséquent, écrite à la veille du jour où allait s'ouvrir le séminaire d'Annecy : « Je persiste toujours, dit le saint, en la pensée qu'il n'est pas expédient de recevoir autre que des prêtres ou des personnes qui sont dans les ordres, et non pour leur apprendre les sciences, mais l'usage d'icelles, en la manière qu'on le fait aux ordinands.» [Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 376.) Nous venons de citer la lettre du 9 février 1642^ à M. Codoing, qui avait, on se le rappelle, emmené ses séminaristes au lieu où il donnait la mission. On peut en rapprocher celle qu'un missionnaire écrivait de Paris, le 26 juin 1642, à un de ses confrères pour rendre compte de ce que saint Vincent avait dit, le matin même, à la répétition d'oraison, au sujet 'des Lazaristes d'Annecy : « Il disait, écrit ce missionnaire, que M. N..., avec un autre de là Compagnie et trois du séminaire, faisaient mission avec grande bénédiction. » (Avis et conférences de saint Vincent de Paul, p. 1 1 et 19.) Or, ces séminaristes qu'on emmène dans les paroisses où se donne la mission, ou qui font eux-mêmes mission, ne pouvaient être des écoliers, mais des ecclésiastiques, capables de seconder leurs maîtres et de prendre part déjà à leurs travaux apostoliques. Enfin, le commandeur de Compesières, dans l'acte de donation que nous venons de rappeler, parle des « fruits que font dans les paroisses les prêtres instruits audit séminaire ».0r, ces prêtres qui, en 1644, édifiaient ainsi les paroisses de la Savoie, n'étaient certainement plus, en 1642, des écoliers se préparant à faire leurs humanités. Ajoutons que, dans aucun des textes, relativement assez nombreux, que nous avons cités, il n'est question de la présence déjeunes écoliers au séminaire d'Annecy, d'où il résulte, selon nous, non seulement que ce séminaire, sous sa première forme, abritait des clercs déjà dans les ordres sacrés ou près de les recevoir, mais qu'il n'admit jamais de jeunes enfants, ce qui nous permet de conclure avec M. Maynard (op. cit., t. II, p. i58) que « ce séminaire était évidemment de la catégorie de ceux qu'on appelle grands ». — Nous n'avons pas cité, parmi nos preuves, une lettre que
le rendaient digne de monter sur le trône épiscopal de Genève. Tout un parti cependant, parmi les laïques influents et pieux comme dans le clergé, aurait voulu y faire asseoir un plus proche parent du saint, un frère de Charles-Auguste, qu'il s'agissait de remplacera Ce parti fit à Jean d'Arenthon la plus vive opposition avant qu'il fût nommé et ne désarma pas après son élévation. Mais, en regard de ses attaques qui, plus d'une fois, s'emportèrent jusqu'à la calomnie, on pourrait mettre des suffrages bien propres à les réfuter, celui de saint
saint Vincent aurait écrite à Mgr Juste Guérin, le 6 février 1641, à laquelle Collet (édition citée, t. II, p. 69) fait allusion, et M. Maynard {loc. cit.) après lui, mais qui n'existe plus. Dans cette lettre, saint Vincent, consulté par l'évêque d'Annecy, sur la question de savoir si on admettrait dans le nouveau séminaire de jeunes enfants ou si on n'y prendrait que des élèves âgés d'environ vingt ans, se serait déclaré nettement pour le second parti. — Mais hâtons-nous de clore cette note, déjà beaucoup trop longue. Nous nevoulions, en la commençant, que fixer de notre mieux la date de la fondation d'un établissement dont le développement naturel de notre sujet nous avait amené à esquisser les premiers commencements. Et maintenant il nous semble entendre saint Vincent unir sa voix à celle de M. Oiier, pour nous engager à ne pas insister sur ces questions de priorité. Peu leur importe sans doute qu'on les tranche dans un sens ou dans un autre. Ce qu'ils désirent, ce qui peut leur plaire à tous deux, c'est que les prêtres formés, soit dans les séminaires de Saint-Sulpice, soit dans ceux que dirigent les missionnaires de Saint-Lazare, rivalisent entre eux de fidélité aux leçons de leurs maîtres, et qu'ils ne connaissent d'autre émiilation que de pratiquer à l'envi les vertus qu'on leur a si bien enseignées, par la parole et par l'exemple, dans Tune comme dans l'autre de ces deux grandes écoles de sainteté sacerdotale.
I. Souvenirs historiques d'Annecy, c. xv, p. 273. La célèbre Mère de Chaugy usa de tout le crédit dont elle jouissait à Turin et à Rome en faveur de ce frère de Charles-Auguste de Sales, qui s'appelait Joseph de Sales et était grand vicaire de Genève et doyen de la collégiale. Une des causes qui l'empêcha de l'emporter fut l'opinion d'une grande partie du clergé, qui jugeait inopportun et dangereux d'inféoder le siège épiscopal à une seule famille.
Vincent de Paul par exemple, qui avait vu de près le nouvel élu, à Paris, oii pendant trois ans il avait suivi les cours de Sorbonne, qui avait prédit son avenir et qui fut le premier à le féliciter du choix dont il venait d'être l'objet et qu'il méritait à tant de titres i. Le digne prélat sut d'ailleurs se venger de ses détracteurs de la manière la mieux faite pour leur prouver, à eux-mêmes comme à tout le monde, qu'ils se trompaient sur son compte, en disant d'eux tout le bien possible et en écrivant, notamment à l'un de ses correspondants, qu'ils étaient « tout ce qu'il y avait de plus saint dans son diocèse^».
Dès le début de son administration, Jean d'Arenthon n'eut rien plus à cœur que de travailler à mettre enfin le séminaire d'Annecy sur un pied qui répondît et aux vœux du Concile de Trente et aux besoins du vaste diocèse de Genève. Avant que la seconde année de son épiscopat fût entièrement révolue, le zélé prélat, par une ordonnance datée du 26 avril i663 et rendue à l'issue d'un synode où le chapitre et le clergé avaient été consultés, déclarait à son tour ériger officiellement le séminaire diocésain et le confier aux Prêtres de la Mission. Aux termes de cette ordonnance, les Lazaristes n^étaient chargés de la direction du séminaire qu'à titre temporaire et révocable, et aucune mesure importante touchant l'administration de cet établissement ne pouvait être prise que du consentement de l'évêque, du
1. Souvenirs historiques d'Annecy, p. 274. — Cf. Histoire du diocèse de Genève, t. II, p. 246, et Maynard, loc. cit., p. 171 et 172, où est cité un fragment de la lettre de saint Vincent de Paul à M. d'Arenthon, du 12 mars 1660.
2. Ibid., c. XV, p. 274; lettre de Mgr d'Arenthon au marquis de Pianesse.
chapitre et du clergé réunis'. En insérant ces deux clauses, dont la première marquait de la défiance à l'égard des Lazaristes, dont la seconde n'était pas sans porter atteinte aux droits de l'évêque, et qui avaient été surtout appuyées l'une et l'autre par ses adversaires, Mgr d'Arenthon avait voulu leur donner un gage de ses dispositions conciliantes. Ils ne l'en déférèrent pas moins au Sénat de Savoie, lequel, accueillant leur appel comme d'abus, défendit de procéder à l'exécution de l'ordonnance épiscopale.
Cette sentence fut loin d'ébranler le vaillant évêque. Il renonce aussitôt au projet, condamné par le Sénat, et qui, d'ailleurs, ne répondait entièrement ni à ses propres désirs ni aux intérêts des maîtres qu'il entendait bien donner pour toujours à ses prêtres ; puis, fort de la protection du duc de Savoie, qui lui a promis l'appui de son pouvoir et le secours de ses libéralités, il publie, de sa pleine autorité, le [9 juillet 1664, un mandement qui annule celui de l'année précédente, promulgue de nouveau l'érection du séminaire d'Annecy et l'unit à perpétuité à la Congrégation de la Mission^.
Mais Mgr d'Arenthon avait autant de prudence que de vigueur et de décision. Il eut donc soin de procurer à sa nouvelle fondation les ressources nécessaires pour la rendre durable. Déjà, il avait obtenu du Souverain Pontife un subside annuel qui, pendant quelque temps, aida efficacement à couvrir les premiers frais d'installation. Lui-même se dépouilla, sa vie durant, en faveur de son œuvre de prédilection, des revenus de ses deux