‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 34 sur 144 · Circulaire du i^'" janvier 1791, op. cit., p · texte numérisé non relu

Circulaire du i^'" janvier 1791, op. cit., p

2. La correspondance engagée à ce sujet entre M. Cayla et M. de Fleurieu, ministre de la marine, prouve que les événements commençaient à exercer leur influence sur les relations du ministère avec les Congrégations religieuses. Le 18 février 1791, M. Cayla écrivait à M. de Fleurieu: «Monsieur, je vous suppliede vouloir bien me pardonner mon im-

l'État, ne pouvait retarder son départ au delà du i5 mars. Frappé de ces conjonctures, qui lui font croire que le Ciel vient à son secours, M. Clet va de nouveau trouver ses supérieurs et s'offre à prendre la place du missionnaire absent, dont on ne pouvait plus attendre l'arrivée. M. Gayla et ses vénérables conseillers ne peuvent s'empêcher de reconnaître, eux aussi, la main de la divine Providence dans cette rencontre de circonstances qui viennent si bien à l'appui du désir du pieux directeur des novices et qui rendent sa demande si opportune. D'ailleurs, ils voient l'horizon s'assombrir de plus en plus; ils sentent que le moment n'est pas loin où ils devront quitter, non seulement Saint-Lazare, mais Paris et la France, et où les œuvres de la Congrégation seront violemment interrompues et le séminaire dispersé. Ces

portunité, mais je me trouve si pressé par les circonstances, que je suis obligé de revenir à la charge. Le vaisseau destiné pour la Chine doit partir le i5 mars pour le plus tard. Je ne puis donc différer plus longtemps l'équipement des missionnaires que je destine pour cette contrée; cependant je m'expose à des dépenses inutiles, si mes espérances sont trompées. Je souhaite que votre réponse soit favorable; mais, dût-elle être négative, je suis trop intéressé à la connaître pour ne pas la solliciter de votre bonté. » A cette lettre le ministre répondait, le 4 mars : « J'ai reçu, Monsieur, les lettres des i3 et 18 du mois dernier, par lesquelles vous demandez un passage pour la Chine, aux frais de l'Etat, pour trois missionnaires que vous jugez nécessaire d'envoyer dans cette mission. Il est vrai que l'usage a été jusqu'ici d'accorder des passages gratuits aux prêtres de votre ordre destinés pour la Chine, et par cette raison je vais donner des ordres à Lorient pour l'embarquement de trois missionnaires ; mais je vous préviens que, par la suite, vous ne devez pas conapter sur la même faveur, à moins que cette dépense ne soit ajoutée à celle du département... » Ces deux pièces sont conservées au secrétariat de la maison mère de la Congrégation de la Mission, ainsi que la plupart des lettres, entre autres celles du Vénérable, et un grand nombre de documents, que nous citerons ou dont nous ferons usage dans la suite et au sujet desquels nous ne renouvellerons pas cette indication.

considérations se font jour dans une lettre que M. Daudet, procureur général de Saint-Lazare, écrivait bientôt après à M. Hanna, sous-procureur de la maison de Pékin, pour lui annoncer l'arrivée et lui tracer le portrait des nouveaux auxiliaires qu'on lui envoyait. Les lignes consacrées à M. Clet nous offrent' comme un abrégé de la première période de sa carrière, période qu'allait clore son départ pour la Chine; elles sont en même temps un témoignage de plus de la haute et universelle estime qui l'avait accompagné dans tous les postes occupés par lui jusque-là. Les voici : « M. Clet, après avoir enseigné quatorze ans la théologie avec distinction, vint ici à l'assemblée générale; on le connut assez pour le juger ce qu'il valait, on en fît le directeur du séminaire et je crois que, malgré tout l'attachement qu'a pour vous M. le Général, il n'eût pas consenti à son départ, si la Congrégation devait être conservée. Il réunit tout ce qu'on peut désirer : piété, science, santé, aménité dans le caractère; c'est, pour tout dire en un mot, un sujet accompli, w

Désormais au comble de ses vœux, l'heureux missionnaire n'a plus autre chose en vue que de se préparer au départ. Mais, au moment de s'éloigner pour toujours de son pays, il n'oubliera pas sa famille, oià il a trouvé de si bonnes et si tendres affections, de si salutaires et si fortifiants exemples, et au sein de laquelle a si librement grandi sa belle vocation d'apôtre, qui l'arrache aujourd'hui à tout ce qu'il a connu et aimé dès l'enfance, pour le conduire au martyre. Ses dernières lettres, avant de quitter Paris et la France, seront pour sa sœur, Marie -Thérèse. Son père et sa mère

n'étaient plus. Il y avait huit ans qu'il avait perdu le premier. Césaire Glet était mort, le [5 juillet lySS, plus qu'octogénaire, dans les sentiments de la plus vive piété, qui lui adoucirent l'amertume de la dernière heure. Celle-ci, du reste, ne l'avait pas pris à l'improviste et il s'y préparait depuis longtemps. Nous en avons la preuve dans son testament, rédigé dès 1778, et dont on nous permettra de citer les premières lignes où, à travers l'aridité des formules consacrées, on respire comme un parfum de la foi simple et robuste des anciens âges : « Au nom de Dieu soit-il que ce jour d'hui 24^ octobre 1778 après midi, par-devant nous Pierre-Adrien Acarier, conseiller du roi, notaire à Grenoble, soussigné, s'est personnellement constitué sieur Césaire Clet, marchand, demeurant en cette ville rue Porte-Traîne, paroisse de Saint-Louis, lequel, jouissant, par la grâce de Dieu, de la santé, d'ailleurs libre de tous les sens, vue, mémoire et entendement, ainsi qu'il nous a apparu à nous dit notaire et aux sieurs témoins ci-après nommés, certain de la mort et incertain de l'heure, a fait son testament nuncupatif, dont il a prononcé les dispositions, que nous avons écrites de mot à autre et tout au long, en la continuelle présence desdits sieurs témoins, de la manière suivante : s'est muni du signe de la sainte Croix, a fait les prières accoutumées, élu la sépulture de son corps dans Téglise paroissiale où il décédera, dans laquelle église il veut qu'il soit célébré vingt messes basses pour le repos de son âme, à commencer du jour ou lendemain de son décès, et pour ses obsèques, autres prières et aumônes, il s'en remet à la volonté, discrétion et piété de demoiselle Claudine Bourquy, son

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épouse^... )) Mme Clet ne survécut que quatre ans à son mari, et quitta ce monde le i3 Juillet 1787. Dans son testament, daté du 18 octobre 1784^, comme dans celui de Césaire Clet, notre missionnaire est l'objet de dispositions spéciales, qui montrent quelle place privilégiée il occupait dans le cœur de ses parents. Depuis leur mort, leur fille aînée, Marie-Thérèse, remplissait plus que jamais le rôle d'une seconde mère auprès de ses nombreux frères et sœurs, et c'est à elle, comme au chef de la famille, que François-Régis va écrire, pour lui annoncer la grande nouvelle de son départ pour la Chine et lui faire des adieux qui s'adressent à tous ses proches aussi bien qu'à elle-même. Sa première lettre, datée de Paris, est du 10 mars 1791. Nous voulons la transcrire en entier. Il y a telle manière de parler affaires et de résoudre les questions d'intérêts, qui est un trait de caractère, et certains détails semblent, au premier abord, bien secs et d'un ordre très vulgaire, très terrestre, qui, si l'on y regarde de près, apparaissent comme animés par les sentiments les plus délicats du cœur, comme ennobHs par les vues les plus respectables de la prudence chrétienne :

« Ma chère sœur,

« Enfin mes vœux sont exaucés, et je suis au comble de la joie. La Providence me destine à aller travailler au salut des infidèles. L'occasion vient de s'en présenter, je l'ai saisie avec avidité; je viens d'en parler au supérieur général, qui veut bien se prêter à mes désirs.

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