‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 35 sur 144 · Voir Pièces justificatives, n° g · texte numérisé non relu

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Cette occasion se trouve accompagnée de diverses circonstances qui ont fait juger que c'était la volonté de Dieu ; et vous sentez que je sens trop le prix de cette faveur divine^ pour ne pas y correspondre par un entier acquiescement. En un mot, je pars incessamment pour la Chine avec deux de mes confrères, qui sont aussi contents que moi de notre heureuse destination. Cette mission, dans un pays où la religion chrétienne n'est pas même tolérée, où par conséquent on ne peut faire que furtivement des prosélytes, ne présente aucun avantage temporel; mais, par une compensation surabondante, une infinité d'avantages spirituels. Quelle consolation n'est-ce pas, en effet, d'avoir à conduire des chrétiens en qui on remarque toute la ferveur de ceux de l'Église naissante ! Je n'ai plus que dix jours à peu près pour me rendre à Lorient, où je dois m'embarquer; ainsi, il est douteux si je pourrai avoir une réponse de vous avant que de quitter Paris ; ne perdez donc point de temps pour me répondre. Comme je vais courir un grand nombre de dangers, et que je n'aurai probablement plus la douce satisfaction de vous voir, je crois devoir mettre ordre à mes affaires, en cas que ma vie soit plus longtemps prolongée que la vôtre; car, si vous me surviviez, il n'y a aucune difficulté, puisque mon testament est tout fait. Mais il est important d'arranger les choses à tout événement. Je ne vous fais pas un abandon absolu de tous mes biens, parce que, absolument parlant, il est possible que je revienne, et alors, si vous étiez morte, je n'aurais rien à prétendre. D'ailleurs, comme il part tous les ans des vaisseaux pour la Chine, je suis dans le cas de toucher

quelque argent, qui me mettrait en voie de faire de petits présents qui facilitent les conversions. Mon projet est donc de vous abandonner la propriété de mes droits avec la réserve d'une pension annuelle de 3oo francs. Ce n'est pas que je prétende exiger annuellement cette somme, excepté peut-être après votre décès. Je serais très content de recevoir chaque année 200 francs, et même moins, si cela doit vous gêner. Vous sentez que, par cet arrangement, il faut refaire votre testament, constituer votre héritier celui que vous jugerez à propos; et si vous continuez, comme je n'en doute pas, d'avoir quelque bonne volonté pour moi, vous pourrez me faire de votre chef une pension qui ajouterait quelque chose à celle que je me réserve sur mes droits. Marquezmoi au plus tôt votre manière de penser là-dessus ; mais je vous annonce que, si je n'ai pas votre réponse le dernier jour de ma demeure à Paris, j'arrangerai les choses comme je viens de vous le marquer, plutôt que de laisser vos affaires et les miennes dans un embarras dont il serait dans la suite bien difficile de se tirer. Vous pouvez aisément conjecturer qu'un aussi long vo5'^age que celui que je vais entreprendre exige un besoin extraordinaire d'argent. J'ai besoin d'une somme de mille livres, dont M. Daudet, notre procureur, veut bien me faire l'avance, sur la promesse que je lui ai faite que vous feriez dans peu honneur à cette dette. Je vous prie d'emprunter cette somme, si vous n'avez pas d'autre moyen de satisfaire à la demande que je vous fais. Mais observez que, si vous faites toucher cette somme à M. Daudet par lettre de change sur quelque négociant, on la paiera infailliblement en assi-

gnats, sur lesquels, pour les convertir en argent, il faut perdre le cinq et demi, et peut-être plus^ pour cent; et alors il faudra encore lui tenir compte de cette perte, car il n'est pas juste qu'il perde en me rendant le service le plus essentiel. Au reste, pour compenser cette surcharge extraordinaire, je ferai marquer par le notaire que je ne serai en droit d'exiger ma pension que trois ans après la passation du contrat. Je ne dois pas omettre de vous dire que je ferai à M. Daudet une procuration pour recevoir de vous l'argent que vous pourrez me compter, pour être employé par lui selon mes vues. Quand même vous pourriez prévoir que votre réponse ne me trouvera plus à Paris, ne laissez pas de m'écrire, parce qu'alors on me l'enverra à Lorient, où je serai obligé de demeurer quelques jours pour attendre l'embarquement. J'ai tant d'affaires sur les bras, que je ne puis écrire à autre qu'à vous; mais communiquez ma lettre à ma sœur la carmélite, qui me recommandera sans doute aux prières de la communauté : je me recommande aussi aux vôtres et à celles des braves gens que vous connaissez. Mes amitiés à mes sœurs, à mes neveux et nièces, à M. Gagnon* et à toute sa famille. Ne m'oubliez pas auprès du cher M. Gigard, de M. et Mlle Durand^ et autres dont les noms m'échappent. Mon beau-

1. Félix-Romain Gagnon, né en lyôa, était cousin issu de germain du Vénérable; sa grand-mère maternelle, Elisabeth Santerre, était la sœur de Marie-Thérèse Santerre, épouse de Nicolas Bourquy, grand-mère maternelle du Vénérable. — Félix-Romain Gagnon avait une sœur, Charlotte- Henriette, qui épousa Chérubin-Joseph Beyle et fut la mère du romancier Beyle, dit Stendhal; ce dernier était donc le petit cousin du Vénérable. (Voir Mgr Bellet, Vie du vénérable serviteur de DieiiF.-R.Clet, p. 35, note i.)

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