DÉCRET DE LA CONGREGATION DE LA PROPAGANDE
« Le roi très chrétien de France, Louis XVI, ayant, selon sa piété et son zèle pour la foi cathoUque, fait exposer à notre saint Père le pape Pie VI qu'il désirait que les prêtres de la Congrégation de la Mission soient subrogés, pour les missions de l'empire de la Chine, aux Pères français de la Société éteinte des Jésuites, qui les administraient précédemment, Sa Sainteté, après avoir pris l'avis de quelques éminents cardinaux de la Sacrée Congrégation de la Propagande, louant hautement
I. Lettre de M. Jacquier à M. de Castries, du 3i août 1783. — Mémoire adressé à M. le maréchal de Castries^ ministre de la marine, concernant les missionnaires de Saint-Lazare, destinés^ en novembre 1782* pour la desserte de la mission française de Pékin, du 24 novembre 1783.
la foi et la religion du même roi très chrétien et voulant seconder ses pieux désirs, a subrogé et député les susdits prêtres de la Congrégation de la Mission, sous la désignation du supérieur général et l'approbation de la même Sacrée Congrégation, à la place des susdits Pères de la Société éteinte des Jésuites, dans les missions de la Chine qu'administraient ces mêmes Pères de la nation française, avec tous les pouvoirs, droits et privilèges qui doivent être donnés à chacun d'eux respectivement, lesquels la Sacrée Congrégation a coutume d'accorder aux missionnaires, sous la dépendance des évêques, ou des vicaires apostoliques là où il n'y a pas d'évêques, sauf pourtant les privilèges et exemptions accordés aux susdits prêtres et à la Congrégation de la Mission par le siège apostolique, suivant les mode, forme et teneur qui seront prescrits à l'avenir par Sa Sainteté, de concert avec le roi très chrétien, soit pour la désignation des lieux oii ces mêmes prêtres de la Congrégation de la Mission devront être envoyés, ' soit pour les biens et revenus à eux déjà assignés ou devant être assignés à l'avenir par la pieuse libéralité dès fidèles chinois, soit pour les charges à acquitter par eux en conséquence des fondations pieuses, et enfin pour les règles à observer dans l'exercice de leurs missions. Pour tout ce qui se rattache, soit aux biens, soit aux revenus, que tiennent ou que tiendront ces missions de la munificence des rois très chrétiens ou de la libéralité des sujets français, le roi très chrétien, en s'inspirant de son zèle et de sa sollicitude pour la foi catholique, en disposera seul pour l'avantage et l'utilité de ces mêmes missions.
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« Donné à Rome, dans le palais de la Sacrée Congrégation, le 7 décembre 1783.
'< Cardinal Antonelli, préfet.
« Etienne Borgia, secrétaire ^ »
Quelques semaines plus tard, Louis XVI donnait, à son tour, les lettres patentes en vertu desquelles le Parlement de Paris devait enregistrer le décret de la Congrégation :
« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre.
(c A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
« Nou^ étant fait représenter le décret de la Propagande du 7 décembre dernier, par lequel les prêtres de la Congrégation de la Mission sont subrogés à la Société éteinte des Jésuites, pour la desserte des missions françaises de la Chine qui avaient été confiées à ladite société; nous avons, de l'avis de notre conseil, de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, ordonné et ordonnons par ces présentes, signées de notre main, que ledit décret de la Propagande, du 7 décembre 1788, ci-attaché sous le contre-scel de notre chancellerie, sera exécuté suivant sa forme et teneur, en tout ce qui ne sera pas contraire aux libertés de l'Eglise gallicane.
« Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant notre Cour de Parlement à Paris, que ces présentes ensemble ledit décret ils aient à faire enregistrer pour avoir leur pleine et entière
I. Voir le texte latin de ce décret aux Pièces justificatives, n° lo.
exécution sous la réserve portée en ces présentes. Car tel est notre plaisir, en témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à ces dites présentes.
« Donné à Versailles, le 2 5'^ jour du mois de janvier de l'an de grâce 1784, et de notre règne le dixième.
« Louis. »
Par le Roi, le ministre.
Maréchal de Castries 1.
La substitution des Lazaristes aux Jésuites pour l'administration de la mission française de la Chine était désormais un fait accompli. Les premiers membres de la Congrégation de Saint-Lazare, choisis pour aller, en son nom, prendre possession du nouveau patrimome qui lui était échu dans ces lointaines contrées, pouvaient se mettre en route. Sur la désignation de M. Jacquier, M. Raux avait reçu de la Propagande, par décret^ du 17 décembre 1783, le titre et les pouvoirs de supérieur apostolique de la mission française de Pékin et de celles qui en dépendaient; et, en vertu d'un brevet daté du 2 5 janvier 1784, le roi de France l'avait également investi de la même autorité. Il se rendit à Brest, au mois de mars 1784, avec M. Ghislain et le Fr. Joseph Paris, très habile horloger, qui devait les accompagner en Chine et qui, à leur exemple, s'était fort appliqué, depuis deux ans, à se rendre encore plus expert en son art. Tous trois prirent place sur un vaisseau de l'État, le Triton, qui, le 20 mars, quittait la rade de Brest, et, le i^^ septembre de la même année, après cinq mois et onze jours d'une heureuse navigation, les amenait à Canton. « MM. Raux et Ghislain ont fait