‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 42 sur 144 · FONTS BAPTISMAUX DE L'EGLISE SAINT-LOUIS DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

FONTS BAPTISMAUX DE L'EGLISE SAINT-LOUIS DE GRENOBLE

aucun établissement dans le Céleste: Empire; elle n'y avait, en son nom et pour son compte, l'administration religieuse d'aucune province, d'aucune mission. Mais plusieurs de ses membres s'y étaient rendus isolément, à titre d'envoyés de la Propagande, et s'étaient associés aux travaux et aux œuvres des religieux, des prêtres séculiers qui les y avaient précédés.

Le souvenir qu'ils ont laissé ne nous permet point de passer leur nom sous silence. « Ils sont tous les trois de vrais saints, » écrivait, le ii octobre 1728, M. Bonnet, supérieur général de Saint-Lazare, en parlant de MM. Appiani et Pedrini, et de Mgr Mullener. Nul doute qu'en mettant le pied sur la terre de Chine, MM, Raux et Ghislain ne se soient rappelé les exemples de si admirables devanciers et n'aient placé leur nouveau ministère sous le patronage de si dignes protecteurs.

Originaire du Piémont, M. Appiani était déjà docteur en théologie, lorsque, à l'âge de vingt-quatre ans, il fut reçu dans la Congrégation de la Mission, à Gênes. Appelé bientôt à Rome, dans la maison de Monte- Citorio, il y professa successivement la philosophie, la théologie dogmatique et la théologie morale. Aussi pieux que savant, il ne tarda pas à joindre à cet enseignement les fonctions de directeur spirituel des élèves du collège Urbain ou de la Propagande. Une maladie grave, dont il fut alors atteint, le conduisit rapidement aux portes du tombeau ; lorsqu'il se vit abandonné des médecins, il fit vœu, si Dieu lui rendait la santé, de consacrer le reste de sa vie aux missions de l'Extrême Orient. Il guérit et eut bientôt l'occasion de tenir sa promesse.

Innocent VII, si zélé pour la propagation de la foi chrétienne, résolut de combler les vides nombreux qui s'étaient produits dans plusieurs vicariats de la Chine, et d'envoyer de nouveaux ouvriers dans cette vaste et si intéressante portion delà vigne du Seigneur. En 1697, sur ses ordres, la Propagande prépara une expédition apostolique pour ces contrées : M. Appiani, alors âgé de trente-quatre ans, demanda à en faire partie ; et, dans le courant de la même année, il se mettait en route, avec trente-cinq missionnaires, religieux de différentes congrégations ou prêtres séculiers, parmi lesquels se trouvait M. Jean MuUener.

Une des pensées de la Propagande était de fonder, dans une grande ville du Céleste Empire, à Pékin ou à Canton, un séminaire où l'on formerait un clergé indigène. Les qualités que M. Appiani avait montrées, soit comme professeur à Monte-Citorio, soit comme directeur spirituel au collège Urbain, le firent spécialement désigner pour cette tâche importante, et, afin qu'il pût y travailler avec plus de succès, on lui conféra les pouvoirs les plus étendus et le titre de vice-visiteur apostolique. Mais, à peine arrivé en Chine, lorsqu'il voulut mettre la main à l'œuvre, il se vit aux prises avec tant d'oppositions et d'intrigues, que, dans son éloignement pour les conflits et son amour de la paix, il crut devoir abandonner, ou tout au moins ajourner , un projet dont l'exécution rencontrait tant d'obstacles , et il prit la résolution d'aller travailler à la conversion des infidèles dans une des provinces les plus reculées au milieu des terres et, par suite, les moins fréquentées par les Européens, au Su-tchuen. Là, chargé

d'une chrétienté qui comptait au plus cent fidèles, il se montra le digne fils de saint Vincent de Paul, par son zèle et surtout par son esprit d'abnégation et de pauvreté. Sans craindre de choquer les préjugés, les usages de ce peuple si vaniteux, il ne voulut jamais se plier aux habitudes de luxe, de faste extérieur, qu'on lui conseillait d'adopter, pour l'honneur de la religion et à l'exemple d'autres missionnaires, peut-être obligés par position à des concessions qu'il ne voulait ni condamner ni imiter. Jamais il ne consentit à prendre des habits de soie, ni à se servir d'une litière ; et, vêtu comme les gens du peuple, comme eux aussi, il allait toujours à pied : « Je ne regarde mes pieds comme bénis, disaitil, qu'autant qu'ils ont à souffrir, et non pas quand ils se font porter par des chevaux ou par des palanquins. »

Cet attachement aux traditions d'humilité qui ne sont pas la moindre part de l'héritage des fils de saint Vincent de Paul, M. Appiani le puisait dans son filial et profond amour pour sa Congrégation. « Que ma main droite se dessèche, ô Congrégation de la Mission, s'écriait-il en quittant Rome et les maîtres de sa jeunesse, si je ne me souviens de toi, qui est ma mère ! Plaise à Dieu que, si je me vois maintenant privé de confrères, je devienne digne d'en recevoir en Chine, et que ce petit grain de sénevé croisse comme celui de TÉvangile! » C'était, en effet, l'un de ses vœux les plus chers, de voir sur cette terre de Chine, à côté des fils de saint François, de saint Dominique, de saint Ignace, ceux de saint Vincent de Paul. C'est, dit-il, pour leur frayer la voie dans ces champs immenses oii les ouvriers font dé-

faut, qu'il y est venu le premier, et il ne peut se faire à l'idée que « le plus inepte et le plus indigne enfant de la Congrégation » soit honoré d'un ministère si apostolique, à Texclusion d'un si grand nombre de ses frères qui valent mieux que lui. « J'espère, dit-il encore, que Dieu donnera à notre Congrégation la force d'imiter le zèle de notre vénérable fondateur pour la conversion des païens, et qu'ainsi j'aurai le bonheur d'embrasser plusieurs de nos confrères dans ce pays, avant de terminer ma carrière ^ » Ce désir, cet espoir de M. Appiani ne devaient pas se réaUser de son vivant. L'heure de la Providence n'était pas arrivée encore, et, comme toutes les œuvres de saint Vincent, l'avènement de sa famille religieuse en Chine devait être, avant tout, l'effet de la volonté et de l'action divines. M. Appiani se résigna donc à travailler presque seul, à attendre et à souffrir. Les souffrances, en effet, tiennent une grande place dans sa vie de missionnaire. Déjà, au milieu de sa petite communauté chrétienne du Su-tchuen, les amertumes ne lui furent pas épargnées. Sans parler des vexations qu'il eut à endurer de la part des autorités chinoises, que de déceptions du côté de ses chrétiens eux-mêmes, surtout que de motifs de découragement dans le naturel de ce peuple, si désespérément rebelle aux assauts qu'on lui livre pour le convertir! Il faut

I. Le désir de M. Appiani était partagé par M. Pierron, qui occupait alors le poste de supérieur général de Saint-Lazare et qui, recevant un jour, en 1698, le frère de notre missionnaire, M. Jean Appiani, lui fit connaître son dessein d'envoyer des missionnaires en Chine, ajoutant « qu'il y était porté pour correspondre au grand désir qu'en avait saint Vincent de Paul, d'autant plus qu'il y avait une rente (celle de M. Estienne) à Saint-Lazare, qu'on devait employer en ces sortes de missions ».

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voir sous quels traits M. Appiani le peint dans ses lettres : nous comprendrons mieux l'héroïque vertu des apôtres qui se dévouent à travailler une terre si ingrate ; nous comprendrons mieux aussi le dévouement vraiment évangélique de M. Appiani lui-même, d'autant plus résolu à se sacrifier pour le salut de ces pauvres idolâtres, qu'il les voit plus asservis au mal et en plus grand danger de se perdre.

« Déjà plusieurs fois, écrit-il à un Lazariste italien, j'ai donné le portrait du Chinois en deux mots : animal insociable. Il est tout attentif à recevoir des bienfaits qu'il convertit ensuite en ingratitudes, esprit rebelle, ennemi des étrangers, pauvre et orgueilleux à la fois, facile^ à toute sorte de mal, adulateur, sans foi dans ses idoles, et, par conséquent, sans foi aussi, quand il est devenu chrétien, désireux de réputation, et médisant sans pareil. Si vous le traitez avec amitié, il devient votre maître et croit que la charité que vous lui montrez provient du besoin que vous avez de son secours. Si vous le laissez chez lui, sans lui témoigner ni affection ni défaveur, il cherche à vous nuire à chaque pas et à vous persécuter par des calomnies. Le bâton est la seule loi qui le dirige, c'est ce qu'un mandarin disait à un prêtre européen, tout en s'étonnant que nous fissions tant pour un peuple si grossier. Mais, pour cela, il ne faut pas abandonner l'entreprise. Ce sont des âmes rachetées au prix du sang de Jésus-Christ. Nos Romains avaient, sinon toutes, au moins une grande partie de ces mauvaises qualités, selon ce que dit saint Augustin dans la Cité de Dieu. »

Et dans une autre lettre, adressée à ses confrères de

Rome : « Le Chinois est naturellement très froid pour tout ce qui regarde l'éternité. Il est très attaché aux choses visibles, versatile au delà de ce qu'on peut dire, fourbe d'une manière incroyable, tout cela est vrai. Mais pourtant, faut-il tranquillement le laisser tomber en enfer? Dieu nous en préserve! Ah! Messieurs et chers confrères, si les anciens s'étaient rebutés en voyant les cruautés exercées contre les premiers chrétiens, nous serions encore dans le bourbier de l'idolâtrie, et il n*y aurait pas dans le ciel tant de saints qui Jouissent de Dieu. Tirez la conséquence. Plus la matière est difficile à travailler, plus on estime le travail qui parvient à la dompter. »

Mais de plus grandes épreuves attendaient M. Appiani. L'arrivée de Mgr de Tournon à Pékin en fut le signal *. Parent de M. Appiani, le légat le prit pour interprète et pour secrétaire, et, en l'attachant à sa personne, en l'associant à sa mission, il lui fit partager ses épreuves et ses tribulations. Le 2 3 novembre 1706, le saint missionnaire fut arrêté, chargé de chaînes, jeté en prison, et alors commença pour lui une longue et dure captivité de vingt années, durant lesquelles il ne fit que changer de geôliers et de cachot, traîné des prisons de Pékin dans celles du Su-tchuen, ramené à Pékin, conduit enfin à Canton, où ses gardiens se relâchèrent un peu des atroces rigueurs qu'on lui avait fait endurer jusque-là, où ils lui permirent quelquefois de célébrer la messe, ce qui lui avait été impitoyablement refusé

I. Voir ci-après, page i6o, un résumé, fait de main de maître, par Mgr Freppel, des célèbres controverses qui donnèrent lieu à la légation du cardinal de Tournon et, plus tard, à celle de Mgr Mezzabarba.

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pendant quatre ans, et d'où il put correspondre avec ses amis d'Europe et leur écrire des lettres admirables, qu'il signait à bon droit comme saint Paul : Vinctus Chrtsti, « le captif du Christ », et qui nous révèlent le fond de sa belle âme, dans des passages comme celui-ci : « Selon l'enseignement de la Vérité même, celui de tous les saints et en particulier de notre vénérable Fondateur, les calomnies et les oppressions doivent être regardées comme une bénédiction de Dieu. Aussi, je m'en réjouis et je rends grâce à sa divine Majesté, de ce qu'il veut bien les faire tomber sur moi, et je le prie de se servir de ce moyen pour répandre ses grâces sur notre Congrégation et lui accorder toute sorte de prospérités. Je n'ai aucune raison de me plaindre de mes tribulations ; pendant ces quatre années, j'ai reçu beaucoup de grâces de Dieu, que peut-être je n'aurais pas reçues ailleurs. Plaise à la divine Majesté de me revêtir de force, de manière à rendre mes souffrances agréables à ses yeux et vraiment méritoires ! »

Il ne recouvra la liberté que le 21 août 1727, après dix-neuf ans et neuf mois de détention. L'âge, les privations, les souffrances de toute sorte avaient usé ses forces et ruiné sa santé ; l'heure de la récompense ne devait pas tarder à sonner pour le bon et fidèle serviteur ; il avait toujours soupiré après la mort des martyrs : on peut bien dire qu'il l'obtint, en effet. Un nouveau règne venait de commencer, et un redoublement de persécution en marquait les débuts : tous les missionnaires de Canton reçurent l'ordre de quitter la ville et de se retirer à Macao. M. Appiani était grave-

ment malade; on le porta sur un brancard jusqu'au vaisseau : ces fatigues l'achevèrent ; à peine débarqué, il reçut les dçrniers sacrements, et, le 29 août 1732, il mourait, comme l'écrivait M. Bonnet, supérieur général de Saint-Lazare , dans sa circulaire du 2 octobre de l'année suivante, « en vrai saint, en fidèle et courageux confesseur de Jésus-Christ et comme un véritable martyr de notre sainte foi ».

La mort de M. Appiani ne fut pas pleurée seulement dans sa congrégation. La renommée de ses vertus et de ses longues épreuves si héroïquement supportées en avait depuis longtemps dépassé les limites. Le Saint- Père lui-même leur avait rendu un solennel hommage. Le 22 août 171 1, lorsque M. Appiani était dans les fers, à Canton, Clément XI lui adressait le bref suivant, qui est un titre de gloire pour la Compagnie de Saint-Lazare tout entière non moins que pour son saint enfant :

« A notre cher fils Louis Appiani, prêtre de la Congrégation de la Mission et missionnaire apostolique dans l'empire de la Chine,

« Clément XI pape, salut, etc..

« D'après les rapports d'un grand nombre de ceux qui sont revenus de ces contrées, d'après surtout le témoignage très autorisé de notre cher fils, Charles- Thomas de Tournon, cardinal de la sainte Église romaine, nous avons été pleinement informé que vous avez grandement souffert de la tempête soulevée contre le même cardinal, et qu'après beaucoup de vexations, vous êtes encore détenu en prison, sous une garde rigoureuse. Nous ne pouvions ne pas être vivement

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ému à la nouvelle de vos traverses et de vos peines, et nous y avons compati de tout cœur ; mais sachant que c'est par amour pour la justice, que vous vous y êtes exposé , nous avons trouvé dans cette pensée une sensible consolation, et nous ne saurions vous croire et vous appeler malheureux, vous que notre divin Rédempteur a béatifié. Gomment, en effet, vous trouver à plaindre, vous qui, pour propager dans ces vastes contrées le culte du Dieu tout-puissant, n'avez pas hésité à affronter tant de fatigues et de périls ; vous qui, par l'effet de votre zèle pour la religion catholique , avez enduré tant de tribulations et de calamités; vous enfin qui, pour être demeuré fidèlement soumis au susdit cardinal et, dans sa personne, à nous-même et au Saint-Siège, vivez depuis si longtemps, chargé de chaînes, dans une étroite prison. Ces épreuves, que notre sens humain regarde comme pénibles et redoutables, l'amour de la gloire de Dieu, dont la suavité est incomparable , les peut rendre bien douces. Qu'il en doive être ainsi pour vous , nous le croyons avec d'autant plus d'assurance, qu'il nous a été rapporté que vous vous glorifiez dans vos tribulations, que vous vous réjouissez d'avoir été jugé digne de souffrir l'outrage pour le nom de Jésus-Christ, et que, par votre courageuse et indomptable patience , vous donnez le plus beau et le plus consolant spectacle à Dieu et aux hommes. Nous vous exhortons donc instamment à persévérer en des sentiments si dignes d'un cœur sacerdotal et de l'Institut auquel vous appartenez , comme aussi à ne jamais déchoir de votre ferme confiance en Dieu, qui ne permet pas que ceux qui espèrent en lui demeurent

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confondus. Pour nous, dans la mesure de notre pouvoir, nous ne vous abandonnerons jamais, quand même tous les secours humains viendraient à vous manquer, et nous tenons pour certain que le Seigneur toutpuissant ne fera défaut ni à sa cause, ni à votre persévérante confiance en lui, ni à nos ferventes et continuelles prières, ni enfin aux vœux de tous les gens de bien. En gage de quoi et comme assurance de notre paternelle bienveillance à votre égard, nous vous accordons de tout cœur, très cher Fils, notre bénédiction apostolique.

« Donné à Rome, près de Sainte-Marie-Majeure, sous l'anneau du Pêcheur, le 22 août 1711, dans la onzième année de notre pontificat ^ »

Clément XI avait donné encore à M. Appiani un autre et plus grand témoignage d'estime et d'affection. Il voulait le mettre à la tête de cette mission de Su-tchuen, qui avait recueilli les prémices de son apostolat en Chine, et il l'avait nommé vicaire apostolique de cette province avec caractère épiscopal. A cette nouvelle, la modestie du pieux missionnaire s'alarma ; il objecta son âge qui inclinait vers la vieillesse, ses infirmités qui commençaient à paralyser ses forces, et surtout son peu de vertu. Il conjura le Saint-Père de reporter sa bienveillance et l'honneur qu'il lui destinait, sur son frère d'armes, M. Mullener. Sa prière fut écoutée ; il put achever ses jours dans l'humilité du second rang, et M. Mullener devint, à sa place, évêque de Myriophis et vicaire apostolique du Su-tchuen,

Ce n'est pas seulement son élévation à la dignité épis-

I. Voir le texte latin de ce bref aux Pièces justificatives, n" ii.

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copale, que Mgr Mullener devait à M. Appiani ; il lui devait aussi son entrée dans la Congrégation de Saint- Lazare. Il appartenait au clergé séculier, lorsque la Propagande l'envoya en Chine, et que, dans le courant de l'année 1697, il prit le chemin des Indes, en compagnie de M. Appiani. Durant le voyage, le spectacle des vertus de ce digne fils de saint Vincent le toucha ; il sentait aussi, à mesure qu'il approchait des pays infidèles, le besoin de se soustraire aux périls et à l'impuissance de l'isolement, et de chercher, dans les liens d'une vie plus parfaite, une force pour lui-même et une garantie de succès pour son ministère. Il s'ouvrit de ces pensées à M. Appiani et lui exprima le désir de devenir son confrère. Celui-ci en écrivit aussitôt à son supérieur général, M. Pierron; et, présumant son consentement, le 2 5 janvier 1699, à Madras, au moment où les deux missionnaires allaient s'embarquer pour la Chine, il admettait comme novice, dans la Congrégation de Saint-Lazare, M. Mullener, alors âgé de vingt-cinq ansi, dont il devait recevoir les vœux, cinq ans plus tard, le 2 février 1704, dans leur humble résidence du Su-tchuen.

La qualité dominante de M. Mullener était une grande douceur, qui rappelait celle de saint François de Sales, auquel on le comparaît volontiers. Cette âme si bienveillante, qui semblait faite pour désarmer toutes les haines, connut cependant la persécution, et ressentit le contre-coup des indignes traitements auxquels M. Appiani fut si longtemps en butte. Deux fois, il fut enlevé au milieu de son troupeau et condamné à l'exil.

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