‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 43 sur 144 · I. II était né à Brêmej en Allemagne, le 4 octobre · texte numérisé non relu

I. II était né à Brêmej en Allemagne, le 4 octobre

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Mais, sous la douceur de ce caractère, qu'on eût dit incapable de résistance, se cachait une indomptable énergie de volonté, soutenue encore et animée par l'ardeur d'un zèle tout apostolique. Malgré la sentence de proscription qui pesait sur lui, il parvint, au bout de quatre ans, à rentrer en Chine, et, après être resté quelque temps caché à Canton, il regagna, sous un déguisement, la province du Su-tchuen; traversa son ancienne mission, où il eut la douleur de voir les infidèles maîtres del'église qu'il avait autrefois desservie avec M. Appiani; se retira dans la partie la plus déserte de la contrée, sur les confins de l'empire chinois, au sein de montagnes presque inaccessibles, « y menant, écrivait M. Bonnet, le i®"" janvier 1 716, une vie dure, laborieuse et semblable à celle des apôtres : in solitudinibus errantes » ; se travestissant en portefaix ou en petit marchand pour exercer avec plus de sécurité son ministère auprès des infidèles ; voyant du reste ses fatigues bénies du Ciel et ses prédications suivies de nombreuses conversions. C'est là que vinrent le trouver les bulles pontificales qui relevaient à l'épiscopat. Sa dignité nouvelle ne changea rien à la simplicité de ses habitudes. Il fit ses visites pastorales à pied, les jambes nues, portant sur ses épaules une petite malle de mercerie. Seulement, son champ d'action s'était considérablement accru. A l'administration de son vicariat apostolique du Su-tchuen, si étendu qu'il n'en pouvait faire entièrement le tour en neuf mois, il joignait le gouvernement de l'immense province du Hou-kouang, le futur théâtre des labeurs et du martyre du vénérable Clet, et qui était alors privée de son pasteur légitime, Mgr Visdelou, retenu en exil.

Presque seul pour soutenir cet écrasant fardeau, le vaillant apôtre suffisait à tout; toujours aussi actif, aussi infatigable, l'âge semblait n'avoir point de prise sur lui ; la mort était déjà là, prête à le saisir : il se croyait à peine malade, et ne songeait qu'à travailler encore. Doucement averti par un vénérable évêque de la Société des Missions étrangères, Mgr Enjobert de Martillat, qui se trouvait auprès de lui, il consentit avec la docilité d'un enfant à recevoir les derniers sacrements, et priaceprélat d'entendre sa confession générale. « C'était, disait depuis Mgr de Martillat, la confession d'un novice.» Le lendemain, 17 décembre 1742, à quatre heures du matin, il rendait le dernier soupir, laissant après lui le souvenir d'une si haute vertu, que tous ceux qui l'avaient connu se sentaient plutôt portés à l'invoquer qu'à prier pour lui, et s'accordaient à déclarer, avec le témoin que nous venons de citer, qu'il « n'était guère possible de trouver une vie plus pure, plus sainte, ni mieux faite pour servir de modèle à tous les hommes apostoliques ».

Après la mort de Mgr Mullener, il restait encore en Chine un Lazariste européen, le dernier de ces trois saints missionnaires, dont parlait M. Bonnet. M. Pedrini avait suivi de loin ses deux devanciers : ce n'est que dans le courant de l'année 1710, qu'il était venu les rejoindre à Canton ^. Il avait cependant quitté Rome, dès les premiers jours de 1702, avec Mgr de Tournon, qu'il devait accompagner dans sa légation. Un inex-

I. Lettre de M. Appiani, datée de sa prison de Canton, le 5 novembre 1710 : « C'est ici que j'ai reçu la visite de M. Pedrini, notre confrère^ que j'ai pu faire entrer pour me confesser, ri

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tricable enchaînement d'obstacles, de contre-temps sans cesse renaissants, dont il fut d'abord tenté d'accuser le mauvais vouloir des hommes, où il reconnut et admira plus tard la conduite de la Providence, retardèrent son départ d'Europe, l'arrêtèrent en chemin, et ne lui permirent qu'au bout de huit années de toucher enfin au terme, vers lequel, malgré tant de traverses et de mécomptes, il n'avait un seul instant cessé de porter ses regards et ses désirs. Mais, s'il l'avait atteint plus tôt, les troubles qui avaient jeté M. Appiani en prison et conduit M. Mullener en exil auraient rendu sa venue inutile et, à peine débarqué, il aurait été enveloppé dans la persécution dont ses confrères étaient victimes, ou se serait vu tout au moins réduit à l'inaction. A l'époque où il aborda en Chine, on ne songea pas à le traiter en complice d'un parti qui ne semblait plus à craindre, et il put librement se mettre en devoir d'accomplir sa mission.

S'il avait été appelé à faire partie de la suite de Mgr de Tournon, c'est qu'on savait que l'empereur de Chine serait flatté que le Pape lui envoyât, pour l'attacher à son service, un artiste de talent, et M. Pedrini était réputé très habile musicien. On pensait à bon droit que le crédit dont, grâce à son mérite, il ne tarderait pas à jouir à la cour de Pékin tournerait au profit de la religion, et qu'il pourrait, par l'ascendant qu'il obtiendrait auprès du prince, l'amener à favoriser, ou tout au moins à épargner les missionnaires et leurs néophytes. C'est ce qui arriva, en effet. Les talents et l'affabilité de M. Pedrini lui eurent bientôt concilié les bonnes grâces de l'empereur et l'amitié des jeunes princes ses

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élèves, que les leçons qu'il leur donnait mettaient en rapports presque quotidiens avec lui, et auxquels il ne craignait pas, à l'occasion, de parler de notre sainte religion. L'un d'eux, étant un jour entré dans sa chambre, y remarqua un crucifix, l'interrogea sur cette image, et M. Pedrini profita de la circonstance pour lui exposer le mystère de la Rédemption et lui démontrer la nécessité de la foi. Si de tels entretiens ne conduisaient pas jusqu'au baptême les enfants de l'empereur, ils les guérissaient du moins des préjugés de leurs compatriotes contre le christianisme, et les disposaient à traiter avec plus d'indulgence et d'équité les ministres et les partisans d'une doctrine dont ils se faisaient dès lors une plus juste idée.

Cependant les épreuves ne manquèrent pas à M. Pedrini, et il devait, lui aussi, avoir à porter sa croix. A l'époque même de sa plus grande faveur à la cour, le climat, le changement de régime, les fatigues d'une vie qui, sous un extérieur brillant, recelait un assujétissement quelquefois un peu lourd, éprouvèrent assez fortement sa santé, de tout temps très débile : « Outre mon infirmité habituelle de maux de tête et d'estomac, écrivait-il en 1718% et les douleurs que je ressens de temps en temps dans tout le corps, je vois déjà ma barbe toute blanche, et mes yeux commencent à s'obscurcir, signe évident que la maison penche vers sa ruine.» Mais les souffrances morales lui étaient plus pénibles encore, et, malgré sa patience et sa résignation, il ne pouvait s'empêcher d'y chercher un peu d'adoucisse-

I. Il n'avait alors que quarante-huit ans, étant né en 1670, à Fermo, dans la Marche d'Ancône.

ment en les confiant à son supérieur général et de lui parler dans ses lettres de « ses tribulations qui, disaitil, sans avoir l'éclat des prisons et des chaînes et, par conséquent, l'avantage de la compassion, ne laissent pas de se faire sentir fort vivement ^ » . Mais cette compassion même, il devait bientôt l'exciter à son tour. Fidèle aux exemples de MM. Appiani et Mullener et, comme eux, incapable de transiger sur la pleine et entière soumission aux prescriptions du Saint-Siège, il s'attira les mêmes nimitiés, s'exposa aux mêmes vexations, et tomba en disgrâce. Au mois d'octobre 1721, peu de temps après le départ de Mgr Mezzabarba, M. Pedrini écrivait de Djé-Hol en Tartarie - : « Lorsque Mgr le Légat est parti de Pékin, je n'ai pu le voir. J'étais en prison et chargé de neuf chaînes, par l'ordre de l'empereur, après avoir été battu, souffleté et maltraité à coups de poing et à coups de pied en sa présence. Maintenant, je suis encore en prison, bien que sans gardes, et dans ma propre maison en Tartarie, où j'ai 'été amené à la suite de l'eriipereur. » Deux fois, il fut ainsi emprisonné, et lorsqu'il eut enfin été rendu à la liberté, de nouvelles épreuves, d'atroces calomnies, qui firent planer de graves soupçons sur son honneur, et hésiter un instant l'estime, l'affection de ses amis et de ses protecteurs de Rome, apportèrent au vaillant confesseur de la foi d'autres douleurs, de beaucoup plus cruelles. « Il faut l'aider de nos prières, disait à ce sujet M. Couty, supérieur général de Saint-Lazare, dans sa circulaire du i" janvier 1744,

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