‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 51 sur 144 · Lettre à son frère le chartreux, du 6 novembre · texte numérisé non relu

Lettre à son frère le chartreux, du 6 novembre

2. Lettre déjà citée du vénérable Clet à son frère le chartreux," du 27 août 1798.

toire, on ne comptait guère que dix mille chrétiens. Autour d'eux, dans un espace de sept à huit lieues, les missionnaires voyaient réunis deux mille fidèles, formant vingt districts environ ^

Cette petite communauté chrétienne des montagnes du Hou-kouang avait été, près de quarante ans auparavant, l'une des plus florissantes de la Chine. Un missionnaire jésuite qui, vers cette époque, avait parcouru cette région, écrivait alors à un évêque de France : « Il y a bien des années que cette chrétienté, placée au milieu des montagnes, représente la ferveur de la primitive Église. Je fus bien consolé défaire plusieurs lieues sans rencontrer un seul idolâtre. Les chrétiens de cet endroit, tous ramassés sans mélange d'infidèles, ne savent que prier Dieu et labourer la terre. La persécution qu'il y eut, il y a quatre ans, dans ces montagnes, fut si violente, que plusieurs, après avoir résisté à bien des mauvais traitements, cédèrent enfin, lorsque la violence fut poussée à un excès qui est contre les usages de la Chine. Ces pauvres gens n'ont été apostats que d'un moment, et ils ne le furent jamais dans le cœur. J'ai été témoin, et j'admirais la ferveur avec laquelle ils faisaient publiquement, pour pouvoir rentrer en grâce, des pénitences presque semblables à celles de la primitive Église. Grand nombre d'entre eux, désirant avec plus d'ardeur cette grâce, et ne pouvant l'attendre longtemps, ont fait ce que saint Cyprien indiquait aux apostats de son temps, sans oser le leur conseiller, de crainte d'une nouvelle rechute. Ils ont

1. Lettre déjà citée du vénérable Clet à son frère le chartreux, du 27 août 1798.

— H9 — reparu devant les juges, ils ont détesté leur faiblesse, et n'ont eu, dans les supplices, autre chose à répondre, si ce n'est qu'ils étaient chrétiens et qu'ils le seraient jusqu'à la mort K »

La persécution de 1784, qui éclatait, nous l'avons vu, au moment où MM. Raux et Ghislain abordaient en Chine, ne rencontra plus le même héroïsme chez ces pauvres chrétiens du Hou-kouang, alors privés de l'appui de leurs pasteurs, dont les uns avaient été arrêtés, et les autres forcés de s'enfuir dès le début de ce nouvel orage. « J'ai encore sous les yeux, écrivait le vénérable Clet en 1798 ^, les restes du ravage de la persécution qui eut lieu en 1784, et qui fit tant d'apostats dans mon district actuel. » C'est dans cette province que la tempête s'était déchaînée avec le plus de violence. Lorsqu'elle fut apaisée, tous les anciens Jésuites européens, qui avaient autrefois travaillé dans cette mission, étaient morts, et il ne restait plus, pour prendre soin d'un troupeau où la persécution avait fait de nombreuses victimes et provoqué plus de défections encore, qu'un seul prêtre chinois, M. Louis Ko. M. Raux le nommait, on s'en souvient, dans la relation [qu'il adressait, en 1788, au supérieur général de Saint- Lazare, en déplorant que de si vastes champs, où l'on aurait pu recueillir une si abondante moisson, restassent presque en friche, faute d'ouvriers pour les cultiver. Ce douloureux spectacle, que M. Raux avait sous les yeux depuis son arrivée en Chine, et qui le portait à adresser

1. Lettre du P. Roy, missionnaire en Chine, à Mgr l'Evêque comte de Noyon, du 12 septembre lySg, ap. Lettres édifiantes, éd. i832, t. XXXV, p. 3i et sq.

2. Lettre déjà citée, à son frère le chartreux, du 29 août 1798.

un si pressant appel au chef de sa Congrégation, inspirait, vers le même temps, des plaintes bien touchantes à un véne'rable prêtre de la Société des Missions étrangères 1, qui fut souvent en rapport avec le digne supérieur de la maison française de Pékin : « O quel triste spectacle, s'écrie-t-il, de voir ce vaste empire presque sans ouvriers évangéliques! Excepté la ville de Pékin et les provinces du Su-tchuen et du Fo-kien, où il y a encore quelques prêtres européens et chinois, ces vastes régions n'ont plus de pasteurs et presque point de catéchistes. Combien de païens se convertiraient, s'ils avaient quelqu'un pour les instruire! Rogate ergo Dominitm messis^ ut mittat opey^arios ï?î messem suam ^ )) Non seulement les conversions des infidèles devenaient de plus en plus rares, par suite de cette extrême disette d'apôtres : les chrétiens eux-mêmes, laissés comme à l'abandon, dégénéraient peu à peu de leur ferveur première. Ce pieux missionnaire de la Compagnie de Jésus, que nous citions tout à l'heure, n'aurait plus reconnu, au moment où M. Clet venait rejoindre M. Aubin et M. Pesné dans les montagnes du Hou-kouang, ces familles si exemplaires, dont la vie avait autrefois retracé les vertus et la piété de la primitive Eglise. La prétention, si solennellement condamnée par le Saint-Siège, d'allier les superstitions de l'idolâtrie au culte du vrai Dieu, y avait malheureusement trouvé grand nombre d'adhérents.

Ce fut là l'un des principaux obstacles que M. Aubin eut à vaincre, dès le début de son ministère dans cette

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