‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 56 sur 144 · I. Mgr Freppel, Tertiillien, iS^ leçon, t. I, p. 26S · texte numérisé non relu

I. Mgr Freppel, Tertiillien, iS^ leçon, t. I, p. 26S

passer inaperçue ; ils furent dénoncés au premier ministre, qui les fit appeler et ne leur épargna pas les remontrances. Ils lui répondirent avec fermeté qu'il leur était impossible de s'associer à des actes que réprouvait leur foi, et que, plutôt que de trahir leur conscience, ils étaient prêts à tout souffrir, jusqu'au dernier supplice. Le ministre les renvoya chez eux, et peut-être aurait-il assoupi l'affaire; mais peu de jours après il tombait en disgrâce : accusé et convaincu d'avoir, par ses malversations et en abusant de la confiance du dernier empereur, amassé des trésors immenses, il fut condamné à se donner lui-même la mort. Son successeur fut un neveu de l'empereur régnant, auquel on ne tarda pas à dénoncer les missionnaires. Il les manda auprès de lui, et, voyant que ni ses promesses ni ses menaces ne parvenaient à ébranler leur détermination, il les congédia en leur disant qu'il soumettrait le cas à son souverain. « Nous étions prêts, avec le secours de Dieu, écrivait à quelque temps de là, M. Raux, à subir la prison, l'exil et même la mort. Mais Dieu, content de la préparation de notre cœur, n'a pas permis qu'il arrivât rien de fâcheux ni pour nous-mêmes ni pour les chrétiens. » En effet, tandis qu'ils attendaient, avec plus de résignation aux volontés de la Providence que de confiance dans la clémence impériale, l'arrêt qui devait fixer leur sort, on leur notifia un décret que venait de rendre le nouveau monarque et que l'évêque de Pékin traduisit ainsi : Europœi Pekinenses sunt homines sinceri, agiles et addicti suœ religioni : ne vexentur propter nostras cœremonias, permittantur omnino servare omnes régulas suce religionis : « Les Européens qui

demeurent à Pékin sont des hommes probes, laborieux et attachés à leur religion: qu'on ne les inquiète pas à l'occasion de nos cérémonies et qu'on les laisse entièrement libres de suivre toutes les prescriptions de leur foi. )) Cette sentence, qui éloignait des chrétiens de la Chine, pour quelque temps du moins, toute menace de persécution, montrait assez quelle favorable impression avait produite, en haut lieu, la franche et courageuse résistance de nos trois missionnaires. Loin d'avoir compromis, comme on aurait pu être tenté de le craindre, l'avenir de l'Évangile dans le Céleste Empire, leur loyale fermeté, si publiquement louée par le souverain, admirée aussi, nous le savons, par les grands de la cour, ne fît qu'honorer, aux yeux de tous, une religion capable d'inspirer de si hautes vertus.

La paix était donc rendue aux missionnaires et aux fidèles de la capitale; mais, au fond de sa province, M. Clet était, au même moment, témoin et faillit, à plusieurs reprises, être victime de troubles fort graves, dont l'origine se rattachait également au changement de règne qui venait de se produire. Voici ce qu'il écrivait à ce sujet ^, deux ans après la mort de l'empereur Kien-long et l'avènement de son successeur, Kia-king : « Depuis deux ans et demi, je ne puis faire des excursions au loin, à cause d'une guerre civile, dont ma province a été et est encore un des principaux théâtres. Les révoltés forment une secte infiniment nombreuse, dont le but est de ne pas reconnaître pour souverain un étranger, tels que sont les empereurs actuels, qui sont tartares, comme vous savez. Cette

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