‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 59 sur 144 · Lettre à son frère le chartreux^ du 6 novembre · texte numérisé non relu

Lettre à son frère le chartreux^ du 6 novembre

point de sûreté pour eux à se disperser et qu'ils seraient certainement massacrés comme le sont tous ceux qui sont pris. Si on leur proposait un armistice, probablement ils l'accepteraient, peut-être aussi ne l'accepteraient-ils pas, de peur qu'après leur dispersion on ne leur tînt pas parole; car il n'y a pas plus à se fier à la parole des infidèles qu'à celle des Français philosophes. Ils sont donc réduits à l'état d'errants et de vagabonds, qui, pourchassés d'un canton, se transportent dans un autre; et leur passage est semblable à un ouragan qui renverse et dévaste tout. Ils brûlent les maisons et les denrées qu'ils ne peuvent consommer, et massacrent ceux qui n'ont pu fuir. L'année dernière, ils ont entièrement dévasté une de nos chrétientés assez nombreuse; le seul oratoire a été épargné; toutes les autres maisons ont été la proie des flammes; mais ils n'ont tué qu'un seul chrétien trop lent à fuir dans les lieux escarpés. Comme le but de ces rebelles est de soustraire l'empire chinois à la domination tartare, ils ont cru que la vieillesse de l'empereur Kien-long était une époque favorable pour exécuter leur projet; ils se sont donc mis en insurrection; mais comme ils n'ont point de chef expérimenté, quoiqu'ils soient en nombre prodigieux, ils n'ont pas pris une seule ville, ils n'ont détruit que des bourgades sans défense; ils n'ont fait aucun acte de valeur. Ils détruisent, dévastent, brûlent, massacrent, et puis c'est tout. A présent que le successeur de Kien-long, Kiaking, est paisible possesseur du trône, il y a grande apparence que, dans peu, la tranquillité sera rétablie. » Cependant, lorsqu'on les croyait près d'abandonner le champ de bataille, les rebelles reprirent les armes et

tentèrent un dernier effort qui, un moment, faillit leur assurer la victoire. Il en résulta, pour le Hou-kouang, de nouvelles scènes de dévastation, et pour M. Clet, de nouvelles alarmes et de nouveaux périls. En 1802, environ deux ans après avoir adressé à son frère la lettre que nous venons de citer, il lui écrit encore : « Je ne vois aucune lueur d'espérance du martyre dont je n'ai pas peine à me persuader que je suis indigne. Notre vie n'est pas toutefois sans dangers i car, depuis six ans, un nombre prodigieux de Chinois se sont révoltés contre le gouvernement. Les rebelles, appelés Pei-lien-kiaô, marchent en troupes de huit à dix mille, portant sur leur passage le ravage et la mort. Les troupes impériales, qu'on leur oppose, n'avancent guère à les détruire, parce qu'ils habitent les défilés des montagnes, d'où ils font des excursions continuelles, tuant ou emmenant captifs hommes et femmes qu'ils rencontrent, consommant les denrées et brûlant les maisons. Pour nous mettre à l'abri de leurs vexations, nous avons formé des camps fortifiés dans les sommets de nos montagnes, où nous avons bâti des maisons où chacun transporte ses denrées à mesure qu'il les recueille et où nous nous retirons au premier bruit d'alarme. Gomme ces camps sont fort multipliés, on s'avertit, d'un camp à l'autre, par quelques coups de canon, au bruit desquels chacun plie bagage et se retire au camp, d'où l'on descend quand l'orage est passé. Il arrive assez souvent que l'alarme est fausse et qu'on fuit nemine persequente ^ ; mais il arrive aussi qu'ils surprennent ceux qui, par trop de confiance, pensent trop tard à se mettre à Tabri par

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