‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 62 sur 144 · Lettre du 6 novembre · texte numérisé non relu

Lettre du 6 novembre

2. Lettre de M. Villa à M. BouUangier, datée de 1802 : « L'empereur actuel de la Chine, Kia-king, a permis à ceux qui avaient été exilés par Kien-long pour cause de religion, de rentrer librement dans leurs foyers. Ainsi, la mission de la Propagande, dans le Ghen-si, a recouvré

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elles n'étaient pas hostiles aux chrétiens, pouvaient, en s'inspirant des dispositions connues du nouveau prince, se relâcher de la surveillance et suspendre les rigueurs dont les apôtres et les disciples de l'Évangile avaient été si souvent l'objet. C'était le cas, par exemple, dans la province du Su-tchen, celle de toute la Chine où. le christianisme était le plus florissant, et à la tête de laquelle se trouvait à cette époque , nous apprend M. Clet , « un vice-roi qui , ne professant pas notre sainte religion, quoique baptisé dans l'enfance, ne laissait pas de l'aimer et de la protéger^. » Au Hou-kouang, M. Clet, sans braver ouvertement des lois qui pouvaient toujours l'atteindre, sans se départir des précautions que conseillait la prudence, s'affranchissait impunément, dans l'exercice de son ministère, de certaines contraintes auxquelles devaient s'astreindre d'autres missionnaires, auxquelles il sera tenu plus tard lui-même, lorsque la persécution sévira de nouveau dans sa province, (c Depuis plus de quinze ans, dit-il encore, il n'y a point eu de persécution pour la religion, que nous ne pouvons toutefois prêcher publiquement, parce que l'empereur ne tolère les missionnaires que dans la capitale et non dans l'intérieur des provinces, dans lesquelles

cinq prêtres qui avaient été relégués dans la Tartarie pour ce sujet... Le nouvel empereur de la Chine a aussi rendu un décret très honorable pour la religion chrétienne ; car il déclare que, parmi les innombrables sectes prohibées en Chine, il ne faut nullement comprendre la religion chrétienne, qui n'est pas mauvaise. Au premier abord, elle semble donc permise; mais, comme les lois de rigueur qui la prohibent et autorisent la persécution n'ont pas été abrogées, il n'y a rien ou presque rien de fait par là. »

I. Deuxième lettre du vénérable Clet à son frère le chartreux, du 6 novembre 1799.

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nous nous introduisons furtivement. Ainsi , l'exercice de notre ministère est toujours censé secret et caché, en sorte que, si nous nous avisions de prêcher publiquement, nous serions aussitôt pris et probablement renvoyés dans notre pays, au grand détriment de nos ouailles qui, dépourvues de pasteurs, deviendraient bientôt la proie des loups. Notre ministère, toutefois, n'est pas si secret, que les païens, voisins de nos chrétientés, n'en aient connaissance ; je suis même connu d'eux : ils savent bien que je suis Européen ; mais ils gardent le silence, n'ayant aucun intérêt de parler; ils me voient même quelquefois accompagner publiquement les défunts à la sépulture, revêtu du surplis et de l'étole i. »

Si les progrès de la foi étaient si lents dans la plupart des contrées de la Chine, la faute n'en était donc pas précisément, du moins au moment où le Vénérable écrivait ces lignes, à l'hostilité du pouvoir. Mais, sans compter les troubles suscités par l'insurrection des Pei-lien-Kiaô, et qui entravaient fréquemment l'action des missionnaires, sans compter le mauvais esprit des païens, habiles à se forger des prétextes pour résister à la vérité, le grand obstacle à la propagation du christianisme, dans presque toutes les provinces de la Chine,

I. Troisième lettre à son frère le chartreux, 1802. — Dans la lettre du 29août 1798, M. Clet disait déjàà son frère :«Depuis six ans que je suis dans l'intérieur de la Chine^ c'est-à-dire au milieu des infidèles, je n'ai été exposé à aucune persécution et je n'ai couru aucun danger notable d'être arrêté comme propagateur d'une religion qui n'est pas censée tolérée dans l'intérieur des provinces, quoiqu'elle jouisse de la tolérance à Pékin; j'ai toutefois parcouru, dans ce vaste empire, quelques centaines de lieues, souvent dans des barques d'infidèles, sans être reconnu pour étranger. »

dans le Hou-kouang en particulier, était le manque d'ouvriers nécessaires pour y répandre et pour y cultiver la bonne semence. « Ici, dit M. Clet, en parlant de sa mission, les conversions des païens sont rares; témoins du scandale de quelques mauvais chrétiens, ils refusent de s'instruire d'une religion si mal pratiquée par ceux qui la professent : ils n'ont les yeux ouverts et fixés que sur les mauvais, et les ferment sur la grande majorité qui mène une vie conforme aux principes de l'Évangile. D'ailleurs, le nombre des missionnaires est trop petit : dans les provinces qui sont mieux fournies de prêtres, il y a aussi beaucoup plus de conversions ; par exemple, dans le Su-tchuen, qui est administré par MM. les prêtres des Missions étrangères 1. » — « La religion chrétienne fait des progrès bien lents en Chine, ajoute-t-il ailleurs ; dans ma province surtout qui, dans sa vaste étendue, ne renferme que trois missionnaires. Dans la province de Pékin , mieux pourvue de ministres, ses progrès y sont plus sensibles, mais non pas rapides. La province du Su-tchuen est la seule où la foi reçoive des accroissements considérables ; mais cette mission n'a jamais été dépourvue de prêtres depuis son origine, a toujours eu un évêque pour la gouverner, et a au moins trente ouvriers évangéliques pour l'administrer 2. »

Depuis la mort de MM. Aubin et Pesné, M. Clet n'avait plus, auprès de lui, aucun confrère européen, et n'était secondé, dans son écrasant ministère, que par un ou deux prêtres chinois. Il ne manquait pas, toutes

1. Première lettre à son frère le chartreux, du 29 août 1798.

2. Deuxième lettre à son frère le chartreux, du 6 novembre 1799.

les fois qu'il écrivait à Pékin, de crier au secours et de réclamer instamment un renfort, qu'il désirait moins pour son propre soulagement que pour l'utilité de son troupeau. Ses supérieurs étaient grandement préoccupés de son état d'isolement * et avaient le plus vif désir de lui envoyer de nouveaux auxiliaires. Mais, tant que durèrent les soulèvements des rebelles , ces provinces du centre, principal théâtre de leurs brigandages, étaient inaccessibles aux Européens, qui n'auraient pu essayer d*y pénétrer sans s'exposer à une mort presque certaine.

Pour suppléer à cette extrême pénurie de missionnaires, M. Clet se multipliait au delà de ses forces. Il entreprenait des courses apostoliques qui le tenaient quelquefois éloigné, toute une année, de sa résidence habituelle, et durant lesquelles il rencontrait des chrétientés qui étaient restées vingt ans sans voir un prêtre 2. D'après son propre témoignage, son zèle et sa sollicitude pastorale devaient s'exercer sur un espace de deux cents lieues ^. « Un de nos théologiens de Pékin, écrivait en i8o3 un missionnaire lazariste, est passé par chez M. Clet, qu'il n'a pas vu, parce que ce terrible ennemi de Béelzébuth était à faire sa tournée apostolique *. » De retour au centre de sa mission, il se reposait de ses voyages en confessant neuf à dix heures par

1. Cette préoccupation perce dans toutes les lettres que M. Ghislain, supérieur de l'établissement de Pékin depuis la mort de M. Raux, écrivait à cette époque au vicaire général de la Congrégation de la Mission.

2. Lettre de M. Ghislain à M. Brunet, vicaire général de la Congrégation de la Mission, du 20 octobre 1804.

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