Lettre à M. Song, du ig décembre
M. Raux m'avez promis plusieurs fois, savoir que l'arrivée d'un Européen me vaudrait la décharge de la supériorité, à laquelle je n'ai jamais rien entendu; car vous savez bien qu'on ne m'a chargé de ce fardeau que par la nécessité de faire flèche du bois que l'on a ^. » On suppose aisément quelle dut être la réponse du digne supérieur du Pé-tang, qui s'inspira sans doute de celle que saint Vincent de Paul fit, un jour, à l'un de ses premiers collaborateurs désireux, lui aussi, de rentrer sous l'obéissance : « Pour la décharge que vous demandez, je vous prie de n'y pas penser, mais d'espérer que, sous les cendres de cette humilité qui vous fait désirer de vous soumettre à un autre, est caché l'esprit de Notre-Seigneur, qui sera lui-même la direction de votre conduite, votre force en votre faiblesse, votre science en vos doutes, et votre vertu en vos besoins ^. »
Saint Vincent de Paul n'exige pas seulement des supérieurs qu'ils soient exempts de toute pensée d'ambition ; il veut encore qu'ils se tiennent en garde contre ce qu'il appelle si bien « la passion de paraître supérieur » et de faire le maître ^. Envoyant un de ses prêtres prendre possession d'une cure importante, il lui rappelle la parole du Sauveur : « Je ne suis pas venu pour être
i.^Lettre à M. Ghislain, du 3 mai 1810. Il revient encore à la charge dans une autre lettre à M. Ghislain, du 19 août 1810 : « Je puis mourir impunément^ parce que j'ai un successeur qui réparera mes sottises et auquel je vous prie instamment de donner ma succession pure et simple ; cela veut dire que je vous prie de l'établir supérieur à ma place. Pour moi, je n'ai point trouvé le secret de me faire aimer ni de me faire craindre : je suis bien las de commander; je suis tout au plus bon pour obéir. »
2. Abelly, Vie de saint Vincent de Paul, 1. III, c. xxiv, p. 481 et sq.