‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 7 sur 144 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

commissaire général ; prédicateur de talent, goûté non seulement à Grenoble où, jusqu'à la fin de sa vie, la foule ne se lassait pas d'entendre les mâles accents de son éloquence évangélique; mais même à la cour, où sa parole fut remarquée presque au lendemain des triomphes de Massillon. Il s'apprêtait à remonter dans la chaire du château de Versailles, lorsqu'il mourut en cette ville, vers la fin de 1746, trois ans seulement avant la naissance de François-Régis ^ Sans doute celui-ci, durant son enfance, entendit souvent prononcer le nom du célèbre cordelier, dont la mémoire devait être bien vivante encore à Grenoble, sa patrie, surtout dans sa famille ou dans celles qui lui étaient unies, comme les Bourquy, par des liens d'affinité.

C'est au milieu de ces religieux souvenirs et de ces exemples édifiants, que grandit le futur apôtre de la Chine. Il était le dixième de quinze enfants, dont l'aînée, Marie-Thérèse, venue au monde au commencement de 1733 et de vingt-quatre ans plus âgée qu'Anne-Marie, la dernière, leur survécut à tous et fut, pour la plupart d'entre eux, comme une seconde mère. Dieu avait encore accordé une précieuse faveur à François- Régis, en le faisant naître dans une de ces nombreuses et patriarcales familles, qui, au dix-huitième siècle, n'étaient pas une exception en France, particulièrement dans le Dauphiné. On l'a observé avec raison 2, il n'est pas de plus saine atmosphère pour l'enfant, que celle de ces foyers, bénis du ciel, égayés par la joie, animés par les jeux ou les tra-

1. Voir la Famille de Salverte et ses alliances, p. 58 et sq.

2. Voir, sur ce sujet, les judicieuses réflexions de M. Le Play, dans son livre de la Réforme sociale en France, t. I, p. 408-418.

vaux de tous ces frères, de toutes ces sœurs, qui, grâce à la parité ou à l'inégalité des âges, à la ressemblance ou au contraste des inclinations, trouvent entre eux tout ce qu'il leur faut, pour satisfaire les instincts sociables de la nature, remplir les besoins affectueux du cœur, corriger les défauts du caractère, exercer les facultés de l'esprit. Pour eux, l'enceinte de la vie de famille est un horizon complet, à souhait, suffisant à toutes les aspirations, à tous les rêves de leur âme ; le présent, si riant et si doux, les prépare et les façonne peu à peu aux devoirs de l'avenir; et ils conserveront toujours, de ces premières années, si heureuses et si pleines, le plus cher et le plus fortifiant souvenir, bien différent des impressions monotones de ce pauvre être isolé, qui aura grandi dans la solitude et l'ennui, ou au sein des satisfactions égoïstes et malsaines d'un petit despote, des adulations alarmées d'un père et d'une mère, toujours tremblants pour leur frêle et unique espoir. N^est-ce pas au bonheur de cette naissance, au privilège de cette éducation, que François-Régis devait cet air franc et ouvert, cette rondeur et cette aisance de manières et de ton, cette humeur sereine et gaie, tempérant la gravité du religieux et du missionnaire, qui semblent avoir été les tr^iits distinctifs de sa physionomie et qui percent dans sa correspondance, jusqu'au milieu des préoccupations les plus graves et des plus douloureuses épreuves ? Ce caractère, il en était aussi en partie redevable au pays qui fut le sien, pays d'hommes actifs, loyaux et courageux. Un historien de notre siècle a pu dire : « Le Dauphiné appartient déjà à la vraie France, la France du Nord. Malgré la latitude, cette province est

septentrionale. Là commence cette zone de pays rudes et d'hommes énergiques qui couvrent la France à l'est/. » L'aspect des lieux, où l'on a vu le jour et qui ont frappé nos premiers regards, a sa part d'influence dans l'éducation de l'enfant. Cette admirable nature des environs de Grenoble, tour à tour si grandiose et si riante, dut faire, de bonne heure, une vive impression sur l'âme de François-Régis. Souvent, il avait traversé cette vallée du Graisivaudan, l'une des plus fertiles et peut-être la plus belle de France, lorsque, avec ses parents, avec ses frères et sœurs, il se rendait à Varces, le berceau de sa famille, où il passait le temps des vacances, en compagnie de ses cousins, les cinq enfants du notaire royal ^. Souvent aussi, nous n'en doutons pas, il avait fait, conduit par son père et sa mère, tous deux si remplis de piété, le pèlerinage de la Grande- Chartreuse. Cette austère et sainte solitude est une des gloires du Dauphiné, et la patrie de Bayard n'est pas moins fière de saint Bruno et de ses héroïques compagnons, « ces vrais grands hommes », comme les a si bien nommés un ingénieux et célèbre écrivain du douzième siècle, Jean de Salisbury, qui fut presque leur contemporain ^. Les veillées de la rue Porte-Traine

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