Ibid
de l'année où l'on était alors, et, avant de se décider, il consulte M. Paul Song. Celui-ci lui écrit peu de temps après, mais omet de lui répondre sur ce point. Le Vénérable reprend aussitôt la plume pour rappeler sa demande à son oublieux correspondant : <c Je reviens, lui dit-il, à vous parler de l'envoi de deux courriers à la Capitale. D'une part, le besoin d'argent me fait désirer cet envoi; d'autre part, je crains de faire actuellement entreprendre ce voyage, parce que les routes de Chine ne sont jamais plus infestées de voleurs et de brigands que vers la fin de l'année, ce qui me fait craindre que les porteurs de notre argent ne soient dépouillés et ainsi ne reviennent à la maison les mains vides et peut-être le corps meurtri de coups. Encore une fois, voyez ce que vous en pensez. Dans ma précédente lettre, je vous parlais de cette affaire, et vous ne m'en dites rien dans votre réponse. Vous savez que j'aime à ne rien faire d'un peu intéressant sans l'avis de mes confrères^ lorsque je suis à portée de les consulter. » En attendant, M. Clet ajourne toute résolution, car c'est dans la réponse de M. Song qu'il veut trouver, selon ses expressions, « la solution du problème qui l'embarrasse». Mais, autant il fait cas du sentiment de ses confrères, autant il semble, pour ainsi dire, se désintéresser du sien propre. Qu'on le suive, qu'on s'en écarte, il s'en met peu en peine. M. Paul Song lui a proposé un certain nombre de cas de conscience ; le Vénérable les résout de son mieux, puis il ajoute: « Au reste, approuvez ma doctrine ^ : je ne m'en réjouirai
I. « Si approbes meam doctrinam, non gaudebo; si improbes, non tristabor. » Lettre du 17 février 1809.
guère; désapprouvez-la, je n'en serai nullement attristé. » Tenant si peu à sa manière de voir, il n'a garde d^'être jaloux de son autorité, ni d'exiger que, lorsqu'il est éloigné de la résidence, les autres missionnaires s'abstiennent de prendre un parti ou de donner un ordre : « En général, écrit-il encore à M. Song *, en mon absence, agissez en tout en supérieur, dont tout le monde sait que je suis incapable de supporter la charge, v
N'allons pas croire, cependant, qu'à force de condescendance et de bonté, M. Glet laissât s'énerver, entre ses mains, l'autorité dont il avait le dépôt. Jamais sa douceur ne dégénérait en faiblesse. A cet égard, il était bien encore le digne disciple de saint Vincent de Paul. Celui-ci ne cessait, en effet, de recommander aux prêtres qui, dans sa congrégation, avaient quelque charge à rempHr, d'unir la fermeté à la douceur et à l'humilité du cœur 2. «Je vois, disait-il, la plupart des communautés qui se relâchent, en venir là par la trop grande indulgence des supérieurs ^. » Et l'une de ses maximes favorites, qu'on retrouve fréquemment dans ses lettres, et qu'il présente sous mille formes, était celle-ci : « Un supérieur doit être ferme à la fin et humble et doux pour les moyens, fort à l'observance des règles et saintes coutumes de la Compagnie, mais doux aux moyens de les faire observer *. » Il ajoutait encore : « Quand j'ai dit qu'il faut être invariable à la fin et doux aux moyens,