‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 77 sur 144 · Lettre datée du jour de Pâques · texte numérisé non relu

Lettre datée du jour de Pâques

devant partir demain pour Ma-kia-lou, dans un beau carrosse traîné par deux bœufs. Ainsi, pendant que votre santé se repose, ma santé se promène et parcourt les vastes plaines du Ho-nan. Pour vous, travaillez à rappeler votre santé en vous soumettant en tout à la volonté de Dieu, qui dispose de chacun comme il lui plaît, donnant à l'un la santé, l'ôtant à l'autre, selon qu'il le juge bon pour îa sanctification de ses élus. Dans votre état, priez Dieu pour moi qu'il me donne les forces spirituelles et corporelles dont j'ai besoin, et je prierai Dieu pour vous qu'il vous donne la patience et qu'il vous rende la santé, s'il le juge bon pour sa gloire .et votre sanctification. Désirez la santé, mais modérément et sans impatience, sous prétexte qu'il vaudrait mieux pour le salut des âmes que vous jouissiez d'une bonne santé. Rien de mieux que ce que Dieu veut. Mais ne vous appliquez, durant ce temps, à rien qui fatigue l'esprit. Si vous ne pouvez faire oraison, suppléez-y par quelque lecture spirituelle, courte, mais répétée plusieurs fois le jour, l'accompagnant de quelques réflexions faites sans contrainte. Joignez-y un grand nombre d'oraisons jaculatoires, qui nourrissent le cœur sans fatiguer l'esprit. Vous êtes à Hoang-chou-ya. Je souhaite que la proximité des médecins accélère votre rétablissement. Pour moi, je suis d'un goût différent; quand je suis malade, j'aime mieux être chez moi que chez les autres. Au reste, si votre mal empirait, je vous conseille de vous rendre à notre résidence, où vous trouverez ,des secours spirituels que vous ne sauriez trouver à Hoang-chou-ya. Je ne pourrai guère vous voir avant la septième ou la huitième

lune, si je vais aux districts portugais de Lou-y-hien. Ainsi, faites en sorte que je puisse vous dire de vive voix ce que je vous dis aujourd'tiui par lettre, que je suis, avec amitié, dévouement, respect, « Monsieur et très cher Confrère,

« Votre très humble et obéissant serviteur,

« Clet, i. p. d. 1. m.^ » '

Malgré l'attention du Vénérable à rester toujours, dans l'exercice de sa charge de supérieur, à égale distance d'une trop grande indulgence et d'une sévérité excessive, peut-être même parce qu'il y réussissait trop bien, sa conduite et ses paroles ne furent pas sans provoquer parfois quelques malentendus, quelques froissements. M. Song, ce missionnaire chinois auquel sont adressées la plupart des lettres qui nous restent de M. Clet, était assurément un très digne prêtre. Il venait de quitter le séminaire interne de Pékin, lorsque M. Ghislain écrivait de lui : « Il a un caractère fort doux et des mœurs fort innocentes ^. » Plus tard, il devait confesser la foi dans les chaînes, et, lorsqu'il mourut, à l'âge de quatre-vingts ans, il laissa après lui la réputation d'un homme de beaucoup de zèle et de piété. Mais nous savons déjà les légères divergences de vues qui, sur quelques points, existaient entre lui et son vénéré supérieur. De plus, il avait étudié tout seul le français : au témoignage de M. Ghislain, il en était venu « à le parler et à l'écrire passablement ^ » ; il était toutefois exposé à se tromper sur le sens des lettres

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