Rom,, XII
l'âme, et l'empressement avec lequel il saisit toutes les occasions de lui souhaiter ce trésor, digne d'être mis au-dessus de tous ceux de la terre : « Je vous souhaite de bonnes fêtes de Noël, lui écrit-il le 19 décembre 1807, et entre autres choses, une bonne portion de cette paix que les anges annoncent aux hommes de bonne volonté. » Et le jour de Pâques de la même année : « Vous écrivant le jour même de la Résurrection de Notre-Seigneur, je commence cette lettre par vous souhaiter cette paix que Notre-Seigneur donnait à ses apôtres, toutes les fois qu'il leur apparaissait; en vous désirant cette paix, je désire pour vous le seul vrai bonheur dont il soit possible et permis de jouir sur la terre. » Mais, dans une autre lettre, il sera plus expHcite : « Conservez-vous toujours dans la piété, lui dirat-il, le 10 novembre 1808; mais rappelez -vous que la vraie piété n'est pas scrupuleuse. » Puis, venant à des applications de détail, il lui recommande de ne se point fatiguer vainement, dans ses exercices de dévotion et, en particulier, dans la récitation de son bréviaire, à la poursuite d'une perfection qui n'est pas de ce monde : « Pourquoi ne prenez-vous pas pour vous-même la règle que vous savez si bien donner aux autres ? C'est une décision théologique universellement approuvée, que l'intention et Inattention actuelles ne sont de précepte qu'au commencement d'une action quelconque qui a Dieu pour objet. Cette attention actuelle non cadit sub prœcepto^ parce que, eu égard à la faiblesse humaine, elle est moralement impossible [: or. Dieu n'ordonne rien d'impossible... Cette attention, continuée pendant toute la suite d'une action quelconque, n'appartient pas
à la vie présente ; elle est un privilège de la vie future, lorsque la vision intuitive de Dieu absorbera inévitablement toutes les pensées de notre esprit et toutes les affections de notre cœur. Ce qui est actuellement de précepte, dans nos actions in ordine ad Deum, c'est l'attention virtuelle, qui est une attention actuelle moralement continuée pendant tout le cours de l'action, lorsque ladite attention n'a pas été volontairement rétractée ou notablement interrompue. Prétendre faire une action de quelque durée sans distraction, c'est, je crois, plutôt un efTet de notre orgueil qu'une suite d'un vrai désir de plaire à Dieu. En conséquence, je vous ordonne de réciter votre bréviaire et autres prières tout rondement et sans répétition, après vous être préparé à ces actions par un instant de recueillement en la présence de notre Dieu '. »
M. Clet veut aussi que l'on porte cette sagesse et cette largeur d'esprit dans les fonctions du ministère; il souhaite que le zèle lui-même ne dépasse pas la juste mesure, qu'il se renferme dans les limites d'une prudente modération. « Je profite du retour du porteur de votre lettre, pour vous répondre promptement et sûrement, [écrit-il encore au même missionnaire. Je vous dirai d'abord que j'ai été affligé de l'altération de votre santé, et ensuite consolé en apprenant qu'actuellement vous vous portez assez bien; je souhaite que votre rétablissement dure et que vous n'y mettiez pas obstacle par un travail trop opiniâtre; pour y contribuer, je vous souhaite la paix, annoncée hier par les