‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 88 sur 144 · I. I Petr., V · texte numérisé non relu

I. I Petr., V

desseins^ L'infanticide ne sévissait pas avec moins de fureur au Hou-pé, oià nous le voyons, longtemps après la mort du Vénérable, continuer à faire, chaque année , des milliers de victimes. Au milieu du dix-neuvième siècle, au lendemain d'un édit promulgué, en 1866, dans toute la Chine, par les deux impératrices régentes, pour flétrir ce crime, le gouverneur de cette province était obligé d'avouer son impuissance à répondre aux vœux de ses souveraines et l'invincible ténacité d'un fléau, plus fort que toutes les menaces et tous les châtiments ^.

1. L'Infanticide et VŒuvre de la Sainte-Enfance en Chine, par le P. Gabriel Palâtre, S. J. , Chang-hai, i vol. autographié, p. g.

2. Ibid.; p. 38. — Cf. France et Chine, par O. Girard ; Paris, 1876, t. II, p. 167 et 168, où se trouve cité, d'après le Moniteur de Pékin, l'édit des Régentes : «Les deux reines-mères, régentes de l'empire, ont rendu le décret suivant : « Notre secrétaire Lui-che nous a respectueu- « sèment fait savoir que, parmi notre peuple, la coutunie de noyer les « petites filles n'est pas encore extirpée, et il nous prie de la prohiber « sévèrenaent. Dès le temps de l'empereur Kien-long, il fut publié une « loi qui condamnait ceux qui noyaient leurs petites filles aux mêmes « peines que ceux qui tueraient leurs descendants mâles, et cela afin « d'extirper plus sûrement ce mauvais usage. Notre susdit secrétaire « nous annonce que ce crime est commis dans les provinces de Canton, « Fo-kien, Tché-kiang, Chang-si, etc., etc., et qu'il est difficile de sup- « poser qu'il ne se commette pas aussi dans les autres provinces de « l'empire. Cet attentat trouble l'harmonie du ciel et de la terre, et, si « nous ne le réprimions passévèrement, comment pourrions-nous le blâ- « mer et sauver notre peuple? — En conséquence, nous ordonnons à tous « les vice-rois et gouverneurs de commander aux mandarins de leur « province de faire des édits pour prohiber cet usage. Que les préfets « et sous-préfets de toutes les villes invitent les notables et les riches « à contribuera l'érection d'orphelinats nombreux, destinés à recueillir « les enfants abandonnés ; de cette sorte, les pauvres ne pourront plus « objecter leur pauvreté pour se justifier du crime abominable de tuer « les enfants qu'ils ont engendrés. S'il s'en trouve qui, malgré nos « ordres, ne se corrigent pas, qu'ils soient punis selon toute la rigueur « de la loi susdite, et qu'on ne soit point indulgent. — Respectez-ceci. »

Tandis que les efforts et les rigueurs du gouvernement chinois venaient échouer ainsi contre cette habitude invétérée de l'infanticide, le zèle et la charité des missionnaires catholiques travaillaient avec succès, sinon à l'extirper d'un pays où elle faisait comme partie des mœurs, du moins à en atténuer les tristes conséquences. Conférer le baptême et ouvrir les portes du Ciel au plus grand nombre possible de ces pauvres et innocentes victimes de la misère, de la débauche, de la superstition, tel fut, dès le commencement du dix-septième siècle, l'un des premiers et principaux soins des Jésuites et des autres apôtres qui, à cette époque, avaient pu s'établir en Chine. La chrétienté de Nanking venait à peine d'être fondée par le P. Ricci, les néophytes de cette ville allaient, tous les jours, à la recherche des enfants abandonnés, qu'on rencontrait, dans les campagnes et dans les rues de la cité, demimorts de faim ou à moitié dévorés par les chiens, et versaient sur leur front l'eau qui régénérait leur âme*.

Au siècle suivant, cette œuvre admirable du baptême des enfants moribonds a déjà pris une assez grande extension et reçu un commencement d'organisation régulière. Le 26 juillet i726, le P. d' Entrecolles, missionnaire de Pékin, écrivait au P. du Halde les lignes suivantes : « J'exhorte sans cesse mes néophytes à baptiser

I. « Illud erat prsecipuum ut christiani Nankienses conquirerent et vitali aspergèrent aqua infantes quos iinpiae matres, sive inopia, sive educandi taedio exponebant. Plerique reperiebantur famé propemodum enecti, nonnulli a canibus jam semesi. » Cordara, Historia Societatis Jesu, pars vi, lib. VII, p. 407, cité par le P. Palâtre, op. cit., p. 119, note 2.

les jeunes enfants qui se trouvent dans le danger évident d'une mort prochaine; outre les catéchistes, entretenus par les aumônes qui nous viennent d'Europe pour une œuvre si sainte, je consacre volontiers une partie de l'argent qui m'est destiné à aider les chrétiens dont je connais le zèle, afin qu'ils ne plaignent point le temps qu'ils emploient à une fonction si charitable. A l'égard des autres qui n^ont pas besoin d'un pareil secours, je leur fais sentir l'obligation où ils sont d'épier les occasions qui se présentent d'assurer par le baptême le salut de ces enfants moribonds 1. » On le voit, la pitié des fidèles de l'Europe s'était émue dès lors à la vue d'infortunes si touchantes, et les aumônes de la charité catholique avaient déjà traversé les mers, pour venir au secours de l'enfance abandonnée de la Chine. Le missionnaire jésuite, que nous venons de citer, nous apprend qu'une riche dame anglaise, qui voulait que sa main droite ignorât les bienfaits de sa main gauche, lui faisait parvenir à Pékin des sommes abondantes, spécialement destinées à cette œuvre des baptêmes, et dont elle dissimulait avec soin l'origine sous le voile d'un impénétrable anonyme. Voulant lui témoigner sa reconnaissance et ne sachant où lui en adresser l'expression, il a inséré ses remerciements dans les Lettres édifiantes, qui nous ont conservé un si bel exemple de zèle et de charité chrétienne, et nous offrent, dans les mêmes pages, de nouveaux et précieux renseignements sur les misères dont nous parlons et sur les efforts tentés à cette époque pour y porter remède.

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