‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 9 sur 144 · Ibid., p. 74, lettre XXXIX, à M. de Ponchâteau, 5 février · texte numérisé non relu

Ibid., p. 74, lettre XXXIX, à M. de Ponchâteau, 5 février

les novices des lazaristes de Lyon, il ne serait pas impossible que François-Régis eût d'abord séjourné quelque temps au grand séminaire de Grenoble et commencé sa théologie sous la conduite des fils du cardinal de Bérulle. Mais nous inclinerions surtout à penser qu'il fit, au moins en partie, ses études classiques à Saint-Martin-de-Miséré. Sa vocation à l'état ecclésiastique dut se manifester de bonne heure. Ses parents, si pieux et que l'appel dont leur fils était l'objet remplissait d'une sainte joie, ne firent, à coup sûr, aucune difficulté de le confier aux oratoriens de Saint-Martin, et de le mettre ainsi, dès ses premières années, sur la voie qui conduit le plus directement au sanctuaire. Peut-être avait-il été, tout d'abord, rejoindre ses frères au collège de Grenoble; puis le changement de direction qui s'y produisit, au moment où François-Régis, entrant dans sa quinzième année, commençait à prendre possession de lui-même et à envisager l'avenir avec plus de réflexion et de maturité,

1673 : « J'ai fini mes visites par celle d'un chapitre de mon diocèse, nommé Saint-Martin-de-Miséré, fondé par saint Hugues... Je les ai fait consentir à souffrir que j'y établisse mon séminaire... Je vais bâtir trois corps de logis, un pour l'éducation des jeunes enfants, un pour les vieux prêtres sans bien ou sans savoir, et un troisième pour la théologie... » — Cf., p. go, lettre XLVj au miême, 28 février 1673 : « Je reviens d'un séminaire que je fais bâtir à une lieue de Grenoble ; il m'en coûtera plus de 20 000 livres.... » — La lettre LVI, citée dans la note précédente et qui est adressée au R. P. de Sainte-Marthe, oratorien, à la date du i3 janvier 1674, nous apprend que le cardinal, cédant au désir des Pères de cette congrégation, avait renoncé à bâtir son grand séminaire à Saint- Martin-de-Miséré, à côté du petit séminaire, et consenti à ce qu'il fût établi à Grenoble : «Je ne puis m'empêcher, dit le prélat, de vous témoigner ma joie extrême de ce que vous avez bien voulu accepter la conduite de mon séminaire. En le mettant à Grenoble, tous les prêtres de la ville en profiteront. »

aurait engagé ses parents à l'envoyer dans une maison, où ses religieuses aspirations trouveraient une satisfaction plus complète et où il ferait comme un premier apprentissage du saint état auquel il se sentait appelé. Quoi qu'il en soit, ses études furent sérieuses et fortes. Il avait, entre ses contemporains, la réputation d'un humaniste hors ligne, surtout d'un latiniste accompli, réputation qui lui survécut jusque vers le milieu de ce siècle, parmi les représentants de l'ancien clergé dauphinois. La lecture des lettres qu'on a conservées de lui ne la dément pas. Écrites sans aucune prétention littéraire, elles sont d'un style sobre, ferme, parfaitement clair, qui fait honneur à son goût; on y rencontre çà et là des réminiscences classiques, qui attestent la culture de son intelligence; on y reconnaît enfin partout, à la justesse des pensées, à la modération des jugements, à la délicatesse et à l'élévation des sentiments, l'empreinte de cette sage et féconde discipline scolaire d'autrefois, qui a formé tant de bons et grands esprits, qui visait avant tout à développer dans une juste harmonie, en les ornant avec mesure, toutes les facultés de l'homme, et qui se résume dans ce bel ensemble de connaissances et d'études qu'on a si bien nommé les humanités. Plusieurs de ces lettres sont en latin. Hâtons-nous de l'avouer : celles-ci n'ont rien de cicéronien. Le saint missionnaire ne s'interdit ni les expressions ni les tours inusités au siècle d'Auguste; il ne fait pas une œuvre d'art; il cherche seulement à être compris, et il dit admirablement tout ce qu'il veut dire. Sous sa plume, l'idiome des anciens Romains s'assouplit et s'adapte à merveille à tous les

besoins d'une correspondance qui roule, en très grande partie, sur des cas de conscience à résoudre ou sur des détails d'administration temporelle et presque de ménage. Pour lui, comme pour les écrivains ecclésiastiques du moyen âge, le latin n'est plus une langue morte qu'on parle avec effort, en faisant appel à ses souvenirs et en s'inspirant de ses lectures : c'est véritablement une langue vivante qu'il semble avoir apprise par l'usage, et qu'il manie avec autant de facilité, on serait même tenté de dire, plus volontiers que sa langue maternelle i.

François-Régis ne dut pas seulement aux maîtres de sa jeunesse le développement de ses belles et solides qualités d'esprit. Le mâle et salutaire régime en vigueur dans les collèges du temps, particulièrement dans ceux de l'Oratoire, lui fit prendre ou affermit au moins en lui ces habitudes de vie laborieuse et austère, qu'il conserva jusqu'à son dernier jour. Il se plaisait même à les faire adopter aux autres, s'il faut en croire un de ces précieux souvenirs de famille, que nous nous reprocherions de passer sous silence. Il fut, paraît-il, par occasion, le précepteur d'un de ses neveux, d'un des fils de sa sœur Françoise-Julie, mariée à son cousin germain François-Alexis Clet, lequel avait hérité de son père la charge de notaire royal de Varces. C'était pendant les vacances de l'enfant et, sans doute, à une époque où le Vénérable, alors directeur au grand séminaire d'Annecy 2, était venu faire un court séjour parmi les

I. Ecrivant, le 23 janvier 1809, à son confrère chinois, M. Song, ce n'est qu'au milieu de la lettre qu'il se souvient que celui-ci est désormais en état de lire couramment le français et qu'il cesse de lui parler latin, 2. L'enfant dont il s'agit était sans doute l'un des trois premiers fils

siens. Pour travailler ensemble, l'oncle et le neveu se levaient tous les jours à quatre heures du matin. On conserve encore, comme des reliques de grand prix, à Coublevie, près de Voiron, chez les arrière-neveux du missionnaire, la table et la lampe dont il se servait pour ses matinales leçons. La table est des plus simples, et la lampe, tout à fait élémentaire, celle qui, de temps immémorial, était en usage dans le Dauphiné : un godet contenant de l'eau et de l'huile, avec une mèche sur un morceau de sel gemme, le tout posé sur un support de bois. On raconte que le neveu, l'élève du martyr, lorsqu'il fut devenu père de famille, s'il rencontrait chez ses fils^ un peu d'indolence ou de paresse, les amenait devant ces objets vénérés, et leur disait avec émotion : « Vous regardez comme trop pénible le règlement des collèges d'aujourd'hui. Eh bien! moi, quand je n'avais que dix ans, je me levais, pendant mes vacances, à quatre heures, pour écouter les leçons de mon oncle, qui, malgré sa grande bonté, ne trouvait pas mauvais que je m'éveillasse si matin dans un âge si tendre. Voici la table et la lampe qui nous servaient alors. »

Ses études classiques terminées, François-Régis n'hésita pas sur le choix d'une carrière. Depuis longtemps déjà, il s'était donné à Dieu ; tous ses efforts, comme tous ses désirs, dès son plus jeune âge, n'avaient cessé de tendre vers le but qu'il voyait maintenant bien près

de François-Alexis : le premier naquit en 1771; le second en 1772; le troisième en 1773. Il aurait eu environ dix ans lors du fait en question ; et le Vénérable fut, comme on sait, directeur au grand séminaire d'Annecy, de 1773 à 1788.

I. L'un de ces fils était précisément M. Emile Clet, de qui nous tenons ces détails.

de lui ; et, le jour où il reçut l'onction sacerdotale, on aurait pu lui répéter les paroles que saint Vincent de Paul adressait à un diacre de sa congrégation, sur le point de monter à l'autel : « C'est pour parvenir au saint ordre de la prêtrise, que vous avez fait quasi tout ce que vous avez fait depuis que vous êtes au monde ^ »

Mais ce n'était pas assez pour ce jeune cœur épris de perfection, de se lier au service deVDieu par les engagements qu'il aurait pu contracter dans les rangs du clergé séculier. Nous avons vu avec quelle sainte contagion l'attrait de la vie religieuse se faisait sentir dans cette pieuse famille à la foi et aux mœurs antiques. Déjà, il y avait près de quinze ans, sa sœur Anne avait pris l'habit des filles de sainte Thérèse, au Carmel de Grenoble ; le 22 juillet 1764, son frère François avait fait profession à la chartreuse de Valbonne, près de Pont-Saint-Esprit; quelques années plus tôt, son cousin germain, Gaspard Glet, était entré dans l'ordre des Augustins réformés. G'est vers une congrégation de date plus récente, appliquée au ministère actif, que François-Régis se sentit attiré. Depuis longtemps, les lazaristes étaient connus et aimés dans le Dauphiné. Du vivant même de saint Vincent de Paul, ils y avaient donné plusieurs missions 2; au dix-huitième siècle, les archevêques de Vienne et les évêques de Grenoble avaient eu, maintes fois, recours à leur

1. Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 272, lettre du i5 décembre

2. Voir le Summarium de la cause de la béatification de saint Vincent de Paul, p. 3i : déposition de Pierre ChoUier, ancien secrétaire du serviteur de DieUj qui déclare avoir rédigé un registre des missions données, par les prêtres de Saint-Lazare, sous saint Vincent de Paul, parmi lesquelles se trouvaient, notamment, celles qui furent faites, dans le Dauphiné, du mois de mai au mois de décembre lôSy.

zèle^. D'ailleurs, l'esprit du saint qui n'appelait jamais sa famille religieuse que « la petite compagnie », et qui disait de la vertu de simplicité : « C'est la vertu que j'aime davantage et à laquelle, ce me semble, je m'attache le plus dans mes actions^ », devait plaire à cette âme si droite et si modeste, ennemie de tout faste comme de tout artifice. Le 6 mars 1769, François-Régis arrivait à Lyon et frappait à la porte de la résidence des prêtres de la Mission, qui s'élève encore aujourd'hui sur le penchant du coteau de Fourvières et porte toujours, quoiqu'elle ait changé de destination, le nom de Maison des La:{aristes. Les fils de saint Vincent de Paul y avaient un séminaire interne, ou noviciat : c'est là que, au bout des deux années d'épreuve exigées par la règle, le 18 mars 1771, il prononça ses vœux ^, et devint membre de cette congrégation qu'il devait servir par ses talents, édifier par ses vertus, glorifier par sa mort.

L'avant-veille de ce jour, le 16 mars, samedi des Quatre- Temps du carême, il avait reçu la tonsure au séminaire de Saint-Charles, des mains de Mgr Jean-Baptiste Bron, évêque in partibus d'Egée, vicaire général de l'archevêque de Lyon, Mgr Malvin de Montazet. Ce fut encore le même prélat qui, l'année suivante, lui conféra, le 4 avril, les ordres mineurs, le i3 juin le sous-diaconat, le ig décembre le diaconat, et enfin l'ordonna prêtre le 1 7 mars 17734. Aucun détail ne nous est -parvenu sur le temps de

1. Archives du Rhône, fonds des Lazaristes : Mémoires de dépenses pour les missions du diocèse de Grenoble, 1732-1741.

2. LetU-es de saint Vincent de Paul, t. I, p. 93, lettre du 6 novembre

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