I. Cette lettre est datée de Pékin, le 19 octobre
cette récolte est plus ou moins abondante, à proportion du nombre de catéchistes que nous pouvons entretenir. Si nous en avions un nombre suffisant, leurs soins ne s'étendraient pas seulement aux enfants moribonds qu'on expose ; ils auraient encore d'autres occasions d'exercer leur zèle, surtout en certains temps de l'année que la petite vérole ou des maladies populaires enlèvent une quantité incroyable de petits enfants. Quelques libéralités, faites à propos, engageraient les médecins chinois à se laisser accompagner par un catéchiste, qui aurait par là une entrée libre dans les différentes maisons où les médecins sont appelés. On gagnerait de même des sages-femmes infidèles, qui permettraient à des filles chrétiennes de les suivre. Il arrive souvent que les Chinois, se trouvant hors d'état de nourrir une nombreuse famille, ordonnent aux sages-femmes d'étouffer dans un bassin plein d'eau les petites filles, aussitôt qu'elles sont nées. Ainsi, ces tristes victimes de l'indigence de leurs parents trouveraient la vie éternelle dans ces mêmes eaux qui leur ôtent une vie courte et périssable. Le croirez-vous. Madame, que nous avons su gagner un prêtre des idoles, et l'intéresser dans une œuvre si sainte ? C'est forcer, en quelque sorte, le démon à coopérer au salut des âmes. Nous y avons réussi, après bien des difficultés que notre patience nous a fait surmonter. Le bonze dont je parle préside à un temple situé dans le quartier le plus grand et le plus peuplé de Pékin ; c'est là qu'on rassemble, chaque jour, les petits enfants exposés dans le quartier. Moyennant une somme d'argent, que nous donnons chaque mois au bonze, un catéchiste a la permission d'entrer tous les
jours dans le temple, d'en parcourir tous les endroits et d'y exercer librement ses fonctions ^... »
A côté des Pères jésuites, les membres de la Société des Missions étrangères se signalaient par leur zèle à procurer, dans les provinces qui leur étaient confiées, la grâce de la régénération aux enfants abandonnés. L'un de ces admirables apôtres a particulièrement attaché son nom à cette œuvre des baptêmes qui, depuis plus d'un demi-siècle déjà, provoquait tant de dévouements en Chine et tant de sympathies en Europe. Venu dans ces missions de l'Extrême Orient, vingt ans seulement avant le vénérable Clet, M. Moye, qui devait mourir en odeur de sainteté, exerçait le saint ministère au Su-tchuen, lorsque, en 1778, une horrible famine bientôt suivie de la peste désola cette province: « Il prévit bien, dit l'historien de sa vie 2, que les enfants seraient en grand nombre parmi les victimes de ce double fléau, et il crut qu'il était de son devoir de cueillir l'abondante moisson qui se préparait pour le Ciel. La famine et la peste frappaient partout à la fois, et il fallait régler, organiser ce ministère de charité, pour qu'il produisît tous les effets qu'on pouvait en attendre. En cette conjoncture, il se souvint de ces femmes pieuses, de ces vierges ferventes ^, qui étaient la gloire et ^ornement de ses chrétientés, et il résolut de les employer à l'œuvre sainte du baptême des enfants moribonds. Elles répondirent