‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 91 sur 144 · Lettres édifiantes, t. XXIX, édit. 1802, p · texte numérisé non relu

Lettres édifiantes, t. XXIX, édit. 1802, p

2. Vie de M. l'abbé Moye, de la Société des Missions étrangères, par M. l'abbé Marchai (depuis archevêque de Bourges), p. 354 ^t sq.

3v Sur l'institut des vierges chrétiennes en Chine et en particulier au Su-tchuen, voir la Mission du Su-tchuen au dix-huitième siècle, par L. Guiot; Paris, Téqui, libraire-éditeur, 1892, p. 334etsq.

avec un généreux empressement à son appel. On les vit en grand nombre descendre de la montagne dans la plaine et dans les villes, où le fléau sévissait avec le plus de fureur. M. Moye avait soin de pourvoir à leur subsistance, mais souvent il était prévenu par la charité de leurs familles. Aussi frugales et aussi mortifiées qu'elles étaient zélées et courageuses, elles n'emportaient d'autres provisions que quelques gâteaux de maïs, et elles allaient ainsi jusqu'à plusieurs journées de leurs habitations, recherchant les enfants malades ou abandonnés et leur administrant le baptême. Il arrivait souvent que les païens eux-mêmes, poussés par un sentiment dont ils ne se rendaient pas compte, leur apportaient leurs enfants malades et les priaient de les baptiser. »

Le désintéressement, le zèle de ces vierges, dignes émules des femmes de l'Évangile ou des chrétiennes des temps apostoHques, fut visiblement béni du Ciel. En moins de deux ans, dans un seul district de la province du Su-tchuen, vingt-quatre mille enfants reçurent le saint baptême. L'infatigable M. Moye résolut de ne pas s'en tenir à ce premier succès et ne voulut y voir qu'une invitation de la Providence, qui l'appelait à constituer d'une manière définitive et à établir « sur des bases plus larges et plus solides une œuvre qui portait remède à l'une des plaies les plus profondes de la société chinoise et qui entrait dans les vues du Saint-Siège. Aussi, continue son biographe , en rendant compte de sa conduite à la Sacrée Congrégation de la Propagande, disait-il que l'œuvre de la recherche et du baptême des enfants moribonds ou abandonnés ne devait pas finir avec les calamités qui lui avaient donné tout

à coup un immense développement. Il pouvait compter sur le zèle et le désintéressement des femmes pieuses qu'il avait employées à ce ministère, mais il fallait néanmoins pourvoir à leur subsistance, et pour cela d'abondantes aumônes étaient indispensables. Non content de recourir à la charité de ses amis, qui ne lui manquait jamais , il résolut de s'adresser à tous ceux qui avaient du zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et de provoquer, s'il était possible, un mouvement général en faveur des enfants chinois moribonds ou abandonnés. Dans cette vue , il rédigea un Avis aux âmes charitables d'Europe. Nous ignorons quelle publicité fut donnée à cet avis, mais il fut accueilli avec faveur à Metz ^ et dans les lieux

I. M. Moye était né dans le diocèse de Metz, le 27 janvier lySo. — Voici le texte de VAvis aux âmes charitables d'Europe, inséré dans les Annales de la Sainte-Enfance, t. X, p. i83 et sq. : « 7 octobre 1779, en Chine. — J'ai rapporté dans ma relation comment, dans une famine et peste qui vient d'affliger cette partie orientale, par un miracle ou plutôt mille miracles de la Providence et de la miséricorde divine, qui accompagne presque toujours la justice, nos chrétiens avaient baptisé 24 000 enfants ; nous en compterions bien 26 ou 27 000 ; mais parce que plusieurs ont peut-être été baptisés deux fois, sans le savoir, tenons-nous-en à 24000, sans comprendre ceux qui ont été baptisés par les soins de M. Hamel, dans les endroits qu'il a administrés. Ce sont surtout les femmes qui se sont distinguées dans cette bonne œuvre. Maintenant que l'abondance est revenue après une bonne récolte, et que les maladies cessent, voilà nos zélatrices désœuvrées ; cependant leur zèle n'est point ralenti : plus on fait de bien, plus on en veut faire. Certes, j'ai remarqué en elles, pour cela, des forces et un courage surnaturels. Elles sont encore toutes prêtes d'aller partout où je les enverrai. Il y en a même qui me proposent d'aller à vingt journées d'ici, dans une ville de second ordre, noiïimée Ta-tchéou; toutes vivent de leur travail, excepté la tante de cette maison; elles ne demandent cependant pas de dédommagement pour l'interruption de leur travail, ni rien pour l'habillement; elles se contentent du simple viatique, et elles le ménagent tant qu'elles peuvent : sans cela, comment aurais-je pu faire dans

où M. Moye était connu. Sa requête en faveur des enfants à qui il voulait procurer le baptême parvint en France vers le mois de juin 1780, et déjà l'année suivante il recevait des secours si abondants , qu'il pouvait disposer de l'importante somme de douze mille francs en faveur de l'un de ses confrères chargé de l'administration d'un autre district du Su-tchuen. »

Lorsqu'on lit les pages que nous venons de citer, ne croit-on pas avoir sous les yeux comme une ébauche de l'une des œuvres de zèle et de charité qui font le plus d'honneur au dix-neuvième siècle ? Ces vingt-quatre mille enfants, baptisés au Su-tchuen par les soins de M. Moye et de ses généreuses coopératrices, ne sont-ce point les prémices de cette moisson d^innombrables petits anges que chaque année, depuis un demi-siècle, l'œuvre de la Sainte-Enfance envoie au ciel? Ces secours abondants, que cet homme de Dieu recevait d'Europe en réponse à son Avis aux aines charitables^ ne sont-ils

cette famine où le riz se vendait dix fois plus qu'à l'ordinaire? Or, il est à remarquer qu'en Chine il y a partout quantité d'enfants malades et en danger de mort. Il est vrai qu'elles ont parcouru les villes de cette partie, à quatre, ou cinq, ou dix journées à la ronde ; mais on pourrait les envoyer plus loin, et il y aura bientôt de nouveaux enfants nés. Ainsi, je puis promettre, avec l'aide de Dieu, qui ne nous abandonnera pas, j'espère, que si on m'envoie d'Europe, tous les ans, i ooo livres pour cette bonne œuvre, je ferai baptiser, chaque année, au moins i ooo enfants, peut-être 2 000 ou 3 000 ou 4 000; mais quand ce ne serait qu'un mille : acheter et sauver une âme au prix de 20 sols, c'est l'acheter bon marché; et par ce moyen les bonnes âmes d'Europe auront part à cette bonne œuvre et multiplieront tous les jours le nombre de leurs intercesseurs dans le ciel. Si on ne nous envoie point d'argent, au moins qu'on nous aide par de ferventes prières, et la Providence suppléera à tout. « Moye,

« prêtre et missionnaire apostolique à la province du Su-tchuen, en Chine. »

pas comme un des premiers acomptes de ces millions que tous les ans, la même association recueille, sou par sou, dans le monde entier? Les premières assises de cette institution, aujourd'hui si prospère, ont été lentement et courageusement posées par les missionnaires dont nous venons de rappeler à grands traits les travaux, et parmi lesquels il convient de ranger, et non pas à la dernière place, le vénérable Clet. Celle de ses circulaires qui nous est parvenue en entier et que nous avons traduite 1 nous montre tout le prix qu'il attachait au salut des petits païens abandonnés ou moribonds, tous les soins qu'il prenait pour l'assurer, en stimulant le zèle de ses confrères comme celui des fidèles, en leur suggérant à tous de pieuses industries, encore en usage aujourd'hui parmi les baptiseurs de la Sainte-Enfance , et qui devaient déjouer l'hostilité, la défiance des parents idolâtres. Nous pouvons donc le regarder, à bon droit, comme l'un des précurseurs de Mgr de Forbin-Janson^,

1. Nous pourrions citer encore une lettre latine à M. Song, sans date, où nous lisons : « Cura ut omnes Christian! sciant baptizare, sed, in quovis districtu constitue unum aut alterum, et etiam mulierem, bene perltos^ quorum munus sit baptizandi omnes pueros statim moraliter post ortum suum.» — Nous avons pu voir aussi un cahier manuscrit de cent pages, tout entier de sa main, à l'exception de six pages d'une écriture inconnue, et qui a pour titre : Catalogiis bapti:^at07^um. On y trouve le relevé exact des baptêmes conférés par le Vénérable, de 1797 à i8o3; mais il n'y est question que d'enfants nés de parents chrétiens ou d'adultes convertis.

2. On sait que c'est Mgr Forbin-Janson, évéque de Nancy, qui fonda, au mois de mai 1843, l'Œuvre de la Sainte-Enfance, qui a pour but le baptême, le rachat et l'éducation chrétienne des enfants nés de parents infidèles, en Chine ou dans les autres pays infidèles. — Le rapprochement que nous venons de faire entre cette œuvre et le zèle de M. Clet pour le baptême des enfants païens n'est pas nouveau. Il se trouve dans une lettre de Mgr Delaplace, de l'autorité duquel nous sommes heureux de

et pourquoi ne pas l'ajouter, comme l'un des protecteurs, des patrons de l'œuvre bénie dont ce pieux et grand évêque dota l'Église au milieu de notre siècle 1.

pouvoir nous prévaloir. Ce prélat, alors simple missionnaire, envoyait précisément, le 24 juin i85i, à M. Etienne, l'original de la belle circulaire de M. Clet que nous venons de citer, et il lui écrivait : « Au n° 2 de cette circulaire, se trouve un long alinéa sur le baptême des enfants païens en danger de mort. Je fais cette remarque, parce que je viens d'apprendre que l'Œuvre de la Sainte-Enfance est ressuscitée et que notre supérieur général est membre du conseil central de l'œuvre. Vous ne lirez donc pas sans intérêts ces lignes où le zèle de M. Clet se montre si urgent, sa charité si tendre, sa sollicitude si ingénieuse et si prévoyante. J'ai entre les mains quantité de lettres originales adressées par notre martyr à tel ou tel, sur telles ou telles questions. Je trouve partout dans M. Clet une condescendance admirable: il ne dit presque jamais que comme saint Vincent : in quantum Jîeri possit (autant que faire se peut). Sur la seule question des enfants à baptiser, l'expression devient impitoyable ; par exemple, ces deux mots : ut omnes nërvos adhibeatis (travaillez de toutes vos forces), je ne les trouve qu'une seule fois dans cette collection de trente-cinq à quarante lettres, et s'ils sont écrits, c'est pour que les chrétiens alacriores se exhibeant in bapti^andis piteris (soient plus ardents à donner le baptême aux enfants)... » Annales de la Congrégation de la Mission, t. XVII, p. 7 et sq.

I. Sur l'infanticide en Chine, voir, outre les ouvrages précédemment cités sur ce sujet : V Infanticide en Chine, par le R. P. Largent, de l'Oratoire, Paris, i885 ; Vie de Mgr Danicourt, par M. E.-J. Danicourt, Paris, Poussielgue, 188g; l'ouvrage, cité plus haut, sur la Mission du Sutchuen au dix-huitième siècle, par M. Guiot; enfin, les Annales de l'Œuvre de la Sainte-Enfance, passim.

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