CHAPITRE VIII
Nouvelle persécution en 1811 ; lettres allégoriques du Vénérable ; dévastation de sa résidence, — Ses dernières épreuves ; mort de M. Dumazel. — Persécution de 1818; arrestation de M. Clet.
Lorsque le vénérable Clet écrivait ces belles circulaires, que nous avons citées et qui sont un si précieux témoignage de son amour pour les âmes, de son active sollicitude pour les intérêts de son troupeau, on était aii lendemain d'une nouvelle persécution, qui avait ébranlé, une fois de plus, les chrétientés de Pékin, jeté l'alarme dans celles des provinces et ajouté encore aux entraves que les missionnaires rencontraient dans l'exercice de leurs fonctions. Comme en i8o5, c'était un événement tout fortuit et, en lui-même, d'assez mince importance qui, au commencement de 181 1, avait servi de prétexte à la haine des ennemis de la religion et déchaîné l'orage. Au mois de février de cette année, un missionnaire chinois fut arrêté au Chan-si. Les papiers que l'on trouva sur lui contenaient l'énumération des pouvoirs qu'il tenait du vicaire apostolique de la province et le nom des districts où il devait exercer le saint ministère. C'en fut assez pour éveiller les soupçons des mandarins qui, n'ayant aucune idée d'un pouvoir purement spirituel, virent, dans les facultés accordées par un évêque à ses prêtres de remettre tel ou tel péché, autant d'empiétements sur le pouvoir judiciaire^ et, dans ce partage des districts d'une circonscription ecclésiastique
entre plusieurs missionnaires, une tentative des Européens pour substituer aux gouverneurs des provinces ou des villes, de nouveaux fonctionnaires de leur choix et se rendre ainsi peu à peu maîtres absolus de l'Empire. On se crut alors sur les traces d'un vaste complot, ourdi contre la dynastie régnante et dont tous les fils devaient se réunir entre les mains des missionnaires de Pékin ; car ce prêtre indigène, récemment fait prisonnier, avait déclaré qu'il avait été ordonné par l'évêque de cette ville et qu'il avait reçu de lui sa destination pour le vicariat apostolique du Chan-si. Ce fut donc contre les églises de la capitale que le gouvernement dirigea ses premiers coups. Un ordre impérial fut publié, qui exilait de Pékin et renvoyait dans leur pays tous les Européens, à l'exception de ceux qui étaient membres du Tribunal des Mathématiques. Trois missionnaires portugais, attachés à l'église du Nam-tang ou du quartier méridional, étaient seuls investis de cette dignité.
Le départ des prêtres appartenant aux autres nations de l'Europe devait entraîner la fermeture et la ruine des trois églises du Pé-tang^ du Tong-tang^ et du Sitang^^ desservies, la première par les Français, les deux dernières par les Espagnols et les Italiens. Ceux-ci, missionnaires de la Propagande et chargés de l'établissement du Si-tang^ se mirent immédiatement en devoir d'obéir à l'édit, et^ dans leur persuasion que toute résistance était au moins inutile, se préparèrent à abandonner leur résidence et leur troupeau. Les Lazaristes du Pé-