Ou quartier de l'ouest
tang les engageaient à différer toute résolution définitive : ils leur représentaient qu'il suffisait d'un de ces revirements si fréquents dans les dispositions de l'empereur et de son entourage pour changer la face des choses; ils leur rappelaient quel avait été invariablement le cours des persécutions antérieures, toujours marquées au début par beaucoup de violence, surtout par beaucoup de bruit, et qui avaient fini, parfois même sans motif apparent, par se ralentir, puis par s'éteindre tout à fait; ils ajoutaient enfin qu'ils étaient bien décidés, quant à eux, à tenir bon et à rester jusqu'à la dernière extrémité. L'événement leur donna raison. Ils réclamèrent avec vigueur, dans un mémoire adressé à l'empereur, contre les calomnies dont les missionnaires et les chrétiens avaient été l'objet, et l'ordre d'exil fut bientôt révoqué. L'établissement du Pé-tang n'avait jamais fermé ses portes : en dépit de la persécution, les deux grandes retraites annuelles y eurent lieu comme d'habitude, et les exercices du séminaire interne ne furent pas un moment interrompus. Néanmoins, les missionnaires italiens persistèrent dans leur détermination : l'avenir leur semblait trop menaçant; au reste, leurs préparatifs de départ étaient achevés; leur église et leur maison avaient été mises en vente : à défaut d'autre acquéreur l'empereur les acheta de ses deniers, et les fit entièrement raser aussitôt que leurs anciens propriétaires furent sortis de la ville. « Cette destruction nous a fait une telle peine, écrivait peu après un missionnaire portugais, que nous n'osons encore passer par ce quartierlà, pour ne pas voir une semblable désolation. La chose serait encore pire, si l'on n'avait conservé le mur de la
rue, qui cache la destruction intérieure ^ » Ces divers événements venaient à peine de se produire , lorsque M. Clet y faisait allusion dans une de ses lettres, ajoutant à ce que nous en savons déjà quelques détails nouveaux, et recouvrant le tout, par prudence, d'un voile allégorique, qu'il nous est, d'ailleurs, bien facile de percer. M. Song avait appris la crise que venaient de subir les chrétientés de la capitale et on lui avait fait craindre, paraît-il, qu'elle ne se fût étendue jusqu'aux provinces et qu'elle n'eût atteint déjà M. Clet, au milieu de ses montagnes. Celui-ci le rassure, mais non sans laisser voir qu'il ne fait pas beaucoup de fond sur le calme dont il jouit pour le moment et que le moindre souffle contraire pourrait suffire à troubler. « On vous a épouvanté mal à propos à notre occasion, lui écrit-il. Nous sommes tranquilles à la maison. Le mandarin du hien"^ n'a, jusqu'à présent, point publié le
1. Lettre de M. Richenet à M. Chaumont, du 23 décembre 1812. — Nous avons emprunté les détails qui précèdent à cette lettre, à une autre du même au même, en date du ib mars 1812, et à un très intéressant mémoire dans lequel M. Hanon, vicaire général de la Congrégation de la Mission, a résumé la correspondance qu'il recevait de la Chine, en ces années.
2. Les villes chinoises sont généralement distribuées en trois ordres principaux; pour les distinguer, les Chinois ajoutent au nom propre de ces villes le mot fou, lorsqu'elles sont du premier ordre; le mot tcheou, lorsqu'elles sont du deuxième ; le mot hien, lorsqu'elles sont du troisième. Ces désinences servent aussi à désigner l'étendue du ressort ou de la juridiction de ces différentes catégories de villes, dont la première répondrait à peu près à nos préfectures, la deuxième à nos souspréfectures, la troisième à nos chefs-lieux de canton. Ajoutons qu'après ces trois premières classes de cités, viennent plusieurs espèces de bourgs d'un rang inférieur : les tching, centres assez importants de commerce ; les tchin, encore considérables, mais moins marchands; les tchang et les chi, villes également commerçantes, et enfin les tsun et les y, simples villages, mais qui, malgré la modeste appellation qui les dé-
décret impérial contre les pasteurs et leurs brebis. Aussi, chez nous, tout va son train à l'ordinaire. On n'est pas toutefois sans crainte. Le négoce de Babylone^ s'en va chancelant. La boutique occidentale- est fermée; les facteurs ont tout vendu et se sont retirés de leur propre mouvement. La boutique orientale et méridionale' ont aussi vendu tous leurs effets, et les facteurs se tiennent prêts à partir au premier signal. La boutique septentrionale* va son train ordinaire; elle a seulement renvoyé un de ses élèves à raison de sa santé. Elle a même envoyé quelque argent pour soutenir son commerce intérieur^ qui, sans ce secours, n'aurait guère pu subsister. Je vous enverrais actuellement un petit subside, pour soutenir votre commerce; mais la famine qui règne ici fait que les routes ne sont point sûres, étant remplies de gens ajEfamés qui dépouillent les passants de leurs habits. Ainsi, si vous avez besoin d'argent, empruntez et nous y ferons honneur en temps calme... Le commerce de M. Ho ne va pas : sa boutique est fermée depuis trois mois. Je viens de lui écrire que, si son commerce continuait à ne pas aller, il revînt nous aider à faire le nôtre, qui toutefois n'est pas bien florissant. » Viennent ensuite quelques lignes, que nous avons
signe, sont les plus peuplées de toutes ces localités secondaires. — Voir France et Chine, par M. l'abbé O. Girard, t. I, p. i8o et sq.
1. Ce mot désigne fréquemment Pékin dans la correspondance des missionnaires des deux derniers siècles.
2. L'église du Si-tang, desservie par les missionnaires italiens de la Propagande.
3. Les églises du Tong-tang et du Nam-tang appartenant aux Espagnols et aux Portugais.