M. Clet lui-même
3. Des missionnaires européens avec des missionnaires chinois.
qui se croient au bout du monde, quand ils ont perdu leur clocher de vue. Cependant, en cas de besoin, nous ferons encore flèche du bois que nous avons.
« La crainte de l'interception de nos lettres nous empêche de vous donner une note détaillée des troupeaux de brebis dont nous faisons commerce. J'en ai sous les yeux un tableau qui a été fait, il y a, je crois, quatre ou cinq ans, depuis laquelle époque il a reçu quelque augmentation. Je vous en dis seulement quelque chose, afin que vous soyez un peu au fait de nos richesses. Nous avons sept mille brebis, qui forment soixantetrois troupeaux, dispersés dans dix-sept fou ou hien de la province o\x je réside. A la susdite époque, je ne trouve que cent soixante-douze brebis étrangères, réunies à notre bercail. Tous ces troupeaux sont gouvernés par cinq maîtres pasteurs, qui, eu égard à la distance des lieux, ne peuvent les visiter à propos et ne les voient que trop rarement; d'où il arrive qu'il y a un bon nombre de brebis dévorées par les loups. Nous avons, en outre, dans le Kiang-si, un autre troupeau de quinze cents brebis à peu près, auxquelles il faut envoyer incessamment un pasteur; ainsi, il ne nous en restera ici que quatre. La métropole nous en promet un pour l'année prochaine. Nous avons encore des brebis dans le Tché-kiang^, sur lesquelles je n'ai aucun
I. Nouvelle mission à ajoutera celles que nous connaissons déjà. — Une note, rédigée par M. Richenet et datée de Paris, le 3o juillet 1807, nous donne l'aperçu suivant des missions confiées à M. Clet et à ses collaborateurs : « Les Lazaristes français ont, dans la province du Hou-pé, deux Européens avec plusieurs prêtres chinois. Leur administration est sur plus de 100 lieues de diamètre. Ils ont un autre district dans la province du Ho-nan et dans celle du Kiang-nan, un dans celle du Tchékiang et un autre dans celle du Kiang-si. A défaut d'Européens, ces dis-
renseignement, parce que, dans le court séjour que j'ai fait dans la province voisine, je n'ai pas eu le temps de m'y transporter, et ensuite, on a envoyé, à ma place, un homme impotent, qui, pendant dix ou douze ans de séjour, n'a pu presque faire autre chose que travailler inutilement au recouvrement de sa santé. Nous avons encore, dans le Kiang-nan, plusieurs troupeaux dont j'ignore l'état, parce que l'homme que j'y ai envoyé, il y a plus d'une année, n'est pas encore de retour, et la distance des lieux ne lui a pas permis de me donner de ses nouvelles. Le Ho-nan encore renferme quatre troupeaux, divisés en trois hien fort éloignés les uns des autres, composés en total d'environ trois cents brebis, que j'ai visitées depuis une année; mais leur amélioration dépend d'une prochaine visite. Nous avons enfin, dans les pays montagneux de deux hien du Hou-kouang un assez bon nombre de brebis; mais elles ont été si vexées et si dispersées par les brigands appelés Pe-lienkiaô, que je n'ai pu venir à bout de les visiter : il faudra bien faire de nouvelles tentatives pour leur donner du secours. Si tout cela se trouvait réuni dans deux ou trois hien^ on viendrait à peu près à bout de tout; mais il faut tant perdre de temps en voyages, qu'il n'en reste pas assez pour visiter chaque district tous les ans; et cependant, pour améliorer les choses, il faudrait faire la visite deux fois par an.
« On pourra, en un sens, dire de ma lettre ce qu'on disait des bons ouvrages des anciens, qu'ils sentaient l'huile. Car je^vous écris la nuit, dans la maison d'un
tricts ne sont administrés que par des prêtres chinois formés par les Lazaristes français et dépendant d'eux. »
homme chez qui je suis allé pour l'assister dans ses derniers moments. Ainsi, ma lettre sera certainement plus courte que je n'aurais désiré. Vous vous plaignez que j'écris peu : je l'avoue ; mais souvent, la grande distance où je suis de la route des courriers qui vont dans vos parages et la variété des routes qu'ils prennent pour se rendre chez vous se joignent à ma paresse, pour m'autoriser jusqu'à un certain point dans mon silence. Je souhaite que M. Dumazel soit plus heureux que moi en bonnes occasions et en bonne volonté!... »
Ces allégories, à l'aide desquelles les missionnaires de la Chine essayaient de donner le change aux païens qui auraient pu se saisir de leur correspondance, il n'y avait pas longtemps qu'en Europe les membres survivants et proscrits du clergé français s'étaient vus obligés d'y recourir, pour dérober à la connaissance de leurs ennemis le secret des mesures prises afin d'assurer, autant que possible, aux fidèles les secours de la religion. En regard des pages que nous venons de citer, nous pouvons mettre une lettre, qu'on dirait faite pour leur servir de pendant : nous ne la trouvons pas dans la correspondance de missionnaires perdus, au milieu des païens, sur les plages de l'Extrême Orient; elle est signée d'un évêque français écrivant de Vienne, oii il a cherché un abri contre la tempête, à deux de ses prêtres auxquels il délègue ses pouvoirs et qu'il charge d'administrer en commun son diocèse. Le 29 janvier [796, Mgr de la Fare, évêque de Nancy, adressait à l'abbé Mollevaut^ les lignes suivantes, que le destinataire devait communiquer à son confrère,