I. Lettre du 17 septembre
spirituels qu'ils obtenaient dans leurs districts^. Recevait-il du vicaire apostolique du Chan-si quelque lettre pastorale, il s'empressait de la communiquer aux missionnaires placés sous sa conduite, en leur disant : « Vous savez aussi bien que moi qu'elle vous doit servir de règle dans l'exercice de votre ministère et l'administration des chrétientés 2, » De 1800 à 1802, le vicariat du Ghan-si, n'ayant pas de titulaire, était gouverné par un visiteur apostolique, M. Emmanuel Conforti, missionnaire de la Propagande. Il revient constamment, dans ses lettres, sur l'éloge de M. Glet, et il lui donna une preuve manifeste de sa confiance et de son estime en lui conférant tous les pouvoirs extraordinaires qu'il pouvait communiquer à un simple prêtre , entre autres, celui de confirmer ^, faveur qu'il n'avait le droit
1. Lettre du Vénérable à M. Song, du 17 septembre i8og : a Je vous prie de m'envoyer, par la première occasion, la note des fruits de vos courses apostoliques dans le Chang-tieng-hien ; car^ quand je l'aurai reçue, j'enverrai au vicaire apostolique la note générale de vos fruits et des nôtres. » — Lettre du même au même, du 17 novembre 1809 : a 11 paraît que vovis avez oublié la manière de rendre compte à M. le vicaire apostolique des fruits spirituels de votre administration, puisque deux fois vous ne m'en donnez qu'une note générale. Je vous prie donc de vous gêner un peu pour me donner une note selon le modèle que je vous envoie; j'espère que vous vous prêterez à cet usage et à la prière que je vous fais de vous y conformer comme les autres, et comme il se pratique dans tous les vicariats apostoliques de Chine. »
2. Lettre du Vénérable à M. Song, sans date. Après les lignes que nous venons de citer, le Vénérable ajoute : « Et il est à propos que vous publiiez un certain nombre des décrets qu'elle renferme. Vos lumières vous indiqueront certainement ceux d'entre ces décrets dont il convient de faire part aux chrétiens. »
3. Avec le registre des baptêmes conférés par le Vénérable, registre dont nous avons parlé au chapitre précédent, p. 271, note i, on a conservé un autre cahier, également de la main de M. Clet et à son usage, et qu'il intitule lui-même ; InstrucUo pro simplici sacerdote sacramentumconfirmationis ex Sedis apostolicce delegatione administrante.
d'accorder, dans toute l'étendue de sa juridiction, qu'à deux missionnaires. Après lui, vint Mgr Jean-Baptiste de Madello, vicaire apostolique en titre. Il était, paraîtil, fort prévenu contre les Français, ce qui donne une signification toute particulière au témoignage qu'il rend à la vertu, au mérite du Vénérable, dans une lettre datée du 2 5 février 1804 : « Les œuvres admirables de M. Glet, dit-il, sa prudence, son zèle pour le salut des âmes, n'ont pas besoin qu'un autre les exalte : ces qualités sont assez connues; et bien que quelques Français, venus dans ces derniers temps, m'aient fortement indisposé et que je me sois déclaré ouvertement contre eux, néanmoins, pour celui-ci, je proteste lui accorder toute mon estime. Plût à Dieu que j'eusse vingt missionnaires comme lui ! toutes mes souffrances se changeraient en délices. Je dois ce témoignage à sa vertu. » Bien différent est le jugement que porte sur M. Glet le successeur de Mgr de Madello, l'évêque d'Anthedon, dans une circulaire qu'il regretta vivement plus tard de s'être beaucoup trop hâté de rendre publique. Il y accusait M. Glet de « jouer deux rôles dans une comédie » et concluait en lui retirant les pouvoirs qu'il tenait de la confiance de M. Gonforti et que Mgr de Madello lui avait confirmés. Quelques difficultés survenues entre M. Ghen et un délégué du vicaire apostolique, au sujet de la visite d'une chrétienté; un propos qu'à cette occasion un catéchiste avait laissé échapper et dont le sens avait été dénaturé ; enfin, un désaccord entre les missionnaires de la Propagande et les Lazaristes, relativement à la possession de plusieurs, districts qui, ayant été autrefois administrés, comme l'at-
testèrent les chrétiens de l'endroit, par les Jésuites français, revenaient de droit à leurs compatriotes de Saint-Lazare, tels furent les motifs de l'animosité de l'évêque' d'Anthédon contre M. Glet, qu'on lui avait représenté comme responsable de tout le mal, et comme cherchant à entreprendre sur son autorité et à s'opposer à l'exécution de ses ordres. Trop prompt à prêter l'oreille à des inculpations mal fondées, le digne prélat ne mit pas moins d'empressement, dès que les faits lui furent mieux connus, à rétracter ses paroles et ses actes. Il ne voulut pas, à la vérité, désavouer entièrement les expressions de sa circulaire, et les efforts qu'il fait pour en atténuer la portée trahissent, il faut bien le dire, quelque embarras et n'aboutissent qu'à des explications assez obscures ^ ; mais il n'hésita pas à rapporter sans restriction la mesure disciplinaire qui avait frappé le missionnaire innocent, et il rendit à M. Glet tous ses anciens pouvoirs. Celui-ci méritait d'autant mieux cette réparation qu'il n'avait eu recours, pour l'obtenir, qu'au silence et à la prière. Persuadé, avec l'auteur de Vlmitation, « que celui qui sait se taire et souffrir ne peut manquer d'obtenir l'assistance du Seigneur^», il s'était borné à écrire au vicaire apostolique, pour lui expliquer simplement et humblement sa conduite, et avait instamment prié ses confrères de renoncer
1. Dans une lettre du 23 septembre 180g, où il dit entre autres choses que « par les mots de deux rôles dans une comédie, il n'a nullement pensé traiter M. Clet de comédien, mais que ce n'est qu'une manière commune de parler : jouer deux rôles à la fois, c'est-à-dire faire des choses qui ne s'accordent pas entre elles. »
2. Si tu sais tacere et pati, videbis procul dubio auxilium Domini. {De Imitât ione Christi, u, 2.)
aux démarches et aux réclamations qu'ils voulaient faire en sa faveur. « Ce serait, leur avait-il dit, jeter de l'huile sur le feu, et au contraire nous devons faire tout notre possible pour l'éteindre. » Et il ajoutait : «• J'aime mieux soufifrir que d'avoir certains recours qui ordinairement augmentent le mal au lieu de le détruire *. » Cette fois encore, M. Clet avait trouvé dans l'épreuve ce que sait y trouver un saint, l'occasion d'ajouter à ses mérites et d'affermir son âme dans la patience et dans l'humilité.
D'autres peines l'attendaient dans les dernières années de sa vie. « Une des marques les plus certaines que Dieu a de grands desseins sur une personne, disait saint Vincent de Paul, est quand il lui envoie désolations sur désolations et peines sur peines ^. » Ce témoignage de la prédilection de Dieu pour les âmes de son choix ne devait manquer à aucune période de la carrière du vénérable Clet. Deux ans avant sa mort, il fit une grande et bien sensible perte. M. Dumazel, ce confrère dont il avait si longtemps et si vivement désiré la venue, et qu'il comptait avoir un jour pour successeur, lui fut prématurément enlevé, le i5 décembre 1818. D'une santé délicate, encore affaiblie par la longue et douloureuse maladie dont il relevait à peine lorsqu'il arriva au Hou-kouang, ce bon missionnaire se laissa emporter à des excès de zèle et tint trop peu de compte des sages avis de M. Clet qui, dès le 10 mai 1810, écrivait à son sujet : « Il me paraît d'une santé fort
1. Lettre du Vénérable à M. Ghislain, du 19 août 1810, à laquelle nous empruntons la plupart des détails précédents.