‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de Bordeaux (volume 2)Chapitre 4 sur 12 · VIE DU CARDINAL DE CHEVERD · texte numérisé non relu

VIE DU CARDINAL DE CHEVERD

Voîjserve , c'est, en un mot, le portrait de son âme tout entière ; et c'est soqs ce nouveau point de vue que nous avons à considérer le cardinal de Cheverus , c'est son portrait qui nous reste à tracer. ISous n'avons pu le faire plus tôt, parce qu'appartenant également à toutes les époques de sa vie, ce portrait n'appartient proprement à aucune époque particulière , et nous ne croyons pas devoir le différer plus tard , parce qu'en faisant mieux connaître M. de Cheverus, nous préparerons par là le lecteur à mieux comprendre et l'intérêt si vif qu'il excita pendant sa maladie , et les larmes qu'il fit couler à sa mort, et les regrets qui le suivirent dans la tombe.

La première chose qui frappait dans le cardinal de Cheverus , c'était sa vie réglée , toujours égale et uniforme , quand la charité ou quelque autre devoir ne l'obligeait pas à déroger à ses habitudes. 11 estimait que le désordre dans l'emploi des journées en entraîne nécessairement la perte , fait manquer à bien des devoirs , et indique un caracière sans énergie, incapable de maîtriser les variations du goût, les caprices de l'humeur; comme au contraire il pensait que la vie chrétienne est essentiellement une vie réglée, que ce bel ordre qui prébide à tous les moments du jour , qui fait faire chaque chose en son temps et en son lieu, est une source de paix , de calme et de bonheur pour ceux qui l'observent , un spectacle de vertu et de religion pour ceux qui en sont témoins , une garantie pour raccomplissement de tous les devoirs. Aussi jamais vie ne fut mieux ordonnée que la sienne : il avait contracté dans le cours de son éducation ecclésiastique l'habitude d'une vie de règle , et il la conserva fidèlement jusqu'à la mort. Il se levait toujours de très-grand matin , à quatre heures en été et quatre heures et demie en hiver , ahn de pouvoir faire ses exercices de piété dans le silence de !a paix , sans aucun dérangement du dehors. A six heures, il célébrait la suinte messe , et après son action de grâces , il étudiait l'Ecriture sainte, lisant tous les jours deux chapitres de l'Ancien Testament et deux chapitres «lu Nouveau , en latin, en français, en grec et en anglais ; souvent même il ^n étudiait le lexie

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Telle était la vie réglée que menait tous les jours le cardinal de Cheverus; on n'y trouve point de temps marqué pour recevoir ceux qui avaient à lui parler, parce que regardant la charité comme la première de toutes les règles, il était accessible à tous depuis le moment du lever jusqu'à celui du coucher. Tous les dimanches et jours de fèie , quand il était à Bordeaux, il assistait aux offices de la cathédrale; pendant le carême, il suivait tous jes sermons qu'y dunnait le prédicateur de la station, surtout quand il voyait qu'il réussissait peu ; et il avait en cela deux motifs : le premier , d'inviter par son exemple les paroissiens à y assister; le second, de consoler le prédicateur, autant qu'il était en lui, de la désertion de ses auditeurs.

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à son économe qui voulait lui montrer les travaux qu'il y avait exécutés. S'il parut quelquefois à la maison de campagne de ses séminaires, cène fut que par complaisance, pour ne pas contrister les supérieurs qui l'en avaient prié. L'un d'eux en acquit un jour la preuve ; il exprimait à ce l)ien-aimé prélat combien on serait heureux de le posséder toutes les fois qu'il lui serait agréable de venir s'y promener :« Si je ne viens, lui répondit l'archevêque, que 5> quand la promenade me sera agréable vous ne me verrez » jamais : depuis que je suis prêtre , je n'ai jamais fait un » quart d'heure de promenade pour mon plaisir; je ne » commencerai pas à mon âge. » Par le même motif, à l'exemple de saint Ambroise et de saint Augustin, il s'imposa la loi de n'accepter jamais aucun repas en ville excepté chez ses curés et le jour seulement oii il officiait dans leur église, a Je perdrais, disait-il, la moitié de mon temps, » si je me rendais à toutes les inviiaiions qui me seraient » faites et je ferais des jaloux et des ennemis si j'acceptais » les unes et refusais les autres.» 11 aimait bien mieux son dîner frugal, qui ne lui prenait que quelques moments bien courts , outre qu'il y trouvait l'avantage de pouvoir assurer à ses prêtres et à ses amis que toujours il serait à sa table pour les recevoir. Ainsi le cardinal de Cheverus avait retranché tout ce qui pouvait être un obstacle au bon emploi du temps ; et sa sévérité sur ce point allait si loin, que niême dans ses tournées pastorales , après qu'il avait rempli à l'église les fonctions de son ministère, et fait au dehors les visites de bienséance , il se renlérmait dans sa chambre pour se livrer à l'étude, à sa correspondance ou à la prière, pendant que les prêtres qui l'accompagnaient et le clergé du lieu prenaient un délassement qui leur semblait nécessaire. Chose plus remarquable encore ! Étant arrivé un jour au petit séminaire, par un malentendu, une heure avant l'exercice qu'il devait préï»ider , il aima mieux s'en retourner à pied à l'archevêché qui en est éloigné de vingt minutes , que de passer cette heure dans une conversation peu utile, en attendant le commencement de l'exercice. Il plaignait sincèrement ceux qui, pour couler des

jours heureux, ont besoin de pM0e<4eap» friiules.de lepa».

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