‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de Bordeaux (volume 2)Chapitre 7 sur 12 · rii lui I t . . 1. .. . ., I ..... I . f · texte numérisé non relu

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DF, ClIEVERUS. 245

étaient comptées pour rien, il ne les îaîssait pas même entrevoir, et allait partout où on réclamait sa présence ou son ministère. Quelquefois les demandes se succédaient ou se multipliaient avec une importunité qui eût accablé tout autre ; mais le cardinal se conservait toujours calme , dans un abandon total de sa volonté , prêchant jusqu'à deux ou trois fois par jour plutôt que de faire un refus , se laissant déranger dans sa chambre depuis le malin jusqu'au soir par des visites continuelles et souvent importunes , plutôt que de céder au désir bien naturel de vivre dans la tranquillité et la paix au moins quelques instants. Quand on lui demandait l'heure qui lui convenait le mieux pour une cérémonie : a L'heure qui me convient le mieux , » répondait-il toujours, c'est celle qui convient le mieux 3) aux autres. » Quand à la fin d'une journée où il n'avait pas eu un moment à lui on semblait le plaindre : « La Pro- » vidence a bien fait , répondiiit-il gaiement ^ elle a disposé î) elle-même de tous mes moments ; si elle m'en eût laissé j) de libres, peut-être en aurais-je fait un mauvais emploi. » Et ce n'est pas seulement aux personnes que le cardinal soumettait ainsi sa volonté, il la tenait encore continuellement soumise à tous les événements : parmi toutes les contrariétés qui se rencontrent dans la vie , il était toujours résigné et paisible , ne se plaignait jamais ; et quand il voyait des personnes qui se laissaient aller à l'inquiétude, au dépit , à l'humeur : a Pourquoi vous tourmenter et vous » inquiéter de la sorte? disait-il doucement, il n'arrivera » que ce que Dieu voudra. »

Autant le cardinal était sévère pour lui-même , autant il était indulgent pour les autres , tolérant et bon pour tous. Il posait ce principe , que sur la terre il ne faut pas s'attendre à vivre avec des anges , mais avec des hommes qui ont tous leurs défauts , et que la religion consiste à les tolérer dans un esprit de charité. Aussi quand de deux personnes destinées à vivre ensemble, il en voyait une s'éprendre pour l'autre d'admiration et d'attachement dès les premières entrevues et la proclamer un ange : « Tant pis , disait-il , M cela ne durera pas ; l'ange se montrera homme , et l'ad- '

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DE niEVERCS. 245

Mais si le cardinal éfait si tolérant pour les personnes , il éiait d'une fermeté inflexible sur les doctrines et pour tout ce que le devoir commande : attaché aux règles de la morale comme aux dogmes de la foi , il ne savait pas plus transiger avec le relâchement qu'avec l'erreur. Plusieurs fois des protestants ou des personnes qui n'avaient pas fait bénir leur mariage devant l'Eglise, lui demandèrent à tenir, comme parrains, des enfants au baptême; toujours il les refusa , tout en mettant le plus de grâce, de bonté et d'aménité possibles dans la manière d'exprimer le refus : plusieurs fois on sollicita près de lui la sépulture ecclésiastique pour des personnos mortes en duel, ou par suicide, ou après avoir refusé le ministère d'un prêtre; et toujours les sollicilalions furent sans effet (1). Un jour unedéputation deparoisse \int se plaindre à lui d'un refus de sépulture ecclésiastique àl'égaid d'un homme riche qui n'avait jamais voulu, pendant sa vie , faire bénir son mariage devant l'Église ^ ni à sa mort recevoir le ministère d'un prêtre; et l'orateur se permit^ à ccite occasion, de parler de l'intolérance du curé. « L'intolérance, reprit avec force M. de Cheverus, elle est >j toute entière de votre côté : vous ne pouvez souffrir qu'up » prêtre remplisse son devoir , et vous voulez le forcer à » reconnaître pour catholique un homme dont la vie et la » mort ont été anticathuiiques! » Honteux de se trouver eux-mêmes coupables de la faute qu'ils voulaient déverser sur leur pasteur, ces envoyés se retirèrent en silence, et sans ajouter une seule parole. Ainsi , le cardinal de Cheverus, quoique si tolérant pour les personnes, a toujours tenu aux bonnes règles sans jamais en dévier, et la religion ne connaît pas d autre tolérance ; tout autre dont le monde voudrait faire honneur au cardinal , serait une tache à sa mémoire , une calomnie de ses véritables sentiments.

Celle tolérance bien entendue prenait sa source dans un fonds inépuisable de douceur, fruit de sa religion et de sa

(1) Toutes ces règles ont cté consignées par le cardinal dans les Statuts qu'il a donués à sou ckifjé.

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avait d'aimable et d'allrayant : tous ont été subjugués par l'empire de sa douceur, tous se sont fait un devoir de lui plaire, un crime de le contrarier, un bonheur de seconder ses vues et de prévenir ses désirs. Ce n'est pas qu'il ait jamais rien cédé là où le devoir commandait d'eue ferme, et sa douceur n'était pas de la mollesse, a Mon ami , disait- » il à un de ses prêtres vers le lenjps de la révolution de » juillet, j'ai confessé ma foi dans ma jeunesse au péril de » ma vie; et, malgré ma vieillesse, je sens encore le même j) sang qu'alors couler dans mes veines : plutôt que de trahir » un devoir, je saurais encore, avec la grâce de Dieu, » m'exilerou mourir. » Le cardinal savait dire, quand il le fallait, Il n'est pas permis, Non licet (1); mais il le disait sans aigreur, avec une franchise si noble qu'il venait à bout de faire agréer et gouier son refus : de sorte que, dans la vérité, tout le monde semblait être à ses ordres, a Tout le » monde me gâte, disait-il, et je ne sais pourquoi.» Le modeste cardinal ne voulait pas voir que c'était sa douceur, sa bonté, qui lui gagnait lous les cœurs et lui subjuguait toutes les volontés. Cette douceui' ne se bornait pas seulement aux hommes, elle s'étendait jusqu'aux animaux; il ne pouvait souffrir qu'on les traitât durement, qu'on les frappât sans raison ou à l'excès; et il disait que c'était là la marque d'un mauvais cœur, d'un naturel féroce, et un des caractères de l'impie, au jugement de l'Esprit saint lui-même, qui dit que l'homme juste traite avec bonté et discernement ses animaux, mais que l'impie n'a pour eux que des entrailles cruelles. Novitjuslus jumcntorum suorum animas; vis^ ccra aulem impiorum crudelia (^2). Aussi il ne dédaignait pas dans l'occasion d'imiter avec une bonté charmante l'apôtre saint Jean caressant sa perdrix par un innocent délassement ; et on nous pardonnera de rappeler ici que, lorsqu'il était en Amérique la manière toujours douce et boiine avec laquelle il traitait le cheval qu'on lui prêtait pour aller au secours des malades, le lui avait tellement attaché, que du plus loin que cet animal l'apercevait, il accourait à lui,

(nMatth. XIV, 4.

(2j l'rov. Xll, )0.

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On ne peut iinai^iner rien de plus délicieux et de plus aimable, rien de plus simple ei de plus noble que la société iniiine et habituelle du cardinal : rendre heureux tout ce qui l'entourait , c'était là le but constant de ses attentions , et on l'a vu pleurer de joie et d'attendrissement lorsqu'il apprenait qu'il y avait réussi. Dans cette vue , il voulait «ju'on se regardât chez lui comme chez soi , qu'on de- Hiandàl avec simpliciié tout ce qu'on désirait ; et quand il pouvait prévoir les désirs, il s'empressait de prévenir la demande. Surtout, comme rien n'est plus opposé au bonheur de la vie que la gêne et l'asservissement, il voulait que . chez lui , chacun fût parfailement libre , sans s'assujellir aux cérémonies et à l'éiiquelte, sans se gêner, mais cej)e;i<Jant à la condition de ne pas gêner les autres : n'être ni gênant ni gêné, telle était sa maxime. Par cette raison, il n'exigeait point qu'on lui tînt compagnie, parce qu'avec la prière et l'étude il savait toujours se suffire à lui-même ; mais ce qu'il n'exigeait pas , on le désirait comme l^avan-» lago le plus précieux de la cohabitation avec un si aimable juelai : tuus les jours après le repas du soir, on avait le bonheur d'en jouir à l'aise : c'était alors comme une réunion de iajiiille vraiment délicieuse, par la douceur, la simplicité, l'abandon , et en même temps la noblesse et la dignité qui y régnaient ; c'clail là surtout que le cardinal se montrait lel qu'il était , bon et aimable , simple et grand ; c'était là qu'il disait à cœur ouvert le mépris souverain que lui inspijaieut les honneurs et les dignités , les biens et les jouissances du monde ; là qu'il narrait avec grâce quelques traits de sa vie , ou jugeait avec un laet exquis les événements passés et présents.

Mais le bonheur de demeurer avec le cardinal n'était pas seulement pour ceux qui ^'asseyaient à sa table : il voulait «jue ses domestiques eux-mêmes lussent heureux en le servant, u Leur condition, dirait-il, est humiliante par elle- 3) même , et quelquelois pénible; c'est aux maîtres à l'adoucir j) le plus qu'ils peuvent. » Au^î^i jamais maître ne lut meilleur pour ses domestiques. Il leur parlait toujours avec «"•nié, saub laisser jamais. (chaiiDcr une parole dure ou la

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de partager ainsi sa table et son palais : « De toutes les » vertus que demande saint Paul dans un évêque, disait- il , » je n'en ai qu'une seule , c'est d'être hospitalier : Oportet » episcopum esse hospUaîem (I) ; au moins faut-il que je la ï> pratique toutes les fois que j'en puis trouver l'occasion. » S'il était si bon envers des étrangers qui n'offraient aucun litre particulier à sa charité , que n'était-il pas envers les affligés qui, par le fait seul de leur malheur, étaient si propres à intéresser un cœur tendre et sensible comme le sien ? Il n'était point de ces homm.es qui considèrent avec une insensibilité égoïste le malheur ou l'affliction des autres; sa charité avait tles entrailles pour toutes les infortunes, et un instinct de compassion qui l'intéressait aux choses du prochain comme aux siennes propres , au point qu'il était touché de la peine et des angoisses d'aulrui comme s'il les eût éprouvées lui-même , et il pouvait bien dire avec l'apôtre : Qui souffre , sans que je souffre avec lui ? Quis infirmo^vr , et ego non infinnor ? Être affligé, c'était un litre assuré à son intérêt le plus tendre, à ses soins les plus délicats , à ses prévenances les plus attentives ; toujours son oreille était prête à écouter le récit de toutes les douleurs , et son cœur à les ressentir ; il en était ému jusqu'aux larmes , quelquefois même jusqu'à ne pouvoir prendre presque aucune nourriture , et il n'y avait rien qu'il ne fît pour apporter quelque soulagement à Tàme ainsi frappée par le coup de l'adversité. Ce père tendre et compatissant regardait comme ajouté au bonheur de sa vie tout ce qu'il pouvait retrancher du malheur des autres. On a été surpris quelquefois de voir des personnes qui jusqu'alors n'avaient eu aucun rapport avec lui , entrer tout à coup dans son intimité la plus tendre : on en demandait la cause, on ne pouvait la concevoir ; toutes les fois qu'on est allé aux recherches, on a découvert que c'était une personne que le malheur avait frappée , qui avait perdu un enfant chéri , une épouse , un père... ; et le bon cardinal lui avait oflert pour consolation , après Dieu et la croix , son cœur aimant ,

(l) Tit.I, 7,8.

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souvent dans les hôpitaux et dans les maisons particulières, avec un intérêt, une bonté qui rappelait Jésus-Christ au chevet du lit de la belle-mère de saint Pierre; il relevait en tonie occasion le soin des malades comme un des actes les plus excellents de la charité chrétienne et des plus méritoires devant Dieu, Il avait coutume de dire que les plus grandes grâces y sont attachées; et, pour avoir part luimême à ces grâces, il voulut toujours, soit en Amérique, soit en France, garder chez lui un domestique malade auquel il faisait prodiguer tous les soins qu'exigeait son état, et duquel il ne demandait aucuns services que ceux qu'il lui plairait de rendre. « C'est là, disait-il , ce qui attire les » bénédictions de Dieu sur une mai.son. » A Bordeaux il fit plus encore ; il eut toujours chez lui un prêlre infirme ou malade, et quelquefois jusques à deux; et pour que les petits soins de détail auxquels ils étaient accoutumés leur fussent continués, pour que rien ne fût changé dans leurs habitudes, il prenait en même temps, par une attention de charité bien remarquable, la personne qui avait coutume de les servir, et n'entendait pas qu'on lui donnât d'occupation qui pût la distraire de ce service.

Entre toutes les maladies, celle delà vieillesse exciiaii l'intérêt tout particulier du cardinal : il était heureux de donner le bras aux vieillards pour soutenir leurs pas chancelants, de les faire asseoir à table à ses côtés, de veiller à leurs moindres besoins , de pouvoir dire ou faire quelque chose qui leur lut agréable; suivant en cela l'avis de l'Esprit saint, qui commanae le respect devant la tête que l'âge a blanchie, coram cano capite consurgc (1), mais écoutant en même temps la bonté de son cœur, qui se complaisait , suivant ses propres expressions , à embellir les derniers mo' ments d'une existence qui touche à sa fin, et à dorer l'horizon de la vie pour ceux qui bientôt allaient la quitter. « Ilélas? » disait-il , ils n'ont plus que peu de moments à vivre, don- ») nons-leur le plus de jouissances innocentes qu'il sera pos- » sible. » Le cardinal regardait ce respect des anciens , ces

(1) Lev. XIX, sj.

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aux besoins, un de ses prêtres était chargé de prendre auprès des curés de chaque paroisse des renseignements exacts sur l'état de leurs pauvres. Outre ces aumônes régulières, il donnait à tous les pauvres qu'il rencontrait, et surtout à cette classe bien plus à plaindre, parce que sa misère est cachée,à ces pauvreshonteuxqui venaient, comme à un père tendre, lui ouvrir leur cœur, lui confier leurs peines et leur détresse ; et presque tous les jours, parmi les nombreuses visites qu'il recevait, il se trouvait des pauvres de cette classe : ce qui augmentait d'autant plus ses aumônes , que sa qualité et la position des personnes sem.biaient faire rougir le donateur d'offrir peu, et le solliciteur de recevoir peu. 11 aidait de ses dons toutes les bonnes œuvres, toutes les mesures de bienfaisance de l'administration civile, et, dans ces deux cas, il donnait toujours des sommes considérables; quelquefois même il acquittait de ses propres deniers des engagements auxquels les signataires ne pouvaient faire honneur, et prévenait par là des poursuites infamantes; enfin , il donnait tout ce qu'il avait, et encore il semblait se reprocher de ne pas donner assez, « parce que, disait-il, les pauvres , voyant 3) ce beau palais archiépiscopal, s'imaginent qu'un homme )) si bien logé doit avoir de quoi leur donner beaucoup plus » que je ne fais. » Sa consolation était de trouver encore à donner quand il n'avait plus, parée que les riches prenaient plaisir quelquefois à le faire dépositaire et dispensateur de leurs aumônes, persuadés que c'était la plus douce jouissance qu'ils pussent lui procurer, et que d'ailleurs, passant par un canal ^i pur, distribuées par une main si sage, leurs aumônes seraient plus agréables à Dieu, plus convenablement réparties sur les plus grands besoins.

Toutefois, quelque ai dent que fut le zèle du cardinal de Cheverus pour soulager le corps qui souffre, le salut des âmes exposées à se perdre pour réiernilé excitait bien plus vivement toute sa sollicitude. Dès sa jeunesse, son cœur avait biûlé de ce beau feu qui porte un homme à dévouer toute son existence pour conduire ses semblables au bonheur dans une patrie meilleure: ce fut là ce qui, entre les «'ivfrbes carrières que lui offrait la société, lui fit choisir

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fai&aieul oublier luule» >c% (jii^iie%. Uevcnu en France, U

préoberMr-

im« à Noo»

lauban cl .1 ji , parrouriri" <» de kOA

diuiCM.* «*M < .uu! cl cvan^rlitaii; •• « u.ii .. • . • .îc (lUl a

loiM , i i;j 1,1 • pKi i accueillir a'ui qui ir< ijinainii m'> miiH*ilo , cl dc»iraienl , atiire» par vi Uini< !'->ii

cœiii- dans le sien, telle fut sa vie tout entière, c'est-à-dire, un exercice continuel de zèle.

Dans les divers actes de son administration épiscopale , toujours le zèle le plus pur le dirigea ; jamais ni la protection ni la faveur n'y entrèrent pour rien ^ jusque-là qu'il put dire vers la fin de sa vie : « Je ne crains pas que Dieu » me reproche d'avoir fait une seule nomination par des » vues humaines ; je n'ai jamais cherché que le plus grand ï bien de l'Eglise. » Il n'entendait pas surtout que les femmes, quels que fussent leur mérite , leur naissance et leur nom , s'ingérassent à recommander ou à proléger ses curés et ses prêtres; il repoussait avec une sévérité peu commune toute proposition à ce sujet, déclarait s'en tenir offensé , et en faisait pour le prêtre recommandé un titre d'exclusion pluiôl qu'un droit à sa faveur. Avant de nommer aux places , il priait, consultait, réfléchissait, puis nommait lui-même et lui seul , au moins pour les places de quelque importance : e J'en répondrai devant Dieu , 3) disait-il ; je ne dois donc m'en décharger sur personne. » Si dans ces nominations il croyait devoir user des plus grandes déférences pour les goûts ou les répugnances de ses prêtres, aucune vue humaine n'était le principe de celte conduite : il n''en agissait ainsi que par la vue du bien , convaincu qu'il était, comme il le disait souvent, qu'on fait mal ce qu'on fait à contre -cœur , que le dégoût refroidit le zèle et paralyse le ministère.

Mais reflet le plus remarquable du zèle qui animait le cardinal de Cheverus , c'étaient sans contredit ses prédications. Pendant vingt-sept ans passés en Amérique, il prêcha constamment les dimanches et les fêtes , et en France il ne manqua aucune occasion d'annoncer la parole divine ; cependant il ne le faisait presque jamais sans fatigue : la haute idée qu'il avait du sublime ministère de la prédication évangélique, son respect pour la parole de Dieu ne lui permettaient pas de monter en chaire sans s'être préparé au moins autant qu'il l'avait pu , et cette préparation lui coûtait toujours ; il écrivait ordinairement son plan avec l'indication des pensées principales, et après avoir tracé ceiie

Î.*>ÎJ VIE M' r^RDIML

Cj>qui>sr , »on Mpril t'iail t-n tra\ail juM^u'au moment de la

prédiialion , pour cultiver le fond sur lo«)ucl il dt^ait parler,

« ' 1 . I ' •• sortir " ,

• t <» a\r< . i 9 sur iii(*ii t-i'iii|ilr , diMit-iJ a t>e% auii:» ; < quo » la prrdicatidii ne me ci^ùle rien . -' - i au » monde ne m'esl pluii pruible ; > m > .)

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foi ; car un trouvait en lui tous i i

inspirer en < liaire une assurance t)

lude : nourri «le la lecture de l'-innij

connaisi^ant à fond le cœur huiuain , la du sjrtie , il a\jit de plus une 1 (liaire , un aèrent plein dame il

autorité et pul^sancc à se;» paroles , une \oi\ claiie ri sonore , des ge!>te» naturels et pleins de nubleM>€ , iino mémoire rare , un ju^mimt droit et pénétrant , une iina-

-i' , un j;<iU pur ,

• j , 1 II |)erinit de dire . ^< . .

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Ses M'rmoiis n'elaieni |K.)iiit de cv

où tout est ptdl et soigne . où la poii.,

tiuagc!» . la recherche de» ponsjrs M'inblent apit^ler ►ur

r ■• ■ - .'•njo

6iK»ent et cnirainrnt ; jamais il n a^ait \ >iro

d'éloquence .dans lequel il rOt pu uns douli . iiio

birn il'jutres . s'il eut \iiuiu s'\ appliquer. 1^* ,it'il

. rmninr I' . plux un

< .... a l'esprit tic 1 1. - « i .1 I' ,

Îuilé , c'était le modo dru i par 1«

0 rr^livo ; leurs in»lriictions u<j !«^i ilisiours

poBprui et bolcnuclt comme ccuk iK ' i de Ikmo^>

DE CIIEVEr.IIS. 250

Ihène ; c'est l'entretien d'un père qui instruit ses enfants , qui leur explique clairement ce qu''ils doivent croire et ce qu'ils doivent faire ; qui les exhorte à la vertu avec simplicité et sans prétention, mais avec chaleur et force , souvent même avec une sublime éloquence en épanchant une àme pleine de foi et d'amour ; qui ne craint pas de leur parler quelquefois avec abandon , mais le fait toujours avec grâce et dignité : c'est enfin le sermo des Laiins , VhomUia des Grecs. Pour atteindre ce but, la première chose à laquelle s'attachait le cardinal dans ses inslruclions, c'ciait la clarté, variant son langage selon le degré (les inlelligences , abaissant les plus sublimes vérités au liiveau des plus humbles esprits , il mettait dans ses plans, dans ses raisonnements , ses pensées et ses paroles , une netteté si parfaite, que les personnes du peuple, même les moins instruites , étaient en état de rendre un compte exiict t'i détaillé de tout le sermon , et plusieurs fois on en a fait l'épreuve : de pauvres servantes , interrogées sur •la prédication de l'archevêque, en redisaient non-seulement le fond , mais encore tous les principaux détails , tandis qu'elles ne comprenaient rien à la plupart des autres prédications. Ce mérite, le premier de tous sans contredit dans l'éloquence de la chaire, tenait au principe suivi par le cardinal, que de tous les genres de compositions, le sermon est celui qui doit être le plus clair ; il doit , disaitil , surpasser en clarté le style épi^iolaire et le langage même de la conversation ; parce que, dans l'entretien lajnilier, on peut se faire expliquer ce qu'on n'a pas con»pris, dans une lettre on peut découvrir le sens d'un passage obscur i-ar une seconde lecture plus attentive , tandis (jue le sermon doit être saisi du premier coup et pour ainsi dire à la volée , puisque l'usage et les bienséances ne permetlenl pas de demander des explications au prédicateur, ni de lui faire répéter ce qu'il a dit , pour essayer de mieux comprendre ; et en conséquence le cardinal tâchait de ne pas laisser échapper une phrase , une parole qui ne fût d'une clai lé assez évidente pour être si.isie et comprise par iniis les auditeurs. Avec de tels principes on conçoit qu'il

Î8ê vil M CARM^ftf

ne |»AUTait MiilTrir dan» la rliaire l< >me , qui bif nioi ,

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le siilidc , cl (|ui ne doji m'<» lrioiiif>lic> iju'a raiuour-|»ropre

iwrcti ce qu'ih ne In roiiiprriinnil pa» , ci qu'en |)arnit»-

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|>our chaque pa)*». immu

di > iii<4nc<*o illV|-iM*ik qui (1« iii.utdi ul

que l'orateur ne doit pas tonjours toucher les mêmes fibres dans le cœur humain, mais savoir discerner celles vers lesquelles doit se diriger son action ; et il pensait que c'était cet à-propos de l'instruction , cette inspiration tirée de la circonstance , qui assure au discours l'intérêt, l'attention et le succès. Pendant vingt-sept ans qu'il prêcha en Amérique tous les dimanches, toutes les fêles, jamais il ne répéta le même sermon ; c'était toujours quelque à-propos nouveau tiré tantôt de l'Evangile ou de la fête des saints qu'on honorait dans la semaine, tantôt des circonstances extérieures , quelquefois même des incommodités de la saison : comme, lorsque, dans un hiver très-rigoureux, il prenait pour texte de son sermon ces paroles du cantique : Gelée et froid bénissez le Seigneur; benedicite gelu et frigus Domino. WingU sept fois il prononça le panégyrique de saint Patrice, premier évêque et patron de l'Irlande, et vingt-sept fois il donna un panégyrique différent, en rapport avec les circonstances. En France, il suivit la même méthode; toujours l'à-propos faisait le charme de ses instructions. Avait-il à prêcher pour une bonne œuvre; au lieu d'un discours vague sur la charité, il développait la nature de l'œuvre dont il s'agissait, l'intérêt qu'elle devait provoquer , les motifs de la soutenir, et ne disait rien qui ne se rapportât à ce but. C'est ainsi qu'ayant à parler pour la Société maternelle, qui se charge de secourir les enfants pauvres issus d'un légitime mariage, il mettait dans la bouche de la Religion ces paroles de la lille de Pharaon à la mère de Moïse : Prenez cet enfant , nourrissez-le moi,[elje vous récompenserai (1) ; ou ces paroles de l'ange à Joseph : Prenez l'enfant et sa mère (2). H montrait ensuite tout ce que l'objet de cette bonne œuvre avait de touchant: un enfant qui pleure de besoin! une mère malheureuse! tout ce que l'aumône qu'il sollicitait aurait de résultats avantageux pour la société , pour les bienfaiteurs, pour les malheureux qu'il recoaimandait. S'il

'(1) Cernens parvulum vagientem, niiscrta ejus, ait : Accipe pjw- ]rum ùtum, et nutri jnilii; ego Uabo mercedem tuam. Ëxod. U i 6,9. (2) Acclpe puerum et matrem ejus. Matth. II, 13, 20.

▼Il M CkRM^àL

araii il (irécber pour rt*ubliv<UMnenl «Je la Miftcricordr fmpl..\aii con : * ' ^ ' , Eiécliiel : J

chtrchrr mrs . etUe» ^i •

tomOfft^ je iHXndrrtit in yiatrt tir criirt qui *f

*f furhfïcrai crlltt (/ui u-runt fatblrs ,;<''' '••■•«:-

droiture et daiu la justice ioW et il it l cn>uiU'

ricorde dninc. ^ il ne connai&saii pas assci la rircon&iant où il devait parler, puiir pouvoir discerner ce qui eUil I plus à pro|>os , il s« le lai»ail in>li))iirr par le ru ri* uu I Mipérieurdu lieu, il observait lui \

se passait en m présicnce ; cl lou> .. , -

Munesou sur les cliosesî dont il pouvait cire ulile de p-irUr Irouvaient leur pl.H ' ' .r'»avcci.« " ' '

cl de nauirei iju'il> .1 menés | *

de furiilicr l<-s preuxr» i-i d«- -r le iertiton, que i<-

bcruiun ne seiublail accuinniuu. , i le* recevoir. Kiilrc

mille exeinples. nous» en ci(erun<» un &cul : un jour il pr*}cl. • 1- • ••.■■. r

|>our cetairer re**pril cl former le cœur, il venail de tl. -

nionlrer dan^ ! ' : le le danger de* mauvais, qui gài« m

lejugenieiil, . .m W rtrur, cl n'ajoulrnl ncn auv

vrjic!» luiii! (oui a coup cntrcnl dan*^

l'c^liM! Itj- J . . u, ^..aiil leurs clèvc» : «J'en

B prcnd&à lêmuin , continue rarchcV(W)ue, ers jeunes gena l'espoir de la France. rur);ur' ' !' '

a qne de boD» livre», ili> ont li< » ou d. ) 11 poreuses i cl cependanl la cuilun-

> laisM.' rien à désirer. J'en prend» .1 ' » compagnie , qui a (ornié les plu» l>

» France, qui a loujo le.eatraiut'

> dans l'an diUicilc •■ . la jei

.* f , ..,w..,, ..... .... .4 ^,. ^ « .1 ..004 aM<-

ti> waMkm et

iixiv, I*.

là. Éiêeh.

DE CI1EVERU5. 263

» talents : les bons livres ont été le seul moyen qu'ils aient 3) employé. » Tel était le grand art du cardinal de s'emparer de tout ce qui se présentait à lui pour en enrichir son discours, cr Dans ma pauvreté oratoire, disait-il avec simi) plicité, je m'accroche à tout ce que je trouve , pour sup- 3) pléer à tout ce qui me manque. »

LÉcriture sainte, qui lui était si familière, s'offrait aussi alors à son aide ; et quel que fut le sujet qu'il eût à traiter toujours les passages les plus heureux, les traits les plu5 frappants, les récits les plus touchants empruntés à nos saints livres, venaient embellir son discours, émouvoir les copurs, intéresser toutes les âmes; et on peut môme dire que c'était là comme un troisième caractère qui distinguait éminemment les sermons du cardinal : ils étaient tous puisés dans l'Ecriture sainte, et sa parole n'était vraimenî que la parole de Dieu commentée et^se à ia portée des lidèles. 11 disait que les considérations phiIosophi(iues étaient bonnes pour les académies, mais que dans la chaire la parole de Dieu devait seule fournir au prédicateur ses moyens de preuve, ses exhortations et ses conseils. Quelque matière qu'il eût à traiter, il savait toujours trouver dans les livres saints tout ce qu'il lui fallait dire; et ses discours empruntaient de cette source sacrée une grâce, un intérêt, une autorité, et comme une vertu divine qui les rendait remarquables entre toutes les autres prédications. Tantôt c'était Giézi, impuissant avec le bâton du prophète pour ressusciter l'enfant de la Sunamile, et Elisée pouvant seCl opérer ce miracle, en se rapetissant à la mesure du corps de l'eiîfani (i) : image des pasteurs qui doivent introduire ia vie de la foi dans l'ànie des enfants, en les instruisant par eux-mêmes sans s'en «lécharger sur personne, en se rapetissant et mesurant leur langage à la portée de ces intelligences neuves et encore sans exercice. Taniùl c'était la tendre Respha (2) veillant sur les corps morts de ses enfants , pour en ''>'"iîjner les oiseaux de proie pendant lu

(1) IV Rcg.i

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toutes SCS insiructions. Il le Ui<oii admirer dans son en

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baivait luémc arec lendrcNSo, lor»qu'ili i après une abîjonfi' ' : ^

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