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DE COEVERUS. 265
les (lonlcnrs , faisant du bien à tous, n'opérant que des miracles de bonté et d'amour; pleurant avec ceux qui pleurent au tombeau de Lazare, comme se réjouissant avec ceux (jui se réjouisseni aux noces de Cana ; sensible à la désolalion de la veuve de Naïm , et lui rendant son fils; compatissant aux souffrances de la belle-mère de saint Pierre, jusqu'à se tenir au cbevet de son lit , la prendre par la main , l'aider à se soulever , la bf'nir et lui rendre la santé ; enfin , toujours doux, bon, aimable envers tous, toujours humble, modeste, sans conlesier ni élever la voix; nous enseignant, jiar la parabole du bon pasteur, du père du prodigue, corn» bien Dieu est tendre envers nous , et par la parabole du charitable Samaritain , combien nous-mêmes nous devons cire tendres envers nos semblables ^ même envers ceux qui nous sont étrangers , comme l'était le Juif par rapport à ceux de Samarie. Tous ces iiaiis et mille autres semblables, ijravés par l'amour dans le cœur du cardinal , venaient a piopos embellir et sanctifier toutes ces instructions; de sor'e qu'il pouvait bien dire comme l'apôtre : Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais nous prêchons Jésus-Christ notre Seigneur : Non nosmeiipsos jivœdicamus , sed Jesurri' Christum Dominiim noshum (1).
Un autre intérêt s'attachait encore aux paroles de M. de Cheverus , c'était le charme que répandait sur toutes les jiarties de son discours qui en étaient susceptibles , la senî^ibiliié exquise dont son cœur était doué ; et c'était là un quatrième caractère de son éloquence. Il pensait qu'il faut prendre les hommes par le cœur , parce que le cœur une lois touché, tout est gagné, l'esprit ne songe plus à raisonner, et la volonté se rend. Aussi la religion, dans sa l)ouclie, se présentait-elle avec tout ce qu'elle a d'aimable et d'aimant ; c'était une mère pleine de tendresse pour tous les hommes , mais surtout pour ceux qui bOufirent , qui voulait adoucir tous les malheurs , sécher toutes les larmes, excepté celles de la compassion et de la charité , donner à l'homme dès ici-bas la plus grande somme de bonheur
(0 I Cor IV, 5.
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DE CnEVERîIS. 26"?
tons ses traits , reconnaissable dans les accents de sa voix émue qui révélait à tous combien la détresse de ses frères lui déchirait le cœur, a Je me jette à vos pieds pour ini- » plorer votre charité, disait-il quelquefois à ses auditeurs; » m'y voici avec les enfants que le Seigneur m'a confiés : » Ecce ego et pueri quos dédit mihi Dominus (1). Je suis un » père de famille qui ne peut nourrir tous ses enfants , qui » vous demande du pain pour eux ; me le refuserez-vous ? » Ah ! comptez sur ma reconnaissance et sur celle de ma » nombreuse famille, w II faisait ensuite ressortir les sensations délicieuses, les douces jouissances que goûte un bon cœur à faire le bien ; Benefacit animœ suœ vir miscricors (2). « On savoure , alors, disait-il, quelque chose de céleste, » on verse des larmes de bonheur , larmes douces , larmes » pures comme ce fleuve de cristal qui coule devant le trône » de l'Agneau (5). » Et après que , triomphant de son auditeur plus par les charmes de la sensibilité que par la pompe du style , il l'avait déterminé à faire l'aumône, il expliquait avec une sensibilité non moins touchante la manière de la faire. 11 voulait qu'on y mît, non-seulement de la cordialité , parce que le Seigneur aime celui qui donne avec joie, mais de la délicatesse , mais une sorte de respect et de tendresse qui adoucisse au pauvre ce que sa position a de pénible : « Mon fils, disait-il, avec l'Esprit saint , ne mêlez point les » reproches au bien que vous faites , et ne joignez jamais à » votre don des paroles tristes et affligeantes. Comme la » rosée rafraîchit la terre brûlée par les ardeurs du soleil , un^ n parole douce vaut mieux que le don pour Tàme flétrie et » desséchée par le malheur. La douceur des paroles console » plus que l'aumône , l'homme juste réunit L'une et l'autre , » tandis que l'insensé fait des reproches aigres à ceux qu'il » assiste, et le don de l'indiscret fait sécher de dépit le j) pauvre qui le reçoit {-4). « Faire durement l'aumône, disait-il encore , c'est dissoudre une perle dans le vinaigre;
U)Isai. VIII, 18.
(2) Prov. XI, 17.
^3) Apoc. XXII, 1.
(4) Eccli. XYllI, 15.
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