IL REFUSE LE SERMENT
exercer son ministère, sans laisser un seul moment distraire, déconcerter ou ralentir son zèle par la gravité des circonstances. 11 catéchisait, prêchait, confessait comme à l'ordinaire, et même consacrait des pierres d'autel pour pouvoir, au besoin, offrir le saint sacrifice dans les maisons privées, en vertu d'un pouvoir spécial que lui avait délégué l'évêque du Mans, autorisé à cet effet par le saint-siège. Le 15 août 1791, l'autorité municipale requit de nouveau la prestation du serment, et, sur un nouveau refus, prononça que toute fonction autre que la célébration de la messe lui serait désormais interdite dans l'église, ainsi qu'à ses confrères. L'abbé de Gheverus obéit encore, et continua, au milieu de tant d'orages, de contradictions et d'alarmes, à exercer ses fonctions en secret ; une chambre de la maison de son père fut convertie en chapelle, et c'était là qu'il célébrait les saints mystères, administrait les sacrements. Les choses allèrent ainsi jusqu'au commencement de janvier 1792, époque à laquelle mourut son respectable oncle, qu'il vénérait à l'égal d'un père. M. de Gonssans, qui se trouvait alors à Paris, n'eut pas plutôt appris cette nouvelle, que, sans déUbérer, il écrivit à M. l'abbé Décolle, son secrétaire, pour lui ordonner d'envoyer sans retard à M. de Gheverus le titre de sa nomination à la curé de Mayenne, et, en même temps,' il lui conféra les pouvoirs de vicaire général. Déjà M. de Gheverus, par son seul mérite, en avait toute l'influence; plusieurs prêtres l'avaient coijsulté sur le serment, le regardant déjà comme un oracle, malgré sa jeunesse, et il s'était servi de la confiance qu'on avait en lui pour fortifier les uns, relever les autres, les éclairer et les diriger tous. Aussi la nouvelle de sa promotion effraya-t-elle les rérvolutionnaires ; ils pensèrent que si M. de Gheverus, par
l'ascendant seul de son mérite, exerçait sur ses confrères et ses paroissiens une influence aussi puissante que funeste à leurs vues, il contrarierait bien davantage, une fois qu'il serait curé en titre, la cause de la révolution et le succès de l'Eglise constitutionnelle. Ils résolurent donc de s'en défaire; et, ne pouvant ni employer contre lui la violence ouverte, de crainte de soulever toute la [copulation qui lui portait le plus respectueux attachement , ni espérer de le faire partir par des instances et des désagréments devant lesquels ils comprenaient que son zèle ne céderait jamais, ils se décidèrent à tenter la voie des menaces et des persécutions secrètes. Trois jours après la réception de son titre, l'un d'eux vint lui apprendre, d'une manière d'ailleurs aussi respectueuse et aussi bienveillante en apparence qu'il était possible, qu'en vertu d'un arrêté du club révolutionnaire, la maison de son père serait incendiée la nuit suivante, s'il ne partait ce jour-là même, et que ce ne serait là que le prélude d'autres malheurs plus grands encore.
M. de Gheverus crut alors que la prudence, ainsi que la piété filiale, ne lui permettait plus de rester, et il partit de Mayenne le soir même, avec M. l'abbé Sougé, son ami, rnort depuis curé de cette ville. Tous les deux allèrent coucher dans une maison de campagne, à trois kilomètres de distance ; et le lendemain ils se rendirent à Laval, où tous les prêtres non assermentés du département avaient eu ordre de se trouver pour y être en surveillance. M. de Gheverus eut la liberté de demeurer chez des parents qu'il avait dans cette ville, et fut seulement assujetti à se présenter chaque jour aux autorités, qui, par un appel rigoureux, s'assuraient (pi'iuicun prêtre n'avait pris la fuite. 11 vécut ainsi deux mois et tlerni, gémissajit sur les maux de l'Eglise, et voyant de