SES ÉTUDES ECCLÉSIASTIQUES
ment discerner et appréciera sa juste valeur un mérite si remarquable, et lui offrit une place gratuite dans son séminaire ; mais M. de Gheverus était trop attaché aux directeurs de Saint-Magloire pour les quitter ; la reconnaissance l'empêcha d'acquiescer à cette offre honorable.
Il commençait sa seconde année de licence, et était d(\jà promu au diaconat au mois d'octobre 1790, lorsque M. de Gonssans, évéque du Mans, voyant s'amonceler l'orage qui allait fondre sur l'Eghsc, peut-être en disperser les évéques, rendre les ordinations impossibles ou du moins très difficiles, et comprenant d'ailleurs combien un prêtre du mérite de M. de Gheverus pourrait être utile dans des temps si critiques, fit venir de Rome, à son insu, une dispense d'âge, et, en la lui envoyant, lui exprima le vœu qu'il reçût le sacerdoce à la plus prochaine ordination. Il fallait avoir du courage pour accepter cette proposition à une époque si menaçante et si dangereuse : les biens du clergé avaient été envahis, la constitution civile décrétée, et le serment prescrit à tous les prêtres en fonction sous peine de déchéance ; il n'y avait donc à attendre, en se faisant ordonner prêtre, que la pauvreté, la persécution et la mort. M. de Gheverus n'hésita point, et, quoiqu'il n'eût pas encore vingt-trois ans, il fut ordonné prêtre le 18 décembre 1790, à la dernière ordination publique qui se soit faite à Paris durant la Révolution. 11 partit aussitôt pour Mayenne, où il célébra sa première messe la nuit de Noèl, et officia encore à la messe solennelle du jour.
Son vénérable oncle, M. Lefebvre de Gheverus, curé de Mayenne, alors infirme et paralytique, s'empressa aussitôt d'écrire à lévêque du Mans une lettre dans laquelle il le suppliait de lui laisser son neveu, pour être, sous le titre de vicaire, son coopérateur et comme son bras
droit dans l'administralion de la paroisse. L'évêque ne refusa point cette grâce au vénérable vieillard, qui, d'ailleurs, à raison de son âge et de ses infirmités, avait réellement besoin d'un aide aussi dévoué ; mais, en même temps, il voulut qu'on sût qu'il jugeait l'abbé de Gheverus digne d'être, dès son début, placé dans un poste plus élevé ; et, en conséquence, il le nomma chanoine de sa cathédrale, dignité qui ne l'empêchait point de rendre à son oncle les services que ce bon curé en attendait, puisque le chapitre, dissous par le décret de l'Assemblée nationale, n'avait plus aucune fonction à remplir, aucune résidence à observer.
L'abbé de Cheverus, à la fois chanoine et vicaire, commença donc aussitôt son ministère à Mayenne ; et quoique si jeune, il y déploya le zèle, la prudence et la fermeté d'un ancien ministre des autels ; la justesse de son esprit remplaçait chez lui l'expérience. Il était ponctuel à tous ses devoirs, et jamais ne se faisait attendre; il catéchisait l'enfance avec un intérêt qui attirait en foule même les personnes plus âgées ; il intruisait l'âge mûr avec une clarté, une force, une onction qui portaient la conviction dans tous les esprits, la persuasion dans tous les cœurs ; et, plus de cinquante ans après, les anciens se rappelaient encore avec quel zèle il entendait ses nombreux pénitents, visitait les malades, soulageait les pauvres, consolait les affligés.
Cependant les temps devenaient de jour en jour plus orageux et la tt'iiipêlf! j)lus menaçante; on lui demanda le serment à la Constitution, et il lo refusa avec une noble formulé, ainsi fpie son vieil oncli; et ses confrères. Aussitôt il reçut l'ordre de quitter le presbytère |>our faire place au curé jureur et intrus qui alinil vonir on prendre possession. Il obéit en silence, et continua à