SA COMPASSION POUR LE MALHEUR
maux qui arrivaient dans son diocèse, par cela seul qu'il eût pu les empêcher s'il en eût été informé. Ce fut ainsi que, lorsqu'au retour d'une visite pastorale, à la fin de juillet 1830, il apprit la manière indigne dont venait d'être traité M. le vicomte de Gurzay, préfet de Bordeaux, chez qui une populace séditieuse s'était portée avec une fureur aveugle, l'accablant de coups et d'outrages, le poursuivant le poignard à la main, on le vit comme atterré par cette nouvelle : « Ah ! que n'étais-je ici ! « s'écria-t-il ; j'aurais volé sur les lieux, j'aurais protégé « le préfet de mon corps, je l'aurais emporté dans mes « bras, s'il l'eût fallu ; et j'ai la confiance que le peuple « bordelais, même dans l'effervescence de son délire, « m'aurait respecté. » Enfin, il n'y avait pas jusqu'à la pensée de la souffrance de ses semblables, qui ne lui déchirât le cœur ; il ne pouvait penser sans douleur à tant de malheureux qui souffrent sur la face de la terre, et que les révolutions ou les guerres civiles accablent de mille fléaux ; il pouvait encore moins penser sans déchirements à tout ce que souffrent les réprouvés dans une autre vie ; et, invité un jour à prêcher sur l'enfer, la pensée du malheur de ses semblables lui fit une si vive impression, que les sanglots étouffèrent sa voix, il ne put continuer, et, au bout de cinq minutes, il descendit de chaire tout en larmes.
Une âme si sensible à l'affliction et au malheur du prochain ne pouvait manquer d'avoir un cœur tout de charité pour ses frères malades. 11 ne se contentait pas de les visiter souvent dans les hôpitaux et dans les maisons particulières, avec un intérêt, une bonté qui rappelait Jésus-Christ au chevet du lit de la belle-mère de saint Pierre; il relevait on toute occasion le soin des malades comme un dos actes les plus excellents de la
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charité chrétienne et des plus méritoires devant Dieu. II avait coutume de dire que les plus grandes grâces y sont attachées ; et, pour avoir part lui-même à ces grâces, il voulut toujours, soit en Amérique, soit en France, garder chez lui un domestique malade auquel il faisait prodiguer tous les soins qu'exigeait son état, et duquel il ne demandait aucuns services que ceux qu'il lui plairait de rendre. « C'est là, disait-il, ce qui attire les bénédictions de Dieu <( sur une maison. » A Bordeaux, il fit plus encore; il eut toujours chez lui un prêtre infirme ou malade, et quelque fois jusqu'à deux ; et, pour que les petits soins de détail auxquels ils étaient accoutumés leur fussent continués, pour que rien ne fût changé dans leurs habitudes, il prenait en même temps, par une attention de charité bien remarquable, la personne qui avait coutume de les servir et n'entendait pas qu'on lui donnât d'occupation qui pût la distraire de ce service.
Entre toutes les maladies, celle de la vieillesse excitait l'intérêt tout particulier du cardinal : il était heureux de donner le bras aux vieillards pour soutenir leurs pas cliancclants, de les faire asseoir à table à ses côtés, de veiller à leurs moindres besoins, de pouvoir dire ou faire (piolque chose qui leur fiil agréable; suivant on cela l'avis de l'Esprit-Saint, qui commande le respect devant la tête que l'âge a blanchie, coram cnno capite consurge^, mais écoutant en même temps la bonté de son creur, qui se complaisait, suivant ses propres expressions, à evthoUir les derniers moments d'une existence qui touche à sa fin ri à (loror Vjinrizon de la me pour ceux qui bientôt allnimi la f/iii/lrr. « Hélas ! disait-il, ils n'ont plus que « peu de moments à vivre, donnons-leur le plus de jouis-
' Lov , XIX, 32.