SON DÉVOUEMENT POUR LES PAUVRES
« sances innocentes qu'il sera possible. » Le cardinal regardait ce respect des anciens, ces attentions délicates à leur faire plaisir, comme une marque assurée d'une solide vertu ; quand il apprenait que de jeunes prêtres placés auprès d'un ancien du sanctuaire lui prodiguaient tous les égards dont ils étaient capables, lui dérobaient en quelque sorte la connaissance de l'affaiblissement de ses forces et de ses facultés, en s'effaçant eux-mêmes le I)lus possible, en le consultant sur tout et usant d'aimables industries pour lui faire croire que c'était lui qui faisait tout encore dans la paroisse, qu'il était la tête qui dirige et qu'eux n'étaient que les bras qui exécutent, il ne lui fallait pas d'autres renseignements : « Par cela seul, « disait-il, ces prêtres me sont connus, leur vertu est « marquée au vrai cachet: » dès lors ils avaient toute son estime, toute sa confiance, et il saisissait avec bonheur l'occasion de leur en donner d'éclatants témoignages.
Après tout ce que nous avons vu jusqu'ici, on conçoit plus qu'on ne saurait le dire quelle était la charité du cardinal de Cheverus pour les pamTcs. 11 les accueillait toujours avec bonté, les traitait avec estime et respect, les regardant comme des frères en Jésus-Christ, des enfants de Dieu et des cohéritiers du ciel. Pour les secourir, il se privait lui-même, et avait peine à s'accorder le nécessaire. Jamais il ne se permit une dépense de goût et de fantaisie ; jamais il ne s'acheta rien de précieux, et même, durant plusieurs années, il ne porta dans la semaine qu'une soutane tellement vieille et usée, que l'esprit du monde aurait eu peine à l'appeler décente ; tant il craignait de prendre sur les fonds des pauvres. Il semblait même regretter sa nourriture en pensant à leurs besoins ; et un jour qu'on lui avait préparé un ma-
gnifiquc déjeuner chez, des personnes avec qui il était assez libre pour en agir ainsi, il l'envoya tout aux pauvres et n'en prit rien pour lui. Un autre jour qu'il devait dîner seul à l'archevêché dé Bordeaux, ayant appris qu'une famille était dans le besoin, il lui fit porter le dîner qu'on lui avait préparé, ne se réservant que le plus strict nécessaire. Tous les mercredis et" vendredis de chaque semaine il faisait faire une distribution générale d'aumônes ; et, pour y mettre plus de discernement et proportionner les dons aux besoins, un de ses prêtres était chargé de prendre auprès des curés de chaque paroisse des renseignements exacts sur l'état de leurs pauvres. Outre ces aumônes régulières, il donnait à tous les pauvres qu'il renconlrait, et surtout à cette classe bien plus à plaindre, parce que sa misère est cachée, à ces pauvres honteux qui venaient, comme à un père tendre, lui ouvrir leur cœur, lui confier leurs peines et leur détresse ; et presque tous les jours, parmi les nombreuses visites qu'il recevait, il se trouvait des pauvres de cette classe : ce qui augmentait d'autant plus ses aumônes, que sa qualité et la position des personnes semblaient faire rougir le donateur d'offrir peu, et le solliciteur de recevoir peu. 11 aidait de ses dons toutes les bonnes œuvres, toutes les mesures de bienfaisance de l'administration civile ; et, dans ces deux cas, il dfmnait toujours des sommes considérables ; quelquefois même il acquittait de ses propres deniers des engagements auxquels les signataires ne pouvaient faire honneur, et prévenait par là des jxjursuites infamanfes ; enfin, il dnimail tout ce qu'il avait, et encore il s(!inlilait se reprocher du ne pas donner assez, « parce que, « disait-il, les pauvres voyant ce beau [talais arcliiépis- « copal, s'imaginent qu'un homme si bien logé doit