‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 105 sur 115 · SA DERNIÈRE MALADIE · texte numérisé non relu

SA DERNIÈRE MALADIE

(le toutes les âmes, ce charme indéfinissable qui se répandait sur toutes ses paroles et cette douce persuasion à laquelle on ne pouvait résister.

Tel était ce grand cardinal, qu'une maladie mortelle atteignit au mois de juillet 1836 : depuis longtemps il demandait à Dieu, comme une grâce, de mourir subitement', désirant épargner à ceux qui l'entouraient les embarras et les sollicitudes qu'entraîne une longue maladie. Le ciel sembla exaucer sa prière : le 7 juillet, à la suite des grandes fatigues que nous avons racontées à la fin du livre précédent , il éprouva une perturbation d'idées et une absence de mémoire qui effrayèrent tous ses amis et lui firent juger à lui-même que sa fin était proche. Les médecins prescrivirent des remèdes ; mais, estimant sa mort certaine et toutes ces prescriptions inutiles, il ne songea qu'à se préparer à son dernier passage, ajouta un codicille à son testament, se confessa encore le 13 juillet ; et le lendemain, à cinq heures du matin, il fut frappé, comme d'un coup de foudre, d'une attaque d'apoplexie et de paralysie, qui, dès le moment même, lui ôta toute connaissance et tout sentiment, au moins d'après l'avis des médecins. On s'empressa aussitôt de lui administrer l'extrême-onction ; l'oraison de quarante heures fut ordonnée dans toutes les églises et chapelles de la ville ; et la foule, attristée, se pressa au pied des autels pour demander la conservation de son bienaimé pasteur. Cependant les médecins se rassemblent autour du lit rie l'auguste malade, se disputent l'honneur de lui prodiguer leurs soins, et concertent entre eux les moyens à employer : toutes les ressources de l'art sont

1 Ea récitant les litanies des saints, au lieu de dire : A subitaneâ et improvisa morte libéra nos, Domine, il disait seulement : Ad improvisa rnorte libéra nos, Domine,

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inutilement mises en œuvre, aucun bien n'en résulte, et le cœur ne peut s'ou\Tir à aucune espérance ; il ne restait qu'à prier. On dressa donc un autel dans sa chambre, on y déposa le rochet de saint Charles *, précieuse relique que possède la cathédrale, et au pied de cet autel, des prêtres en surplis se remplacèrent pour prier sans interruption. Le troisième jour, le mal faisant toujours des progrès, le chapitre vint en corps réciter les prières des agonisants ; et depuis ce moment jusqu'à la mort elles ne discontinuèrent pas ; les prêtres de la ville et du diocèse, accourus au premier bruit de la maladie du cardinal, se succédant les uns aux autres dans ce pénible devoir. Pendant ce temps-là, le vertueux prêtre qui avait été, sous l'inspiration de sa charité, l'instrument de tant de bonnes œuvres, M. l'abbé Dupuch, se tenait près du lit de mort, comme un enfant près du lit de son père, suggérant par intervalle de pieux sentiments au malade, en cas qu'il pût entendre, comme plusieurs le soupçonnaient, quoique les médecins pensassent le contraire. Les abords de l'archevêché étaient encombrés de personnes affligées qui demandaient avec anxiété des nouvelles d'une santé si chère ; les autorités, les larmes aux yeux, venaient contempler mourant le père et l'ami de tous ses diocésains, et ne se lassaient point fie réitérer leurs visites : ecclésiasliques, laïques, médecins', tous se disputaient l'honneur de se tenir pendant le jour et de veiller pendant la nuit près de l'auguste

' C'est le rochet môme <loiit rc granc] saiiU <^tail revêtu an moment où dans son oratoire ou attenta à ses jours [lar un foup irar(|iiel)nse. Le cardinal de Sourdis, archevêque de Cordeaux, rapporta d'Italie cette insigne relique, et en fit don à sa cathédrale.

» Nous aimons ici à signaler entre autres à la reconnaissance publique M. le docteur fiintrac, qui dirigea avec zèle tous les

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