‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 107 sur 115 · SON CONVOI · texte numérisé non relu

SON CONVOI

son corps fût rendu à la terre sans beaucoup de cérémonie et d'appareil, et il avait recommandé expressément que, s'il mourait dans le cours de ses visites pastorales, on l'enterrât dans le cimetière même de la paroisse où la mort le surprendrait. On ne crut pas devoir se conformer à ce dernier désir.

Le corps demeura sept jours dans la chapelle ardente où il était exposé, et, pendant tout ce temps, grand nombre de fidèles y vinrent pleurer et prier ; des messes s'y célébrèrent depuis le matin jusqu'à midi, et l'office des morts y fut récité depuis midi jusqu'au soir par le clergé des diverses paroisses qui venaient processionnellement, chacune à l'heure indiquée, rendre à leur pasteur commun ce dernier devoir. Le 26 juillet, jour des obsèques, on déploya la plus grande magnificence pour honorer les restes de l'illustre défunt et pour réi)ondre à la tendre vénération que commandaient ses vertus et sa dignité, La cathédrale était richement tendue, et au milieu de la nef s'élevait un superbe catafalque , décoré des armes du prélat et de tous ses emblèmes et insignes, soit comme cardinal, soit comme archevêque. Le cortège se composait de toutes les corporations religieuses et communautés de la ville, de toutes les autorités miUtaires, judiciaires et civiles, de la plus grande partie du clergé réuni des divers points du diocèse, enfin, des évêques de Périgueux et La Rochelle, venus pour rendre les derniers honneurs à leur métropolitain ; et, au milieu de cette nombreuse réunion, tous les regards distinguaient un illustre ami du défunt, M. Ravez. Cet ancien président de la Chambre des députés et de la cour royale de Bordeaux, cet homme au caractère si élevé, aux sentiments si nobles et d'un talent si remarquable, avait trouvé dans sa vénération et son

amour assez de force et d'énergie pour se mettre audessus des souffrances d'une maladie aiguë qui le tourmentait alors, et aller, en dépit de la douleur, rendre ce dernier hommage à un prélat dont il avait su apprécier la belle âme et les excellentes qualités. Le convoi parcourut les principaux quartiers de la ville, au milieu des troupes de ligne et delà garde nationale, qui rivalisaient de zèle pour procurer l'honneur et la décence de la cérémonie ; et partout sur le passage la foule paisible, silencieuse, témoignait, par sa morne attitude, ses regrets, son respect et son amour. Il y eut un moment surtout où d'indicibles sentiments saisirent toutes les âmes ; ce fut lorsque le convoi arriva à ce même chemin par lequel, quatre mois auparavant, M. de Cheverus, faisant son entrée solennelle à Bordeaux , revêtu de la pourpre romaine, avait été conduit en triomphe au miheu de mille cris d'allégresse. Le rapprochement de tant de joie avec tant de douleur, de tant de gloire avec un cercueil, présentait un contraste déchirant, et tous les cœurs étaient navrés ; les angoisses du présent s'accroissaient de tous les souvenirs de la félicité passée. De retour à la cathédrale, après les prières et les cérémonies accoutumées pour les défunts, on déposa les restes vénérés dans le caveau principal de l'église. Mais cette sépulture ne fut que provisoire; dès les premiers instants, tous les esprits et tous les cœurs conçurent le projet d'élever dans la cathédrale un monument insigne pour recevoir des dépouilles si chères. Aussitôt une commission fut nommée pour en poursuivre et surveiller l'exécution, ime souscription ouverte pour faire face aux dépenses, et des dons généreux déposés. De Bordeaux, la lugubre nouvelle de cette mort vola bientôt à Montauban ; et là, comme à Bordeaux on pleura le père, l'évôquc, l'ami de

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