IL OUVRE UNE CHAPELLE CATHOLIQUE
usap^e, et s'offrit pour être leur aumônier. Ces familles accédèrent avec joie à cette proposition ; et, le dimanche suivant, il fit sa première prédication en anglais. Inquiet encore, et voulant s'assurer s'il avait été bien compris, il demanda h un homme du peuple ce qu'il pensait de son sermon. « Votre sermon, répondit naïvement cet homme simple, n'était point comme ceux des autres : il n'y avait pas un seul mot de dictionnaire ; tous les mots se comprenaient tout seuls. » Cette réponse rassura M. de Cheverus, et lui fit plus de plaisir que les applaudissements d'un homme de l'art : jusque dans ses dernières années, il aimait à la rapporter à ses prêtres pour leur faire comprendre que le principal mérite de la prédication, c'est d'être intelligible à tous, même aux plus simples ; que ces grands mots, ces néologismes à prétention, pour l'intelligence desquels un homme du peuple aurait besoin d'un dictionnaire qui lui en expliquât le sens, doivent être bannis de la chaire, et qu'il vaut mieux être compris par une simple femme que loué par un académicien.
Encouragé par ce premier succès, il continua à prêcher, à catéchiser, et bientôt il eut formé un troupeau nombreux et édifiant. Aboyant alors que la petite chambre où il avait commencé son ministère ne suffisait plus, il songea à ouvrir une chapelle. C'était une grande entreprise pour un prêtre pauvre et exilé ; mais telles furent les industries de son zèle, telle fut la charité des fidèles rassemblés à sa voix, que le succès dépassa de beaucoup le premier projet : non seulement une chapelle fut procurée, mais on y adjoignit un vaste logement capable de recevoir les ecclésiastiques qui en feraient le service et ceux qu'il leur plairait de s'associer. L'évèque de Londres, instruit des succès et du zèle apostolique de M. de Gheverus, voulut venir en personne bénir cette
nouvelle chapelle, afin de prouver l'intérêt qu'il portait à l'œuvre, et la haute estime qu'il avait pour son fondateur.
Cette création religieuse une fois solidement établie, M. de Chevcrus pensa à quitter la pension où il donnait des leçons depuis son arrivée en Angleterre : il lui sembla que le temps fort long qu'il y passait chaque jour à enseigner les sciences pourrait être plus utilement employé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Il vint donc occuper le logement contigu à la chapelle qu'il venait d'ou\Tir ; et, comme cette maison était trop vaste pour un seul homme, il invita plusieurs ecclésiastiques à demeurer avec lui, heureux de pouvoir joindre cet acte de charité à ses autres aumônes.
A peine fut-il entré dans cette nouvelle demeure, qu'un riche seigneur anglais, frappé d'entendre toutes les bouches célébrer ses louanges, tout le monde redire ses qualités aimables, vint le prier avec instance de vouloir bien donner à son fils des leçons de géométrie et d'algèbre. M. de Cheverus accepta cette proposition comme ne pouvant nuire à son ministère et pouvant, d'un autre côté," lui procurer des ressources pour faire le bien. 11 vécut ainsi qiu'lque temps, exerçant son zèle avec consolation et succès dans sa nouvelle chapelle, et donnant chaque jour ses leçons à son nouvel élève. Le seigneur anjrlais, ayant reconnu par lui-même toutes les belles qualités flu précepteur de son fils, ne négligea rien pour se l'attacher : il lui prodigua tout ce qu'il put d'aises et de jouissances, et lui fit même pour le reste de sa vie les offres les plus magnifiques.
I^es douceurs d'une position si belh; selon le monde ne purent fixer M. de Cheverus : tous ces avantages temporels, toutes ces aises de la vie, lui parurent aussi redou-